[CRITIQUE] Docteur Frankenstein, de Paul McGuigan

drfrankenstein

Si le cinéma aime les légendes fantastiques, les histoires de monstres, de vampires et de sorcières, il a souvent du mal à produire des films aussi divertissants que véritablement intéressants. Paul McGuigan a voulu montrer l’autre visage de Frankenstein, à savoir l’homme de science et non le monstre, mais le résultat botte en touche, ne sachant finalement pas sur quel pied danser : le divertissement assumé ou le vrai film SD ? Si Docteur Frankenstein est rattrapé par ses personnages principaux séduisants et son sens du spectacle, les intrigues soit bancales soit inutiles ternissent les bonnes intentions de Paul McGuigan. Dommage.

Le pitch : Le scientifique aux méthodes radicales Victor Frankenstein et son tout aussi brillant protégé Igor Strausman partagent une vision noble : celle d’aider l’humanité à travers leurs recherches innovantes sur l’immortalité. Mais les expériences de Victor vont trop loin, et son obsession engendre de terrifiantes conséquences. Seul Igor peut ramener son ami à la raison et le sauver de sa création monstrueuse.

Avec une telle tête d’affiche et un réalisateur intéressant, Docteur Frankenstein semblait avec une ambition meilleure que le basique film fantastique et d’action, catégorie dans laquelle on y retrouve les récents Le Dernier Chasseur de Sorcières, Dracula Untold et… I, Frankenstein. À l’arrivée, ce qui différencie finalement le film de Paul McGuigan des autres est le fait qu’il se prend très (trop) au sérieux.
La légende du monstre de Frankenstein, une créature créée à partir de morceaux humains par un savant fou, avec la complicité de son assistant difforme, a traversé les âges, passant de la littérature au cinéma. En effet, depuis les années 30, les films de James Whale, Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein, ont exploré les subtilités et les secondes lectures de cette histoire qui lie l’homme et le monstre à tel point qu’il devient difficile de les dissocier. Quelques années plus tard, Frankenstein décroche sa première saga, lancée par Terence Fisher, qui joue plutôt la carte de l’horreur. A partir de là, Frankenstein est devenu un de ces noms associés aux monstres halloweenesques que l’on ressuscite de temps à autres pour en exploiter le caractère effrayant et non l’obsession maladive du Dr Victor Frankenstein pour la mort (et sa potentielle guérison). Du coup, s’il n’est pas mentionné dans un paysage fantastique – Van Helsing, de Stephen Sommers en 2004 – c’est le monstre qui est chargé de faire perdurer la légende jusqu’à nos jours, comme dans I, Frankenstein, l’adaptation de comics de Stuart Beattie (2014).

drfrankenstein3

Pour Docteur Frankenstein, Paul McGuigan décide de revenir aux sources et adapte le roman Frankenstein ou le Promethée Moderne écrit par Mary Shelley. Mais contrairement à la version de Kenneth Brannagh en 1994, l’histoire est cette fois revue du point de vue d’Igor. Seulement voilà, Paul McGuigan nous avait habitué à des films un poil plus inspirés et ambitieux, que ce soit dans un thriller romantique (Rencontre à Wicker Park, remake du film français L’Appartement), un film de gangsters à la Guy Ritchie (Slevin) ou des super héros en danger (Push). Ici, il est très difficile de cerner les motivations du film Docteur Frankenstein : est-ce un pur divertissement ou drame sci-fi ? En effet, à première vue, le film démarre très fort avec une rencontre plutôt mouvementée entre nos deux comparses et mise pas mal sur l’esbroufe en mixant actions, excentricités et mystères en tout genre. Paul McGuigan a beau se reposer sur le personnage d’Igor pour développer son histoire, c’est le fameux Frankenstein qui prend toute la place, donnant l’énergie nécessaire au film pour éviter de tourner en rond. Visuellement très simple, Docteur Frankenstein s’inscrit dans une Londres nocturne, un poil gothique pour ajouter une pincée de frissons, tout en proposant des décors et des costumes à la fois d’époque et un peu revisités. Mais cette légèreté frôlant l’imaginaire ne se retrouve pas dans les propos du film qui cherchent à creuser un peu plus ses personnages, là où on s’attend à du spectacle… et vice-versa. Du coup, si les esprits brillants de Frankenstein et d’Igor ne font aucun doute, les expériences sont finalement reléguées aux seconds plans au profit d’une enquête policière un peu bancale et d’une romance un peu pâlotte. Le film lance plusieurs intrigues mais ne les traitent pas entièrement, du coup si on comprend aisément l’ensemble du film, on manque à la fois de profondeur et d’actions significative tant le film passe d’un sujet à un autre sans sourciller.

Docteur Frankenstein partait d’une bonne intention, à savoir découvrir l’homme (ou le monstre ?) au-delà de la légende, mais le film s’embourbe et ne parvient pas à accorder ses ambitions avec le résultat final. Paul McGuigan sauve les apparences grâce à des petites poussées d’adrénaline qui vont dynamiser un ensemble ampoulé par des sous-intrigues inutiles et surtout, grâce à un personnage principal, Frankenstein, excentrique et extrême qui donne envie de voir jusqu’où il va aller pour assouvir son impossible quête (même si on s’en doute). Docteur Frankenstein en fait finalement trop et pas assez, finissant par carrément nous laisser sur notre faim en survolant tout l’intérêt principal du film (la création du monstre). Certes le film s’appelle bien Docteur Frankenstein, mais c’est finalement dommage d’accorder si peu d’intérêt au monstre qui lui a valu sa funeste renommée, visible seulement dans un final trop hâtive..

Au casting, on retrouve le même effet bancal dans l’écriture des personnages et le choix des acteurs. James McAvoy (X-Men Days Of Future Past, Ordure, Trance…) est extraordinaire, mais il en fait un peu trop vu le gabarit du film et Daniel Radcliffe (Horns, Et (beaucoup) plus si affinités, Kill Your Darlings…) incarne un Igor attachant, même si l’acteur a tendance à cabotiner en retombant dans ses vieux travers d’ex-sorcier. En face, c’est un peu la chute libre : Andrew Scott (Pride, Spectre…) se débat visiblement pour rester crédible, Freddie Fox (The Riot Club, Banana/Cucumber…) ne cherche même pas à l’être et Jessica Brown Findlay (The Riot Club, Un Amour d’Hiver…) a beau incarner un personnage féminin avec un peu de jugeote, elle reste malheureusement inintéressante.

En conclusion, Doctor Frankenstein revisite la légende avec une approche honorable, en tentant de lever le voile sur le créateur du monstre et non l’inverse. Pourtant, si le film démarre plutôt bien, l’ensemble se perd dans la démonstration plutôt que dans le fond. Le résultat tient difficilement la route, on ne sait pas si on doit s’en amuser ou prendre le film au sérieux malgré un aspect divertissant bien présent. Une chose est sûre : Paul McGuigan et la majeure partie du casting nous avaient habitué à mieux. À tenter.

drfrankenstein2

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s