[CRITIQUE] Crazy Amy, de Judd Apatow

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Suffisamment trashouille pour faire ricaner mais globalement politiquement correct, Crazy Amy est une anti-romcom qui se veut moderne et malgré tout sensible. Judd Apatow laisse l’écriture à l’humoriste Amy Schumer et ça se voit. Bien que sympatoche, l’humour est plutôt basique et peu recherché, et même si Crazy Amy tente d’explorer les blessures de son personnage, l’histoire prévisible gâche l’originalité de l’ensemble.

Le pitch : Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

L’image des femmes au cinéma est toujours compliquée à saisir, surtout lorsqu’il s’agit de dépeindre une femme moderne, décomplexée et sexuellement active. Si le récent Jamais Entre Amis avait réussi à rendre Alison Brie aussi sexy qu’intelligente et adorable, d’autres films surfant sur la tendance de la femme libérée finissent trop rapidement par céder à l’écriture d’un personnage trashouille et un poil vulgos, ce qui décrédibilise un film qui cherchera finalement à la faire rentrer dans le moule de toutes façons. Et ainsi débarque Crazy Amy, un film écrit par l’humoriste de Comedy Central, Amy Schumer, et réalisé par Judd Apatow (40 ans : Mode d’Emploi, Funny People…). On pourrait dire que tout cela pique un peu les yeux vu que le film est écrit par une femme, mais ne nous leurrons pas : les angles ont été arrondis pour pondre un film ultra conventionnel qui n’ira jamais plus loin qu’un bout de fesse nue. Autant dire que la révolution n’est pas là.

Même si j’ai eu un peu de mal au début, Crazy Amy n’est pas siiiiiii mal que ça. Il faut surtout s’habituer au personnage (ou à l’actrice) et à l’enfilade de stéréotypes servis sur un plateau pendant les premières minutes. L’héroïne gueularde et décomplexée qui parle tout le temps de cul : check – la copine de boulot un peu stupide : check – les mecs aussi « beaux » que mentalement restreint : check – le job dans la presse : check… Tous les ingrédients de la romcom classique sont réunis dans un film qui se rêve anti-conventionnel. Rêve qui s’effiloche au fur à mesure que le film avance lorsqu’Amy rencontre un homme avec qui elle se stabilise pour la première fois, réveillant des craintes enfouies que la jeune femme va devoir surmonter pour avancer. Si la bande-annonce vendait du rêve, Crazy Amy flaire sacrément bon l’entourloupe à l’arrivée et s’en sort à bout de bras grâce à quelques gags bien trouvés (alors que j’en attendais plus coté dialogue) et un épisode un peu mélo. En effet, après une introduction rapide présentant un père démissionnaire et volage, le film tente d’approfondir le personnage d’Amy, cherchant une raison « valable » pouvant expliquer pourquoi, grands dieux mais pourquoi, cette héroïne a autant le feu au cul (oui, apparemment c’est mal et il faut être instable psychologiquement pour coucher avec autant de mecs… on ne reviendra pas sur la morale douteuse du film). crazyamy2C’est marrant quand on y pense, ces films qui se veulent politiquement incorrects mais qui, dans le traitement si classique, se transforment en démonstration aberrante de slut-shaming à tous les étages, en se cachant derrière une femme pour faire croire que non, il n’y a rien de dégradant là dedans. Pourtant, souvenez-vous de Blackout Total porté par Elizabeth Banks, qui derrière une avalanche de gags pointaient du doigt une femme qui avait cédé au péché de la luxure en couchant avec le premier venu. Le film semblait l’accuser tout du long : « tu vois, tu serais une fille bien sous tous rapports, tout cela ne te serait jamais arrivée ». Crazy Amy fonctionne un peu pareil : derrière l’humour gras, potache et faussement léger se cache un jugement sans appel sur ces femmes à robe jaune qui ont passé la trentaine sans se caser, pire, qui fricotent avec des inconnus quand elles en ont envie (sans parler de l’humour qui cache un fond de vérité bien plus gluant, parfois homophobe ou un chouilla raciste…). Ces comédies populaires, qui illustrent parfaitement l’hypocrisie américaine, ont beau se regarder facilement, elles suintent d’une morale puante qui gâche un peu le plaisir une fois le film terminé.

Si Judd Apatow tient la caméra, on le remarque à peine. Le réalisateur s’éclipse pour laisser la place à Amy Schumer, dont l’imagination atteint rapidement ses limites malgré son ambition. Pour une humoriste de Comediy Central, j’en attendais plus au niveau des dialogues, enfin quelque chose de plus recherché que des « fuck » et des « dick » à tour de bras. Crazy Amy serait peut-être un des points noirs dans la filmographie d’Apatow car malgré son emballage criard, on y retrouve pas le piquant de ses meilleurs films. Crazy Amy se regarde gentiment du fond de son canapé, nourrissant quelques éclats de rire mais sans être la surprise attendue.

Contrairement à son casting, d’ailleurs : Judd Apatow et Amy Schumer ont su s’entourer, quitte à en faire n’importe quoi, en mixant acteurs, habitués du stand-up et des personnalités sportives. Si on ne peut pas en vouloir à Amy Schumer d’en faire des caisses, Bill Hader (Peur en VO dans Vice Versa, The Mindy Project…) et Brie Larson (The Spectacular Now, States Of Grace…) s’en sortent tout juste – l’une parce qu’elle est talentueuse et peu présente à l’écran, l’autre parce que la sobriété de son personnage contraste avec les autres. Tilda Swinton (Only Lovers Left Alive, The Grand Budapest Hotel…) rend l’accent british insupportable, Ezra Miller (Le Monde de Charlie…) frôle le ridicule et Vanessa Bayer s’enlise dans un rôle cliché, tandis que le basketeur LeBron James est une bonne surprise.

En conclusion, Crazy Amy fait l’effet d’un soufflé qui s’effondre à peine sorti du four. L’ensemble n’est pas désagréable et saura faire son petit effet grâce à son esprit irrévérencieux, bien qu’en vérité le film de Judd Apatow tente d’en mettre plein la vue en surfant sur un mythe plutôt insultant de la femme moderne qui vit sa sexualité comme elle l’entend, en la transformant en monstre de foire. Si fin 2014 Amy était Amazing, cette année Crazy Amy baisse sacrément le niveau. À tenter.

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