[CRITIQUE] The Big Short – Le Casse du Siècle, d’Adam McKay

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Survolté, bruyant et creux, Adam McKay tente d’expliquer la crise économique de 2008 dans un film épileptique et racoleur. The Big Short – Le Casse du Siècle en met plein la vue grâce à un montage déstructuré et énergique, afin de compenser le sujet très complexe et peu accessible. Si le casting attire, que les guests font sourire et le montage saccadé amuse, une fois le film terminé, il n’en reste que du bluff et du charabia indigeste (et des spectateurs aux rétines éclatées). N’est pas Martin Scorsese qui veut 😛

Le pitch : Wall Street. 2005. Profitant de l’aveuglement généralisé des grosses banques, des medias et du gouvernement, quatre outsiders anticipent l’explosion de la bulle financière et mettent au point… le casse du siècle ! Michael Burry, Mark Baum, Jared Vennett et Ben Rickert : des personnages visionnaires et hors du commun qui vont parier contre les banques … et tenter de rafler la mise !

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi dans les séries américaines qui se passent dans un hôpital (Urgences, Grey’s Anatomy, House, etc…), les intrigues amoureuses prennent toujours le dessus ? Et bien j’ai eu le temps de réfléchir là-dessus (oui, pendant le film) et j’ai une petite théorie : la médecine est un sujet tellement complexe qu’il faut pouvoir le rendre accessible au spectateur en le mêlant à un sujet plus fédérateur et universel. Quoi de plus universel que l’amour et/ou le sexe, n’est-ce pas ? (Notez que cette théorie est moins valable pour les séries policières ou judiciaires.)
Mais pourquoi je vous raconte cela ? Tout simplement parce que la finance, la vraie finance (pas nos vulgaires relevés de comptes) est un de ces sujets difficiles à traiter au cinéma, car il devient rapidement barbare une fois décortiqué et expliqué. Du coup, il faut pouvoir le rendre attractif, l’illustrer dans un drame old school comme Wall Street d’Oliver Stone, un thriller électrique comme Limitless, de Neil Burger ou encore (oui, vous l’avez vu venir) dans une comédie déjantée comme Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese. Et ça, Adam McKay l’a bien compris. Fondateur du « Frat Pack », le réalisateur expert en comédie potache (de Présentateur Vedette à Légendes Vivantes, en passant par les discutables Very Bad Cops et Frangins Malgré Eux…) tente d’innover en s’attaquant à un sujet plutôt costaud. En effet, il ne s’agit plus d’imaginer des situations loufoques, mais d’aborder un sujet réel (la crise économique) avec crédibilité, modernisme et fun.

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En jouant la carte de l’originalité, The Big Short – Le Casse du Siècle démarre sur les chapeaux de roues avec une introduction qui annonce la couleur, entre une narration décomplexée et un montage décousu. Adam McKay pose une ambiance particulière d’entrée de jeu et lance son film comme un show, alignant des personnages et des invités surprises, dans un rythme tendu, entrecoupés par des confidences à la caméra pour alléger l’ensemble. Seulement, ce style trop déstructuré et m’as-tu vu est plutôt radical : on adhère instantanément ou alors c’est le rejet total. Pour ma part, cela a été la deuxième option.
The Big Short – Le Casse du Siècle carbure à l’esbroufe sur fond de déconnade. Adam McKay étourdit son spectateur et l’assomme de dialogues et de baratin en tout genre, débité à une vitesse intenable, pour se reposer sur son casting trois étoiles et des effets de styles servant à entourlouper son public. Si certains trouveront cela cool d’avoir un guest surprise dans un bain moussant ou une starlette connue qui interviennent pour nous expliquer la finance de façon simplifiée, j’y vois surtout des artifices servant à détourner l’attention sur la platitude du scénario qui repose finalement sur une morale bancale. En effet, Adam McKay livre des personnages sans réussir à les définir ni choisir son camp : sont-ce des héros, des génies ou simplement des gens qui ont profité du système ? The Big Short – Le Casse du Siècle ne parvient ni à rester en position d’observateur, ni à prendre parti. Du coup, pour camoufler le tout, Adam McKay en fait des caisses et The Big Short – Le Casse du Siècle frôle l’overdose. Visuellement, il y en a trop et partout, comme si le réalisateur avait mis tous ces œufs dans le même panier : la narration en voix off, le montage saccadé et expéditifs, les effets de style expérimentaux… avant de tout secouer et de nous balancer le résultat en pleine tête. Adam McKay teste beaucoup et n’est visiblement pas dans son élément, transformant son film en un essai hyperactif et agaçant.
Je ne doute pas que The Big Short – Le Casse du Siècle pourrait plaire cependant, car malgré tout, Adam McKay en fait tellement qu’il touchera forcément un public qui se retrouvera dans ce fouillis survolté. Pour ma part, la magie n’opère pas.

Au casting, Adam McKay est bien entouré. Malgré un ensemble difficile à digérer, les acteurs parviennent à être convaincants, sortant parfois de leurs registres habituels, comme Steve Carrell (Légendes Vivantes, Foxcatcher…), excellent en businessman caractériel en plein crise. À ses cotés (et nommé aux Golden Globes également), Christian Bale (Knight Of Cups, Exodus, American Bluff…) casse son image inutilement, mais reste crédible en génie sociopathe.
Si Ryan Gosling (Only God Forgives, Lost River…) a un rôle plus important que celui de Brad Pitt (World War Z…), les deux acteurs ne brillent pas vraiment dans un rôle de composition, tandis que Finn Wittrock et John Magaro joue les apprentis requins, dans un monde où les femmes n’ont pas vraiment leur place malgré la présence de Karen Gillan (Les Gardiens de la Galaxie…), Melissa Leo (Snowden…) et Marisa Tomei (Les Marches du Pouvoir…).

En conclusion, Adam McKay a vendu du rêve avec son superbe casting et une ambiance survoltée. À l’arrivée, The Big Short – Le Casse du Siècle assure le show avec son traitement extrême, super dynamique (et surtout brouillon). Ça passe ou ça casse, et pour moi, l’ensemble est bien trop indigeste, bruyant et bavard pour réellement sauver une trame finalement banale et attendue. Malgré les apparences, Adam McKay sait divertir mais n’assume pas vraiment son propos face à des personnages qu’il vénère bien trop pour réellement les pointer du doigts. Une ambiguïté qui se reflète dans tout le film. Dommage.

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