[CRITIQUE] Joy, de David O. Russell

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Après Hapiness Therapy et American Bluff, David O. Russell est de retour avec un film au casting bien familier et une histoire plutôt déconcertante (pour ne pas dire décevante). Sans surprise, Joy tente de noyer le poisson dans une cacophonie familiale et survoltée pour mieux forcer le trait sur une héroïne méritante qui fabrique des serpillières pour sauver le monde (ou presque). Si les intentions de David O. Russell sont claires, il choisit le chemin le plus compliqué pour y parvenir au lieu d’assumer pleinement le parcours modeste de son personnage. Au bout de trois films fabriqués dans le même moule, Joy ne parvient pas à donner le change bien longtemps et fleure bon l’arnaque. Et si le très bon Fighter était l’exception qui confirme la règle ?

Le pitch : Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Dans son nouveau film, David O. Russell dresse le portrait d’une femme forte et déterminée à s’en sortir, malgré un environnement familial dysfonctionnel qui se repose essentiellement sur ses épaules…
Blablablabla… Appelons un chat, un chat : David O. Russell, nouveau réalisateur galvanisé par ses nominations à répétitions aux Golden Globes dès qu’il touche une caméra, ressert encore une fois sa recette toute faite et bruyante pour brasser du vide. Derrière toute cette cacophonie : la mère hystérico-dépressive, le papa bougon (encore un rôle de composition pour Robert De Niro), un ex-mari envahissant, des enfants à mi-temps (surtout pour le petit dernier), une sœur jalouse et des rêves inaccessibles… se cache Joy, une Cendrillon des temps modernes capable de tout faire en même temps pour subvenir aux besoin d’une famille insupportable. Et même d’inventer une super serpillière qui s’essore toute seule. Oups ! Viens-je donc de révéler le plot secret du film ? Celui qu’on nous cache dans tous les résumés et les bande-annonces hyper inspirationnelles où on voit Jennifer Lawrence enchaîner les répliques déterminées et marcher comme une badass ? Et bien oui. Car si vous n’avez pas compris la bande-annonce ou l’histoire de Joy, la réponse est là : c’est l’histoire d’une femme qui invente une serpillière (oui, dans ce genre là).

De façon générale, le propos avait tout pour être intéressant : l’héroïne est un peu seule contre tous et doit se démener face à la jalousie des uns, la cupidité des autres et l’inertie ambiante de son entourage. Si David O. Russell avait simplifié sa trame et assumer la modestie de ses personnages, cela aurait pu fonctionner, mais là, le réalisateur en fait des caisses. Depuis Happiness Therapy et American Bluff, le réalisateur revend une machine bien rodée : il ne s’agit pas seulement de reprendre ses acteurs fétiches, mais surtout d’une mécanique préfabriquée, destinée à capter l’attention (ou la perdre, d’ailleurs). La famille survoltée, les joutes verbales incessantes et pleines d’énergie, de poncifs et de déclarations plus ou moins solennelles, Joy ne se démarque pas des films précédents avec une première partie noyée dans un brouhaha incessant sensé divertir, jusqu’au moment où le ou les héros dévoilent leur véritable intrigue. Autant dire qu’ici, le coup de la serpillière est si insolite qu’il m’a complètement fait sortir du film. C’est le traitement étouffant qui laisse à désirer, transformant Jennifer Lawrence en une sorte de mère courage / homme à tout faire, toujours glamour malgré deux-trois tâches sur ses vêtements. J’ai eu beaucoup de mal à y croire à cette Sainte Joy prête à tout accepter, sans talent particulier et qui soudain se rêve inventeur, envers et contre tout.

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Alors que la deuxième partie du film comporte beaucoup d’atouts, impossible d’accrocher à cette comédie attendue et prévisible (sans parler de l’impression de m’être fait roulée qui ne m’a pas quittée depuis le début), qui saute à pieds joints dans tous les écueils possibles, du fabriquant malhonnête au succès qui rate au début avant d’être fulgurant. Même au niveau de la réalisation, Joy n’est absolument pas transcendant ni original. Le réalisateur réutilise les artifices qui lui ont valu les bonnes grâces d’Hollywood, tel un sportif superstitieux qui remet le même caleçon porte-bonheur à chaque nouveau match. Alors que Fighter (pourtant similaire sur certains points) était excellent, il se pourrait bien que cela n’était qu’un éclair de génie pour le réalisateur qui, par la suite, a préféré capitaliser sur des stars montantes de l’époque (Jennifer Lawrence et Bradley Cooper). Sauf que si certains réalisateurs ont des acteurs fétiches (Burton/Depp, Scorsese/Dicaprio…), ils font au moins l’effort de proposer des films originaux.

Le plus triste dans tout cela, c’est que fondamentalement Joy proposait un parcours remarquable sur cette femme modeste qui se bat pour s’en sortir, une histoire vraiment accessible, partiellement réelle et potentiellement moderne qui aurait pu être accrocheuse (avec ou sans serpillière, certes…). Mais David O. Russell en fait bien trop, mettant tous ses oeufs dans le même panier. Jusqu’au bout, Joy rajoute des louches de sucre pour bien ficeler ce pseudo-rêve américain bien gras, menée par une héroïne trop lisse pour être crédible. La seule prise de risque finalement, c’est d’avoir choisi cette femme et cet objet aussi étonnant parmi toutes les inventions possibles (et potentiellement sexiste).

Au casting, on prend (presque) les mêmes et on recommence : Jennifer Lawrence (Hunger Games, Serena, X-Men Days Of Future Past…) perd de sa superbe dans un rôle où elle tient difficilement la route, surtout à cause de son jeune âge, mais aussi parce que son personnage est trop glamourisé par rapport à son style de vie, résultat, impossible de vraiment y adhérer.
On y retrouve également en tête Robert De Niro (Le Nouveau Stagiaire, Match Retour…) en papa bougon – quel changement !- et Bradley Cooper (À Vif, American Sniper, Les Gardiens de la Galaxie…) qui mettra bien du temps à ramener sa fraise. Autour d’eux, si Edgar Ramirez (Délivre-Nous Du Mal…) fait sourire en wannabe crooner, Elisabeth Röhm (Stalker…), Dascha Polanco (Orange Is The New Black…), Virginia Madsen (Hatfields and McCoys…), Diane Ladd (Enlightened…) et Isabella Rossellini (Enemy…) forment une ensemble féminin superbement interchangeable.

En conclusion, si American Bluff m’avait déjà guérie de la « hype » O. Russell, Joy confirme mon impression. Malgré un casting solide et son abonnement ses nominations aux Golden Globes, le résultat est décevant, truffé de lieux communs et sans surprise, dans une vague tentative de rendre hommage à la femme forte tout en la laissant finalement « à sa place ». Quelle arnaque !

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