[CRITIQUE] Arrêtez-Moi Là, de Gilles Bannier

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Prenant et parfois révoltant, le premier film de Gilles Bannier s’émancipe de la piste facile de l’erreur judiciaire pour s’attacher à la chute d’un homme innocent jeté en prison. Entre faits divers et thriller, Arrêtez-Moi Là prend aux tripes en mettant instantanément le spectateur aux cotés de son personnage principal, tandis qu’il endure son calvaire, incarné par un Reda Kateb remarquable et touchant.

Le pitch : Chauffeur de taxi à Nice, Samson Cazalet, la trentaine, charge une cliente ravissante à l’aéroport. Un charme réciproque opère. Le soir même, la fille de cette femme disparaît et des preuves accablent Samson. Comment convaincre de son innocence lorsqu’on est le coupable idéal ?

Un innocent accusé d’un crime atroce, des preuves qui l’accablent et un système judiciaire sourd à sa défense… Du fait divers scandaleux au cinéma, il n’y a souvent qu’un pas, qui a déjà été franchi à maintes reprises, comme le film Présumé Coupable, de Vincent Garenq (2011). Plutôt que de se conformer à ces formats déjà revisités et attendus, en adaptant le livre de Iain Levison, Gilles Bannier (Engrenages, Tunnel…) choisit de faire parler l’homme englouti sous les accusations et démuni de ses droits et de toute humanité.
En effet, Arrêtez-Moi Là s’attache à son héros, un homme anodin dans lequel on se retrouve immédiatement. Au-delà de la gentillesse de Samson, c’est surtout sa simplicité qui crée de l’empathie pour ce personnage, si bien que lorsqu’il se fait arrêter, le spectateur n’a pas d’autre choix que de se ranger de son côté et de souffrir avec lui. Gilles Bannier dresse le portrait d’un homme sans problème sur qui le sort s’acharne et qui se retrouve complètement démuni et isolé. Entre abattement et espoir, Arrêtez-Moi Là pointe du doigt un système judiciaire défaillant où la notion de « présumé innocent » n’existe pas et utilise cette histoire pour créer une atmosphère oppressante et révoltante, jouant avec nos nerfs tant on voudrait intervenir pour sauver le héros. Le film parvient à équilibrer les deux aspects de son film, le drame humain d’un coté et le polar appliqué de l’autre, car la lumière de l’un vient créer des moments de respiration au cours d’une intrigue tout de même pesante

Arrêtez-Moi Là reste crédible de bout en bout (même si je me demande si des caméras de surveillance n’auraient pas dû être mentionnées à un moment donné…), aussi bien au cours de l’enquête jusqu’au procès, que dans la construction de son personnage, portant autant d’attention aux dialogues qu’à ces moments de silence et d’échanges de regards évocateurs. Gilles Bannier évite la surenchère et préfère narrer une histoire simple et accessible, qui fait parfois froid dans le dos car on s’imagine très bien de telles choses arriver en vrai, aussi bien les accusations à tord que la réaction de chaque personnage. De plus, le réalisateur a tenu à tourner dans une vraie prison, ce qui rend l’ensemble criant de vérité, avec ces décors sinistres et nus, tandis que les failles de notre système judiciaire sautent parfois aux yeux, créant une hilarité jaunie devant une justice souvent… injuste.
J’ai juste quelques réserves sur la fin où je me questionne sur l’avenir des personnages principaux et, personnellement, j’avais envie d’une petite vengeance et de voir la conclusion aboutir. Mais au final, le film de Gilles Bannier referme une boucle logique et satisfaisante, replaçant l’humain au centre, son sujet principal.

Au casting, Reda Kateb (Lost River, Hippocrate…) est excellent et porte le film avec une sorte de force tranquille et humble. À ses côtés, Léa Drucker (La Chambre Bleue…) et Erika Sainte (La French…) sont justes et touchantes, tandis que Gilles Cohen (20 Ans d’Écart…) fait sourire (et parfois grincer des dents) et Stéphanie Murat (Max…) est parfaite en gentil requin.

En conclusion, alors que je m’attendais au sempiternel tableau noir et dénonciateur sur les erreurs judiciaires, Gilles Bannier surprend en mettant en opposition l’inhumanité d’un système froid et accusateur face à un homme désarmé et impuissant. Grâce à la performance d’un Reda Kateb formidable, Arrêtez-Moi Là émeut, agite et captive, grâce à un récit simple, réaliste et bien ficelé. À voir.

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