[CRITIQUE] Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne), d’Eva Husson

banggang

Choquant, curieux et souvent indécent, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) cristallise un phénomène de société tabou, la sexualité adolescente où l’innocence flirte avec l’inconscience dans un drame à la fois captivant et irrévérencieux. Eva Husson alterne le chaud et le froid, tandis que la fraîcheur du casting et la beauté de l’image contraste avec une histoire bien sombre et pourtant révélatrice d’une génération sans limite où l’intime n’existe plus et les conséquences ne sont qu’une simple formalité. Révoltant, cru, fâcheusement réaliste, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) ébranle, choque et remue, mais ne laissera certainement pas indifférent.

Le pitch : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique.George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.

Inspirée par un fait divers similaire ayant eu lieu aux États-Unis il y a quelques années, Eva Husson a eu envie d’adapter cette histoire de nos jours dans un Biarritz fantasmé. Fantasmé ? Si les lieux le sont, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) fait tout de même écho à des phénomènes de société qui ont fait les heures heureuses de certains documentaires sulfureux autour de cette jeunesse débridée qui se lâche en soirées privées, où sexe, drogue et alcool sont de mises (les skins party…). Du coup, si le film est aussi choquant, ce n’est pas seulement à cause de la nudité permanente des (jeunes) personnages, mais aussi parce qu’Eva Husson lève le voile sur des pratiques belles et bien réelles qui, en plus de donner un coup de vieux, assène également un coup de massue sur cette génération dont les valeurs sont aussi éphémères que les modes actuelles.

banggang3

Avec son pitch, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) est le genre de film que l’on pense deviner à des kilomètres mais qui réserve pourtant ses surprises. En effet, Eva Husson crée un contraste saisissant entre le fond et la forme : la fraîcheur du casting, la beauté de l’image (quelle lumière !) et l’énergie euphorisante de la bande-originale détonnent avec l’aspect trashouille du film, qui suit une bande d’adolescents qui, par provocation ou ennui, s’adonne à des orgies sexuelles pour s’amuser ou pour attirer l’attention. Si le titre du film évoque les amours modernes, on explore surtout les repères qui explosent, brouillés entre les sentiments amoureux et les hormones qui bouillent en surface. Le sexe est omniprésent, vulgarisé tel une monnaie d’échange et complètement séparé finalement de la romance. Ce qui commence par un triangle (ou un quatuor) amoureux plaisant et un chouilla naïf dégénère rapidement dans un monde où même l’amitié n’a finalement que peu de valeur.

Pourtant, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) ne porte pas de jugement et se contente d’observer un phénomène, certes glamourisé à travers des gamins visiblement issus de milieux confortables et en restant sur une tonalité positive. On pourrait bien lui reprocher de son approche un peu trop bohème, comparé à une réalité souvent bien plus glauque et plus grave, car c’est tout de même étonnant de ne voir que des adolescents bien dans leurs baskets et si à l’aise avec leurs corps. Le film évite d’évoquer les dérapages de ce genre d’orgies pour explorer l’absence de conscience de cette génération qui grandit bien trop vite, sans prendre en compte la responsabilité de leurs actes. Au-delà des partouzes et de ces gamins décomplexés, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) met le doigt sur une société contemporaine qui finalement ne cherche plus à protéger les plus jeunes, mais à les dédouaner à chaque écart. Du coup, lorsque l’heure de l’addition sonne, le film se penche sur les conséquences graves et les observe glisser sur chaque personnage avec une indifférence qui fait froid dans le dos. Derrière un sujet très indécent et provoc’, Eva Husson soulève des questions sur notre époque qui évolue sans filtre, notamment à cause d’internet et des réseaux sociaux, terrains de jeu favori des adolescents qui ont finalement plus facilement accès à des images peu adaptées à leurs niveaux de maturité. Car c’est bien de cela dont il est question, de maturité. Le film titille la morale en exposant ces adolescents qui fricotent ensemble sans se soucier des risques (maladie, grossesse…), mais ces derniers ne sont finalement que le reflet de notre société de plus en plus exposée où la vie privée devient publique via Twitter et Facebook (même si les réseaux sociaux ne sont pas représentés dans le film), où l’accès au porno gratuit n’est qu’à un clic et surtout, dans une société où le fossé entre les parents (ou ceux qui ont été ados au début des années 2000) et les adolescents d’aujourd’hui est de plus en plus béant. Faut-il s’inquiéter ?

banggang6

Si l’histoire de Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) est dérangeante, il faut reconnaître que le traitement d’Eva Husson est intéressante. Grâce à des influences rappelant les films de Sofia Coppola, le film est porté par une énergie fraîche et bohème, du sublime travail sur la lumière à la mise en scène qui tricote sur les limites de la pudeur (les corps nus sont exposés prudemment, les parties intimes ne sont dévoilées qu’en dehors d’un contexte sexuel…), en passant par une bande-originale fantastique et moderne. Visuellement, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) est une expérience presque sensorielle et novatrice, qui se découvre avec curiosité.
Cependant, il y a tout de même quelques bémols dans tout cela : si Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) doit beaucoup à sa thématique sulfureuse, il y a un coté un peu fantasmé qui l’éloigne un peu d’une réalité plus trash et plus dangereuse (je doute qu’un public jeune soit réceptif à cet aspect). D’ailleurs, le film n’étant interdit qu’au moins de 12 ans, je pense que le regard des ados sera moins alarmé que celui d’un public plus mature. Et enfin, le plus gros problème réside dans le casting…

En effet, au casting, il y a peu de visage connu. Seul exception, Finnegan Oldfield (À Toute Épreuve, Les Cowboys…) continue sur sa lancée en variant les rôles, ici il incarne l’ado sûr de lui qui joue avec les filles, prenant dans ses filets la superbe Marilyn Lima, la romantique moderne au prénom masculin. On y découvre également Lorenzo Lefebvre et Fred Hotier, mais il faut malheureusement compter sur Daisy Broom. Si l’actrice n’en est pas à son premier film (une apparition dans Bande De Filles, Partir…), c’est toutefois son premier rôle important et, comment dire, j’ai rarement vu quelqu’un jouer aussi mal ! Le problème, c’est qu’on se laisse facilement porté par le film, mais dès que Daisy Broom ouvre la bouche, tout s’effondre à cause de sa façon de parler absolument pas naturelle qui agaçe profondément. Dommage, ça gâche vraiment beaucoup.

En conclusion, pour son premier long-métrage, Eva Husson frappe fort en abordant un sujet épineux sans prendre de gants. Derrière ses apparences sulfureuses, Bang Gang (Une Histoire d’Amour Moderne) soulève un véritable problème de société et générationnel à travers cette bande d’adolescents livrés à eux-même et perdus entre leurs émotions et leurs désirs, dans une fable moderne, désinhibée et souvent choquante. Un film à voir et qui ne passera sûrement pas inaperçu.

banggang4

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s