[CRITIQUE] Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

leshuitsalopards

Le nouveau film de Quentin Tarantino est long. Très long. Mais c’est aussi une des meilleures histoires qu’il nous a offert depuis quelques temps. Avec Les Huit Salopards, le réalisateur livre un film certes moins graphique et sanglant que les précédents, mais renoue avec son écriture déjantée en créant des personnages savoureux aux dialogues incisifs, enfermés dans un huis-clos théâtral, captivant et tendu. Western fringant et véritable portrait d’une Amérique dérangeante à l’acide, Les Huit Salopards est étonnamment noir et grave, ce qui pourrait en désarçonner plus d’un, mais correspond finalement au cinéma de Tarantino qui, malgré son sens du spectacle, n’a jamais été léger ni superficiel.

Le pitch : Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Quentin Tarantino is back ! Malgré les encombres (première version du scénario mis en ligne, film annulé…), Les Huit Salopards a finalement vu le jour et le huitième film de Quentin Tarantino a des choses à dire ! Si depuis Kill Bill les films du réalisateur sont attendus pour leurs ambiances déjantées et ses affrontements qui finissent souvent en bain de sang, il faut avant tout se rappeler que le véritable atout des films de Tarantino est le scénario, parfois étrange ou décousu de prime abord, mais qui finit toujours par offrir une intrigue aboutie et surprenante. En effet, Tarantino fait parti de ces cinéastes au talent de conteur, qui prenne le soin de créer une histoire de A à Z, des personnages aux décors, avec réalisme et conviction. Avec Les Huit Salopards, on assiste à une sorte de retour aux sources rafraîchissant, du découpage en chapitres à la montée en puissance de l’histoire, à travers une écriture spectaculaire et mordante, ainsi qu’une mise en scène maîtrisée et des personnages contrastés. Mais si le réalisateur retrouve ses vieilles habitudes, il parvient toujours à se renouveler.
À travers un western glacé, Quentin Tarantino narre la rencontre entre différents personnages peu recommandables, obligés de cohabiter ensemble pendant quelques jours (enfin… heures) pour échapper au blizzard qui les menace. Le film démarre lentement et met directement l’accent sur le principal, à savoir la tension pesante mise en exergue via la bande-originale sublime d’Ennio Morricone et qui augmente dès qu’un nouveau personnage entre en scène. En effet, Quentin Tarantino nous mène par le bout du nez, dévoilant son intrigue au compte-goutte et attisant notre curiosité. Chaque personnage est un peu douteux et inspire la méfiance, on se demande dans quel camp il faut se ranger tant la noirceur qui les entoure n’inspire pas confiance. Mais petit-à-petit, Les Huit Salopards comble l’attente grâce à ses échanges aussi efficaces que grinçants, alors que le film fait du second degré saisissant autour du racisme et en violentant joyeusement un personnage féminin pour choquer la bonne morale. C’est une fois que le film se transforme en huis-clos que Quentin Tarantino abat ses cartes une-à-une, révélant une intrigue formidable, une seconde lecture lourde de sens (voire parfois dérangeante) et un casting de géants.

leshuitsalopards2

Les Huit Salopards est un film surprenant qui, malgré sa longueur et sa lenteur, parvient à captiver jusqu’au bout. Quelque part entre l’humour noir, le second degré et l’esprit satyrique, Quentin Tarantino éclabousse la bonne morale et n’hésite pas à créer le trouble en abordant des sujets sensibles (le racisme, la guerre de Sécession…) dans une atmosphère explosive. Alors que dans les précédents Django Unchained et Inglourious Basterds, le ton restait malgré tout très léger tout en contrastant avec un contexte horrible, cette fois le réalisateur met les pieds dans le plat, et dresse un portrait sauvage et peu reluisant d’une Amérique pas si datée que ça. Si ce n’est pas son meilleur film, c’est probablement la meilleure histoire de Tarantino depuis Pulp Fiction, franche et dérangeante, qui a le don d’appuyer là où ça fait mal.
Les Huit Salopards, c’est aussi un travail de mise en scène fabuleux et maîtrisée, qui transforme le film en un huis-clos captivant et théâtral animé par des joutes verbales jubilatoires et un climat suspicieux qui ne fait que s’épaissir. Et rassurez-vous, si Les Huit Salopards semble plus intimiste et axé sur l’exercice de style, le festival d’hémoglobine n’est jamais loin.

Au casting, on y retrouve des visages connus dans l’univers de Quentin Tarantino, à commencer par Samuel L. Jackson (Django Unchained, Avengers : L’Ère d’Ultron, Kingsman : Services Secrets…), grandiose dans un des rôles principales, aux cotés d’un Kurt Russell (Boulevard de la Mort, Fast and Furious 7…) tout aussi remarquable. Seule femme du casting (ou presque), Jennifer Jason Leigh (The Spectacular Now, Kill Your Darlings, Weeds…) leur vole la vedette en incarnant un personnage coriace. Autour d’eux, s’animent un superbe ensemble incluant Michael Madsen (Kill Bill…), Walton Goggins (American Ultra…), Bruce Dern (Nebraska…), Demián Bichir (Savages…) et Tim Roth (Grace De Monaco…). C’est aussi avec plaisir que l’on retrouve la cascadeuse Zoe Bell (Boulevard de la Mort…) dans le film et certains seront heureux de savoir que Channing Tatum (Jupiter : Le Destin de l’Univers…) n’apparaît pas trop longtemps pendant le film (c’est supportable).

En conclusion, alors que beaucoup attendaient un film sanglant et démonstratif, Quentin Tarantino surprend encore et toujours avec une œuvre plus intimiste et parfaitement aboutie. Malgré sa lenteur, Les Huit Salopards crée une atmosphère envoûtante et violente dans laquelle on retrouve la patte et le grain de folie du réalisateur, tandis que l’histoire s’étoffe et que la tension grimpe crescendo. Si le film est très long, à l’arrivée, cela vaut vraiment le coup. À voir (en prévoyant un petit coussin quand même).

THE HATEFUL EIGHT

Publicités

Une réflexion sur “[CRITIQUE] Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

  1. J’ai énormément aimé ce film même si je comprends les gens qui l’ont rejeté. Je pense qu’il faut apprendre à l’apprécier, prendre du recul sur cette expérience unique. La mise en scène est magistrale, les acteurs tous excellents, les décors époustouflants, il y a également plus de fond que prévu, mis en valeur par une écriture très habile et le score de Morricone est génial 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s