[CRITIQUE] Paris-Willouby, de Quentin Reynaud et Arthur Delaire

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Charmant, Paris-Willouby est un road movie familial, proposant une famille moderne et recomposée qui va devoir faire cohabiter leurs différences dans un monospace en parcourant les routes de France. Les réalisateurs Quentin Reynaud et Arthur Delaire livre une comédie pas mal calquée sur le film américain Little Miss Sunshine, dans une version frenchy pas aussi brillante mais tout de même attachante et sympathique, malgré une histoire parfois trop survolée et expédiée.

Le pitch : Les Guilby Lacourt forment une famille recomposée typique de notre époque. Entre père, belle-mère, petite sœur, frère, demi-sœur, ou encore demi-oncle, ils ont parfois du mal à s’y retrouver ! Un soir, ils apprennent la mort d’un grand-père avec qui ils ont coupé les ponts depuis une dizaine d’années. Fatalement voués à cohabiter le temps d’un long voyage pour se rendre à son enterrement, ils vont tous très vite devoir s’adapter au concept du « vivre ensemble » dans l’espace exigu de la voiture familiale. Pour le meilleur et pour le pire !

Pour leur premier long métrage, le duo Quentin Reynaud et Arthur Delaire transpose une cellule familiale au bord de l’explosion dans une aventure gentillette qui va les rapprocher pour le meilleur… ou pour le pire. Un papa nerveux à l’idée de devoir quitter Paris sans sa femme, deux ados en pleine crise, une petite fille cleptomane et un oncle squatteur… Les Guilby Lacourt incarne un certaine version de la famille 2.0, recomposée et électrique, mais surtout aussi fragile qu’un château de cartes. Rien de bien extraordinaire jusque là, Paris-Willouby pose des bases solides et déjà vues, avec cet ensemble sympathique auquel on peut adhérer rapidement. Lorsqu’un drame oblige cette famille à prendre la route, les intentions de Quentin Reynaud et Arthur Delaire sont évidentes mais les réalisateurs parviennent à équilibrer les éclats de chaque personnage, sans forcer le trait ni sombrer dans les clichés du parisien à la campagne. En effet, Paris-Willouby dépeint une famille sans caste sociale, malgré les apparences, et conserve un ton joyeux et convivial jusqu’au bout. C’est donc dans une ambiance sympathique que le film fait mijoter ses petites tensions jusqu’à l’explosion et on prend plaisir à découvrir cette aventure divertissante, entrecoupée de vaches mystérieuses et de prises de becs libératrices.

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Cependant, si Paris-Willouby plait et permet de passer un bon moment, il faut tout de même remarquer sa très grande ressemblance avec le feel-good movie incontournable Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2006). En effet, si la famille américaine n’est pas recomposée, on y retrouve beaucoup de similitudes dans sa composition, puis sur l’aventure en elle-même : le road trip, l’arrêt à la station-service avec une même rencontre surprise, l’arrêt au motel, le craquage et même une bande-originale entraînante pour ponctuer le film… « Same same, but different » comme on dit en Thaïlande. Du coup, cela nuit un peu à la démarche des réalisateurs Quentin Reynaud et Arthur Delaire qui proposent finalement une version frenchy qui, au final, fait preuve de très peu d’imagination dans l’écriture de leur scénario bien trop inspiré par Little Miss Sunshine (si vous ne l’avez pas vu, jetez vous dessus : le sourire est garanti), sans jamais vraiment assumer les faits.
Mais en réalité, le vrai bémol est ailleurs. En y regardant de plus près, Paris-Willouby n’est pas totalement abouti. Si l’intrigue n’est pas trépidante, le film ne va pas jusqu’au bout de l’exploration de ses mini-drames, car une fois que le film se termine dans un happy-end prévisible, certains points restent finalement en suspens, notamment la relation entre la demi-sœur et le demi-frère qui a considérablement évolué pendant le film et qui pourtant passe à la trappe.
Paris-Willouby a beau faire sourire et proposer une comédie sympathique, le film survole ses personnages sans vraiment s’attarder sur les micro-conflits qui les divisent. Le film manque souvent de profondeur, notamment au niveau des personnages finalement transparents, tout en misant sur des pirouettes trop commodes, avant de se précipiter vers un final prévisible qui va dégoupiller à la hâte le ressentiment qui planait entre un père disparu et ses enfants. Bref, un film agréable… mais sans plus.

Au casting, Isabelle Carré (Marie Heurtin, Cheba Louisa…) est à la tête de cette petite famille, sans pour autant réussir à se démarquer car son personnage n’est pas vraiment creusé et sert plus souvent de tampon qu’autre choses. Autour d’elle, Stéphane de Groodt (Les Gazelles, Barbecue…) bougonne, Solal Forte milite et Aminthe Audiard joue les électrons libres. On retrouve également Joséphine Japy dans un rôle à mille lieues de celui qu’elle tenait dans Respire, aussi bien en terme d’interprétation que d’écriture, et c’est bien dommage. Seul Alex Lutz (Le Talent de Mes Amis, Sous Les Jupes Des Filles…) parvient à mettre un peu de sel dans cette comédie un peu moyenne.

En conclusion, Quentin Reynaud et Arthur Delaire font un Little Miss Sunshine à la française en livrant une comédie guillerette et divertissante, faux miroir moderne mais vraiment sympathique. J’aurai aimé voir des personnages mieux écrits pour vraiment creuser le pendant dramatique du film, car du coup Paris-Willouby se regarde mais s’oublie presque instantanément. À tenter.

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