[CRITIQUE] Spotlight, de Tom McCarthy

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Éprouvant, le film de Tom McCarthy se penche sur une histoire choquante qui a ébranlé les États-Unis peut après les attentas du 11-septembre. Spotlight met la lumière sur des journalistes de l’ombre qui ont dénoncé des actes horribles et couverts par l’Église, animés par une soif de justice et l’horreur des faits qu’ils découvrent. Nécessaire, mais parfois un peu long, le film s’étend sur une enquête surprenante mais qui manque un peu de relief, faisant l’effet d’un thriller prometteur, certes, mais dont on connait déjà la réponse.

Le pitch : Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révélera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

Alors que l’Amérique tente à peine de se relever après les attentats du 11-septembre, quelque part à Boston, une équipe de journalistes déterre des faits divers sordides, passés sous le silence depuis des années. De façon un peu cynique, les histoires de prêtres pédophiles sont de nos jours devenus si banales qu’on peut même trouver des blagues sur le sujet, comme si c’était tout à fait normal et acceptable. À travers Spotlight, Tom McCarthy (Les Winners, The Visitor…) relate une enquête méthodique et horrifiante, afin de replacer les crimes commis à leurs justes places et de révéler les failles d’un système bancal.
Sous la houlette d’un nouveau rédacteur en chef, une équipe de quatre journalistes expérimentés se lance presque à contre-cœur dans une enquête qu’on leur impose : un fait divers simple d’apparence, qui, au fur et à mesure de leurs recherches, va grossir jusqu’à devenir une affaire sordide.
L’intérêt du film, c’est surtout de donner la parole aux victimes et de mettre de véritables mots sur le mal commis. En effet, si la notion de viol est déja terrible, le film évoque des traumatismes inhérents auxquels on ne pense pas forcément, comme le fait que ces prêtes sont – aux yeux des victimes croyantes – des représentants de Dieu ou encore que beaucoup d’enfants ne surmontent jamais ces agressions. Avec tact et humilité, Spotlight appuie là où ça fait mal et nous met le nez dedans, sans détour, avec des témoignages criants et bouleversants. Une étape nécessaire car, à partir de là, l’émotion n’est plus abstraite mais totalement accessible au public qui peut facilement se sentir impliquer, avant d’entrer dans le vif du sujet.

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Petit-à-petit, le film se détache de son pendant émotionnel pour réellement se focaliser sur l’enquête, afin de savoir pourquoi ces histoires ont été ignorées si longtemps (et grâce à qui). Tom McCarthy co-signe un scénario rodé, faisant grossir une trame criblée de coups de massue assénés par les multiples découvertes. Spotlight colle ses personnages à la trace et dessine des portraits de perfectionnistes curieux, aussi passionnés par leur travail que déboussolés par l’affaire sur laquelle il travaille. Le film les bouscule dans un rythme tendu et dévorant, qui finit presque par les isoler des autres, comme un secret qui les unit malgré eux. Animés par des échanges affûtés, Spotlight doit beaucoup à sa dynamique scénique et immersive, faisant du spectateur un membre discret et intime de l’équipe. Tom McCarthy remet le journalisme d’investigation à l’honneur à travers un scandale malgré tout passionnant, dévoilant une coalition sordide menée par une main de fer par l’Église sur un système judiciaire insensible.
Cependant, Spotlight présente quelques défauts. Si le film est bien construit autour d’une histoire aussi révoltante qu’intéressante, le principale problème réside finalement dans le manque de rebondissements dans la trame. En effet, malgré les nombreuses révélations du film, on connait finalement les grandes lignes d’entrée de jeu. Du coup, c’est comme si on découvrait un thriller en sachant déjà qui était l’assassin et le motif du meurtre : ça casse un peu le « mystère » et crée quelques longueurs alors qu’on attend l’issue du film. De plus, Spotlight tient tellement à ne pas virer au mélodrame qu’il conserve tout du long une certaine distance, à travers la neutralité du traitement mais aussi sur l’absence de dimension psychologique de ses personnages, dont la vie privée est carrément secondaire (voire inexistantes). C’est un peu dommage car si les enquêteurs sont au centre et parviennent à transmettre leurs émotions au fur et à mesure qu’ils obtiennent des réponses, cependant leurs réactions souvent trop discrètes ou brèves détonnent avec l’ampleur dramatique de l’histoire. Certes, on comprend aisément que les personnages tentent de séparer leurs émotions du travail, mais Spotlight laisse parfois le public seul avec ses propres émotions, tandis que le fil de l’intrigue continue de courir à toute allure.

Au casting, Mark Ruffalo (Daddy Cool, Avengers : L’Ère d’Ultron, Insaisissables… ) et Michael Keaton (Birdman, Need For Speed, RoboCop…) se renvoient la balle avec brio, secondé par une Rachel McAdams (La Rage au Ventre, Every Thing Will Be Fine…) touchante et un Brian d’Arcy James injustement ignoré par la réception critique alors qu’il s’agit de son premier film. Autour d’eux Liev Schreiber (Ray Donovan, Apprenti Gigolo…) est convaincant (même si les intentions de son personnage ne sont pas clairement énoncées), tandis que John Slattery (Ted 2, Ant-Man…) et Stanley Tucci (Hunger Games, Transformers : L’Âge de l’Extinction…) livrent une belle performance. Petit mention spéciale pour Michael Cyril Creighton (Jamais Entre Amis…) qui m’a vraiment touchée, malgré un temps de présence assez court.

En conclusion, Spotlight crée le choc en dévoilant une affaire honteuse qui a secouée l’Amérique, dans un drame éprouvant à la dimension politique dénonciatrice d’un système à vitesses multiples. Tom McCarthy signe un film nécessaire, rappelant aussi bien l’importance du journalisme d’investigation que le mal commis sur les victimes (survivants) de viol loin des clichés et des pièges sulfureux qui lui tendaient les bras. Si le film manque parfois d’humaniser ses personnages et souffre de quelques longueurs, le résultat est tout de même réussi : on en ressort remués et impressionnés. Spotlight se positionne sans peine comme un vrai concurrent aux Oscars. À voir.

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