[CRITIQUE] Zoolander 2, de Ben Stiller

S’il aura fallu pratiquement 15 ans pour revoir Zoolander sur grand écran, il faut moins de 15 minutes dans Zoolander 2 pour regretter d’être dans la salle. Ben Stiller, habituellement plus inspiré, nous refourgue une suite sans âme, boostée par l’appât du gain des caméos de stars à n’en plus finir, afin de masquer l’abysse monumentale d’un scénario accablant et honteux, qui se traine dans une simili comédie d’espionnage réchauffée et prévisible au possible. Si dans le premier opus Ben Stiller visait juste, entre parodie et satire de l’industrie de la mode, à travers un personnage certes stupide mais foncièrement naïf et attachant, dans Zoolander 2, toute cette subtilité est absente. Résultat, c’est moche, pas drôle et surtout insupportable.

Le pitch : Blue Steel. Le Tigre. Magnum… Des regards si puissants qu’ils arrêtent des shuriken en plein vol et déjouent les plans de domination mondiale les plus diaboliques. Un seul top model est capable de conjurer autant de puissance et de beauté dans une duck-face : Derek Zoolander ! Quinze ans après avoir envoyé Mugatu derrière les barreaux, Derek et son rival/meilleur ami Hansel, évincés de l’industrie de la mode suite à une terrible catastrophe, mènent des vies de reclus aux deux extrémités du globe. Mais lorsqu’un mystérieux assassin cible des popstars célèbres, les deux has-been des podiums se rendent à Rome pour reconquérir leur couronne de super mannequins et aider la belle Valentina, de la Fashion Police d’Interpol, à sauver le monde. Et la mode.

J’ai adoré Zoolander, sorti en 2001, que j’ai découvert presque par hasard. Ben Stiller signait une comédie qui lui ressemblait, ou plutôt qui ressemblait à son personnage : un peu con-con, mais adorable car Zoolander est avant tout un gentil naïf dont l’absence de matière grise lui cause beaucoup de tracas. Ce premier film était aussi à double lecture : d’un coté, il y avait la comédie fun qui enchaînaient les gags et les réparties hilarantes dans un registre parfois régressif mais efficace, et de l’autre Zoolander en profitait pour dresser une critique parodique bien vue sur l’industrie de la mode dans une vision extrême, entre l’encensement des tops models et de leurs « signature look/walk » et le règne des stylistes visionnaires, en passant par des phénomènes de mode absurdes. Du coup, Zoolander avait quelque chose de vrai qui rendait l’ensemble aussi drôle que percutant, tandis que certaines scènes frôlaient le culte (Zoolander et Hansel qui retournent à l’état primate devant un ordinateur sur la musique de 2001, l’Odyssée de l’Espace…) et que le duck-face permanent – pardon, le Blue Steel – du héros était déjà un meme avant l’heure.
Si le succès en salles était mitigé à l’époque (aussi à cause du contexte après les attentats du 11 septembre), Zoolander est rapidement devenue un mini-phénomène qu’on se conseillait via le bouche-à-oreille, même si le film reste encore, à mon avis, sous-estimé. Alors quand Ben Stiller a décidé de mettre en chantier une suite, c’était avec un peu de peur mais beaucoup d’enthousiasme que j’ai attendu de découvrir ces nouvelles aventures.

Dans Zoolander 2, Ben Stiller (également producteur et co-scénariste avec Justin Theroux) semble retrouver les points forts du premier film. Au-delà des personnages phares, le film offre une intrigue farfelue, retrouvant l’aspect tiré par les cheveux de Zoolander qui, malgré son improbabilité, donne tout de même envie de voir ce qu’il va se passer.
Seulement, dès les premiers minutes, le film annonce une tonalité qui divise immédiatement. Non, je ne parle pas de l’introduction avec Justin Bieber – qui, en passant, dure bien trop longtemps (et qui rappelle légèrement le point de départ de Kingsman – Services Secrets), mais c’est surtout cette vague inspiration « blockbusterienne » qui assomme d’entrée de jeu avec un montage express résumant le gap depuis Zoolander, à grands renforts d’effets visuels et sonores envahissants, avant de lancer le film avec des faux airs fallacieux de films d’espionnage qui finissent d’éloigner Zoolander 2 de son univers initial.
Du coup, c’est à peine si on a le temps de souffler entre chaque annonce, alors que le film essaie de mettre en place un décor pseudo dramatique sur la chute de Zoolander. Une fois installé, Ben Stiller opte pour du recyclage massif : Zoolander 2 est dans la redite totale, présentant finalement des personnages qui ont très peu évolué en 15 ans (malgré les tragédies qu’ils ont pu vivre). Le hic, c’est que Zoolander et Hansel sont cette fois exploités avec un premier degré trop présent qui gâche la bonhommie naïve de l’ensemble : fini les tops models bêtes et beaux mais sympathiques, place aux has-been dépassés que l’âge a rendu bien tristes. Si l’action ne ralentit jamais, le résultat est pourtant sans surprise. Même s’il tente vaguement de faire grandir ses héros via leurs quêtes pseudo-existentielles, le film soulève des questions auxquelles les réponses sont évidentes et finit par prendre son spectateur pour un idiot, au lieu de jouer de la bêtise de ses personnages. Tel un horrible accident de voiture, Zoolander 2 exerce une sorte d’emprise dans laquelle se mêle à la fois la stupeur et l’incrédulité, tant l’ensemble surfe sur un incroyable vide et une écriture à l’apogée de la flemmardise, sans aucune imagination, habité par une galerie impressionnante de personnages secondaires  détestables qui apparaissent régulièrement pour enfoncer le film dans la médiocrité.
Coco Chanel a dit : « Avant de partir de chez vous, regardez-vous dans le miroir et enlevez un accessoire ». Clairement, Ben Stiller n’a pas appliqué ce conseil avant de sortir Zoolander 2 car de nombreux éléments auraient pu être retirés pour un résultat plus… comment dire, moins répulsif. En effet, Ben Stiller donne l’impression d’avoir repris Zoolander (1) et d’avoir tout multiplié par 10. Du coup, c’est l’overdose, le film fuse de partout et ne parvient pas à renouer avec le sous-texte comico-sérieux ni l’ambiance décalée du premier opus, malgré de nombreux appels du pied/clins d’œil. Stiller se contente d’animer sa trame avec une multitude de guests qui débarquent toutes les cinq minutes, certains plus présents que d’autres (apparaissant 5 secondes pour la blague), ce qui prend finalement le dessus par rapport au film en lui-même. Finalement, le carnet de chèques d’adresses du réalisateur réussira-t-il à sauver le film de la catastrophe ? En réunissant autant de stars au compteur, Zoolander 2 explose le record du caméo pour attirer du monde dans les salles… rappelant tristement l’infâme My Movie Project sur les bords. Oops.

Au casting, Ben Stiller reprend donc le rôle-titre et devient étrangement une parodie de lui-même en incarnant un Zoolander bien triste, qui ne parvient même plus à faire ses propres mimiques. À ses cotés, Owen Wilson (Inherent Vice, Broadway Therapy…) ressuscite et, avouons-le, n’a jamais valu grand-chose, même si ses potes (Ben Stiller, Vince Vaughn…) continuent de nous l’imposer dans leurs films. À l’affiche également, on y retrouve une Penélope Cruz (Cartel…) transparente malgré son généreux décolleté, tandis que Kristen Wiig (Seul Sur Mars, Imogene…) est méconnaissable mais pas détestable dans son rôle, tout comme Will Ferrell (Légendes Vivantes…), qui prouve que même dans le ridicule il peut exceller.
Parmi les guests, il y en aura pour tous les goûts : pop stars, rock star, icônes fashion… ils sont tous là, plus nombreux que toutes les pages du scénario réunies. Pour quelle raison ? Mystère…

En conclusion, rien ne va plus pour Zoolander 2 qui perd de son charme dès les premières minutes pour se transformer en une surenchère bruyante, dispersée et assommante, qui tente vaguement de critiquer la société actuelle (l’abus de réseaux sociaux, la superficialité, blablabla…). Alors que Ben Stiller a déjà proposé mieux en tant que réalisateur, que ce soit en comédie (Tonnerre Sous Les Tropiques…) ou en dramédie intelligente (La Vie Rêvée de Walter Mitty), Zoolander 2 frôle la catastrophe, camouflée par un défilé de stars en tout genre et en tout poils qui pourront éventuellement sauver la mise et épater la galerie. À éviter.

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