[CRITIQUE] A Perfect Day – Un Jour Comme Un Autre, de Fernando León de Aranoa

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Derrière une ambiance sympathique et un humour efficace, A Perfect Day observe le quotidien d’un groupe d’humanitaire avec une amertume palpable. À l’image de son casting atypique, Fernando León de Aranoa livre un film plutôt insaisissable, entre admiration et fatalisme, tout en dressant un portrait d’hommes et de femmes aux problèmes ordinaires dans un contexte particulier. Le film évoque avec brio un sujet rarement abordé au cinéma (ou trop souvent romancé), opposant la noirceur de la guerre à la vie, imperturbable, qui suit son cours malgré tout. Intéressant.

Le pitch : Un groupe d’humanitaires est en mission dans une zone en guerre : Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider ; Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui ; Katya, voulait Mambru ; Damir veut que le conflit se termine ; et B ne sait pas ce qu’il veut.

Après le très remarqué Les Lundis au Soleil (2002) qui lui a valu pas moins de 5 Goyas (les César espagnols, grosso modo), Fernando León de Aranoa revient avec une comédie dramatique à la fois perspicace et éclairée. A Perfect Day relate le quotidien d’un groupe en mission humanitaire dans une zone de guerre, à travers des personnages singuliers et les aléas d’un travail hors du commun.
Derrière un aspect comique et léger très présent, A Perfect Day dénoue un contexte difficile : l’action se situe dans un pays dévasté par la guerre, à travers une zone rurale où les habitants oscillent entre la survie et le marchandage extrême. Alors que le film débute avec une tentative d’extraction d’un cadavre hors d’un puit d’eau potable, Fernando León de Aranoa lance une course contre la montre qui va déclencher de nombreux événements, permettant aux personnages d’affronter des premiers pas difficiles, de conforter leurs envies de changement ou encore, de tourner la page. Un parallèle qui permet non seulement de désacraliser l’aura idéalisée des missions humanitaires, mais surtout de poser un regard réaliste et bienveillant sur ces hommes et ces femmes engagées dont l’ambition des débuts détonnent avec l’expérience des plus aguerris.
En effet, à travers un film finalement pas si léger que ça, Fernando León de Aranoa dénonce des problématiques sensibles qui viennent jeter le trouble dans cette journée « parfaite ». Alors que le groupe tente de mener à bien leur mission, les obstacles sont nombreux. Entre les ordres militaires, les conflits de territoires et les vaches mortes, les personnages du film auront souvent l’occasion d’osciller de l’épuisement physique et moral à une volonté, finalement héroïque, d’aller jusqu’au bout de cette journée.

aperfectday2Engagé, mais aussi humain, le film de Fernando León de Aranoa ne cherche pas à profiter de son contexte pour approfondir sa partie dramatique. Au contraire, A Perfect Day propose une belle galerie de personnages qui viennent servir son propos avec brio, entre le leader désabusé et la novice idéaliste, en passant par une ex-copine rancunière, un traducteur épuisé et un autre qui est là, faute de mieux. Du coup, le film offre souvent des échanges savoureux et des petits rebondissements inattendus, qui s’inscrivent parfaitement dans une histoire insaisissable qui passe sans effort des scènes drôles et pleines de vie à des moments de noirceur qui agissent comme des rappels brutaux.

Finalement, A Perfect Day est surprenant et a de nombreuses choses à dire. Fernando León de Aranoa rend hommage aux humanitaires, qu’ils soient fatalistes ou naïfs, en narrant un parcours semé d’embûches qui pourrait bien lever le voile sur les dysfonctionnements et les problématiques rencontrés sur le terrain dont on ne parle finalement pas assez dans les médias. Au-delà de cette lecture engagée, le film est aussi une tranche de vie étonnante, mettant en scène des personnages aussi différents qu’attachants, tout en dépiautant leurs problèmes relationnels qui, malgré un contexte peu ordinaire, viennent relativiser un ensemble marquant. Derrière tout cela, Fernando León de Aranoa parle de la vie et surtout de la façon dont elle continue d’avancer malgré tout, avec une pointe d’espièglerie qui égaye une trame bien écrite.

Au casting, c’est un mélange plutôt étonnant : cela fait du bien de voir Benicio Del Toro dans un rôle moins spectaculaire (Les Gardiens de la Galaxie, Sicario, Paradise Lost). À ses cotés, Mélanie Thierry (Comme Des Frères, Je ne Suis Pas Un Salaud…) apporte beaucoup de fraîcheur, Tim Robbins (Life Of Crime, Sex Therapy…) est excellent grâce à un personnage à l’humour parfois caustique, épaulé par Fedja Stukan, très bon également. Olga Kurylenko (November Man, Saint Laurent…) vient bousculer l’ensemble et Sergi López (21 Nuits Avec Pattie…) fait une petite apparition.

En conclusion, A Perfect Day est une très bonne découverte. Si le film ne paie pas de mine et intrigue beaucoup avec ce casting plutôt étrange (mais alléchant), Fernando León de Aranoa livre une comédie grinçante à la fois engagée, optimiste et humaine, à travers une histoire multiple et aboutie. Le résultat laisse songeur, mais certainement pas indifférent. À voir.

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