[CRITIQUE] Keeper, de Guillaume Senez

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Un peu crispant au début à cause de ses ambitions un peu floues, Keeper transforme une bleuette adolescente en une observation perspicace de la naïveté de cet âge délicat face à une situation trop adulte. À travers une grossesse accidentelle, Guillaume Senez livre un film réaliste, toujours focalisé sur le point de vue de ses jeunes héros et leurs visions de la vie encore très puérile, ce qui fait souvent grincer des dents mais conserve une vérité intéressante. Si ce film pourrait très bien être diffusé en salles de classe, le risque d’agacer (les spectateurs adultes) est cependant très présent… sûrement parce que les personnages principaux sont très bien écrits !

Le pitch : Maxime et Mélanie s’aiment. Ensemble, ils explorent leur sexualité avec amour et maladresse. Un jour, Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Maxime accepte mal la nouvelle, mais peu à peu se conforte dans l’idée de devenir père. C’est maintenant décidé : du haut de leurs quinze ans, Maxime et Mélanie vont devenir parents…

Présenté au Festival International du film de Lorcano, le premier long-métrage de Guillaume Senez a déjà une belle série de récompenses à son actif. Deux adolescents amoureux, à peine sortis de l’oeuf et une grossesse surprise, voici le point de départ de Keeper qui démarre dans le vif du sujet. Dans un film scindé en deux parties, Keeper observe ses personnages rêver et s’imaginer dans un monde d’adulte avec l’innocence et l’ignorance qui caractérise un âge critique. Enfermés dans une bulle, les héros pensent pouvoir gérer cette nouvelle, l’un poussant l’autre à garder l’enfant, tout en nourrissant des rêves superficiels de gloire. Si ces deux ados ont tendance à agacer, Keeper met pourtant le doigt sur une vérité, à savoir l’insouciance et le manque de maturité de ses personnages qui ne réalisent pas la gravité de la situation. Du coup, à force de les entendre parler de leurs envies sans jamais saisir ce que ça va changer dans leurs vie, j’étais vraiment agacée et je me demandais quel était le message que Guillaume Senez tentait de faire passer à travers son film. Être parents adolescents, c’est facile ?

Petit à petit, Keeper bascule, doucement mais sûrement. Déjà, en révélant leur secret à leurs parents, le film change de tonalité, opposant le rêve adolescent à la maturité des adultes. Le film offre des réactions de plus en plus terre-à-terre et réalistes, mettant les ados devant le fait accompli tandis que ces derniers vont lentement réaliser qu’avoir envie de devenir parent ne suffit pas.
Si le film met du temps à développer son propos, l‘écriture est finalement plutôt fine et perspicace. Keeper entretient une dualité intéressante, entre le monde des enfants et le monde des adultes, cristallisant un milieu pas si juste et paradoxal. Le rêve et la réalité s’affronte tandis que nos héros entament un passage à l’âge adulte douloureux, dans un film qui saisit brillamment le mélange d’innocence, de volonté d’affirmation de soi et de puérilité qui compose l’adolescence, face à une décision aussi importante. Certes mon appréciation du film est aléatoire, mais je pense que Keeper aurait largement sa place au cours d’une projection éducative (en collège ou en lycée) pour ouvrir le dialogue sur les autres risques liés au sexe, en dehors des maladies, c’est-à-dire, les grossesses non-désirées. En effet, si le film propose des personnages de parents plus ou moins ouverts, il effleure néanmoins d’autres cas de figure moins heureux.

Au casting, Kacey Mottet Klein (Une Mère…) et Galatea Bellugi (À 14 ans…) forment un ensemble mitigé, marqué par des personnages crispants. J’ai beaucoup aimé Laetitia Dosch (La Belle Saison, Mon Roi…), plus présente et affirmée, face à Catherine Salée (Une Mère…) et Sam Louwyck (Belgica…) dont j’ai trouvé les personnages trop permissifs.

En conclusion, difficile de faire un véritable retour sur Keeper. Guillaume Senez livre un film, à mon avis, nécessaire, mais finalement peu appréciable en terme de divertissement. Si l’histoire est finalement intéressante, la mise en abîme est parfois trop lente, dans un ensemble assez scolaire. Néanmoins, Keeper est d’une authenticité et d’un réalisme saisissant, car si mon appréciation du film est aussi complexe, c’est aussi parce qu’au-delà du caractère un peu énervant de ses personnages principaux, le film saisit à merveille la fragilité et la délicatesse de la situation, qu’il décrit avec beaucoup (trop) de pincettes. ! À tester, avec des ados, pourquoi pas.

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