[CRITIQUE] Batman V Superman : L’Aube de la Justice, de Zack Snyder

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Le pitch : Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

À la fois attendu et redouté (par les fans), la suite de Man Of Steel / reboot de la saga Batman est enfin sorti sur grand écran, sous le nom prometteur de Batman V Superman – L’Aube de la Justice, réalisé par Zack Snyder. Comme tout film très attendu, le résultat laisse une impression mitigée qui, cette fois, penche beaucoup vers la déception et l’incompréhension. Batman V Superman – L’Aube de la Justice avait tout pour être grandiose : en dehors du clash entre deux super héros emblématiques, Zack Snyder signe un film très sombre, emphatique (parfois pompeux), mais surtout truffé de bonnes idées et de références surprenantes. Oui mais voilà, l’ensemble est totalement desservi par un montage désastreux et une ambition marketing à peine voilée cherchant plus souvent à vendre la suite (la Justice League), qu’à développer une véritable intrigue. Du coup, Batman V Superman – L’Aube de la Justice reste en mémoire pour son absence de détails et de cohérence, se résumant à un face-à-face parfois trop foutraque de micro-scénettes à la suite. L’ensemble est hanté par un clash plus mou que prévu (et bien trop court) et bouclé par un final un poil consternant.

Mais alors, tout est vraiment à jeter dans le film de Zack Snyder ? Heureusement, non !
Si on met de coté le teasing permanent vers la Justice League, Batman V Superman – L’Aube de la Justice pose de nouvelles bases intéressantes en suivant les événements de Man Of Steel. Le film explore un monde qui s’interroge sur ce Superman, du bien-fondé de ses actions à la légitimité de l’admiration que certains lui vouent. À partir de là, Zack Snyder surfe sur plusieurs tableaux pour alimenter sa trame, créant de multiples fils conducteurs qui, certes, ont du mal à se rejoindre mais soulèvent des intrigues intéressantes. Ainsi le passé douloureux de Batman refait surface alors que Batman V Superman – L’Aube de la Justice dresse un portrait plus rugueux, violent et méfiant du justicier (vieillissant), tandis que Superman tente de trouver sa place en tant que héros, malgré une hostilité grossissante. Sur fond de conspirations qui se dénouent à travers l’enquête de Loïs Lane, Zack Snyder opère un retour aux sources profond sur la raison d’être de ses deux personnages phare, mettant en porte-à-faux leurs statuts de héros/justiciers face à un monde de plus en plus sombre et vindicatif. Batman V Superman – L’Aube de la Justice désacralise le titre de super héros et redessine la mythologie qui les entoure, offrant une mise en abîme salutaire et captivante avant que les choses sérieuses commencent… et ruinent le travail de réflexion accompli.

Le problème dans tout ça, c’est que même si le film installe de nouvelles bases, le résultat donne l’impression de raconter plusieurs histoires en même temps, sans véritable lien avec l’intrigue globale. En effet, pendant que Superman sauve le monde et que Batman joue les justiciers de l’ombre, le seul intérêt viable du film tourne autour de l’enquête de Loïs Lane et des intentions mystérieuses de Lex Luthor, l’enfant terrible du film. Du coup, difficile de se focaliser sur tout cela tant le film essaie de dire beaucoup de choses à la fois, et c’est là que le teasing sur la Justice League et la présence de Wonder Woman à chaque détour finit par atteindre ses limites.

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Si le fond du film est appétissant, c’est surtout la forme qui pose problème. Batman V Superman – L’Aube de la Justice fait l’effet d’un assemblage de scènes indépendantes qui viennent polluer les ambitions du film, surtout lorsque la trame se repose sur les rêves, les cauchemars et autres visions des uns et des autres. Oui, on peut reprocher beaucoup de choses aux films Marvel Studios, mais il faut au moins leur accorder le fait qu’ils ont toujours réussi à teaser la suite plutôt intelligemment, grâce à des easter-eggs ou des scènes post-génériques ! Dans Batman V Superman – L’Aube de la Justice, tout est inclus dans le film à grands renforts de stratagèmes plus que fumeux, d’une vision qui arrive comme un cheveu sur la soupe (hello Avengers 2 !) à des dossiers informatiques mystérieux qui apparaissent de façon bien commode (c’était même plus crédible dans The Amazing Spider-Man 2 !). Ajoutons à cela une révélation de trop dans les bandes-annonces (Doomsday !) et une Wonder Woman qui s’incruste sous couvert d’une quête absurde (une photo… !), Batman V Superman – L’Aube de la Justice multiplie les appels du coude envahissants plutôt que de se concentrer sur une histoire qui n’en finit plus d’être bancale. A force de braquer les phares sur les héros présents (et futurs), les méchants de l’histoire sont à la traîne. Entre la folie « jokerienne » d’un Lex Luthor hystérique et les affres d’une conspiration bien trop grosse pour être crédible, Batman V Superman – L’Aube de la Justice s’épuise dans un troisième acte démonstratif, tentant vainement de surpasser l’affrontement entre Batman et Superman, avec un Doomsday hurleur et un dernier combat peu enthousiasmant qui, au lieu de mettre en avant la trinité super-héroïque du film, a plutôt tendance à l’éclipser.
Toujours sur la forme, Zack Snyder a déjà fait mieux en terme de réalisation. Alors que le réalisateur a déjà prouvé son sens esthétique dans ses films précédents (300, Sucker Punch…), cette fois on ne retrouve qu’une simple photographie métallique, réchauffée par des couleurs chaudes quand il s’agit de Superman et des accents froids, coté Batman. Dans le genre prévisible, on fait difficilement mieux… mais le résultat est sympathique, même si le film se réfugie trop souvent dans des scènes nocturnes et pluvieuses (à Gotham, donc). Je note aussi des scènes d’actions difficilement lisibles, ce qui ôte pas mal d’effet « waouh » quand Batman entre en scène, tandis que les explosions d’énergie d’Abomination du grand vilain grille trop souvent la rétine. Bon courage si vous voyez le film en 3D, en plus d’être trop sombre, vous risquez de voir votre vue baisser !

Batman V. Superman: Dawn Of Justice

Malgré tous ses défauts de narration et de montage, Batman V Superman – L’Aube de la Justice est pourtant loin d’être mauvais. Zack Snyder avait de la suite dans les idées en s’inspirant de l’arc The Dark Knight Returns pour proposer un Batman plus imposant et moins conciliant, tout comme le clin d’œil à Injustice vient érafler l’image glorieuse de Superman pour mieux introduire le super vilain de la Justice League. Le résultat est brut, plus étoffé et profond, cassant l’image des super-héros lisses à la Marvel ou explorer la part d’ombre de ses personnages.
Coté casting, si Henry Cavill (Man Of Steel, Agents Très Spéciaux…) incarne toujours aussi bien le héros Kryptonien, c’est surtout Ben Affleck (Gone Girl, À La Merveille, Argo…) qui était attendu au tournant. Pour ma part, j’ai apprécié sa performance : l’acteur est très convaincant en Bruce Wayne et tient la route en Batman malgré des scènes d’action parfois trop brouillonnes pour être appréciées. Autour d’eux, une foultitude de seconds rôles hante l’écran, mais je retiendrais surtout : Jesse Eisenberg (American Ultra…) crispant et pénible en Lex Luthor, tout comme Amy Adams (Big Eyes…) qui n’échappe pas au cliché de chouineuse professionnelle ou encore Jeremy Irons qui bricole par ci par là dans la Batcave.
Mais au final, celle que j’attendais de voir autant que Ben Affleck, c’est Gal Gadot (Fast And Furious 5, 6 et un peu 7…) en Wonder Woman : superbe, mystérieuse mais le seul moment où son personnage prend enfin du galon, sa partie est éclipsée par les papouilles entre Superman et Loïs. Du coup, elle a encore beaucoup de choses à prouver, mais sa performance est prometteuse…

En conclusion, allez voir Batman V Superman – L’Aube de la Justice, d’une part parce que c’est toujours intéressant de voir une approche différente des films de super héros, moins blockbusterienne et plus axée sur la psychologie de ses personnages, moins lisses ici. En plus de se démarquer définitivement de la trilogie de Christopher Nolan, Zack Snyder a eu de bonnes idées, peut-être un peu trop pour un seul film, ce qui rend le résultat aussi intéressant que brouillon tant la mécanique ne trouve pas d’équilibre face à des intentions aussi multiples : reboot, suite, introduction d’une team de super-héros… Finalement, plutôt que de se focaliser sur ses défauts, je préfère retenir la prouesse de Batman V Superman – L’Aube de la Justice : avoir proposer une relecture de personnages emblématiques alléchante. Affaire à suivre !

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Je vous fais attendre, mais à bientôt pour quelques spoilers 🙂

 

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