[CRITIQUE] Encore Heureux, de Benoît Graffin

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Sous couvert de comédie, Benoît Graffin tricote un semblant de drame social, mais fantaisiste, autour d’une famille au bord de l’explosion, entre un papa chômeur, une maman lassée et des enfants en perte de repère. De prime abord plaisant, Encore Heureux reste dans les nuages, bien trop éloigné de la réalité pour réussir à faire de cette fable une histoire crédible qui, malgré son contexte, réunit tous les mauvais cotés de la tendance bobo parisienne qui veut singer la masse populaire. Le résultat est bancal, trafiqué à la truelle et souvent exaspérant, malgré ses bonnes intentions.

Le pitch : D’accord, Marie est un peu fatiguée de l’insouciance de son mari Sam, cadre sup au chômage depuis 2 ans. D’accord, elle est très tentée de se laisser séduire par ce bel inconnu qui lui fait la cour. D’accord, il y a aussi le concours de piano de sa fille… Si cet équilibre dingue et léger tient à peu près debout, un événement inattendu jette toute la famille sur un chemin encore plus fou.

Scénariste d’origine (Sans Arme, Ni Haine, Ni Violence en 2007, La Fille de Monaco en 2008… entres autres), Benoît Graffin n’était pas repassé derrière la caméra depuis 2001 (Le Café de la Plage) et c’est avec Encore Heureux que ce « jeune » réalisateur retrouve la réalisation pour la troisième fois. Dans cette comédie familiale, le film cherche à étoffer sa trame avec un peu de noirceur qu’il tente d’entretenir à travers un couple en crise… pendant la crise. Le père ne travaille plus et ne cherche plus, insensible à ce qu’il inflige à sa famille, entre une femme délaissée et des enfants perdus. Au début, Encore Heureux a ce petit grain de folie qui capte l’attention, notamment grâce à une Sandrine Kiberlain pétillante qui porte le film sur ses épaules, avec ses méthodes de chapardage dans les magasins et son hésitation amusante entre le ras-le-bol, la tentation et un amour tendre pour son mari. On s’intéresse à cette petite famille qui représente un quotidien accessible, loin de ces comédies françaises où les personnages vivent dans de grandes maisons ou appartements quelques soient leurs métiers. Il y avait donc un petit coté intéressant, pas vraiment inédit mais curieux dans le fait de parler ainsi de la pauvreté, transformant des scènes du quotidien difficile en moments de rire, malgré tout.

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Cependant, cette légèreté ne dure pas. Le caractère insouciant et défaitiste (et agaçant) du papa chômeur vient rapidement plomber la bonne humeur, tandis que l’écriture, bien trop romancée pour être commode finit faire grincer. En effet, le film a beau situer sa petite famille pauvrette dans un 20m2 à Paris (!), j’ai eu beaucoup de mal à croire à certains détails enfilés à la trame pour ajuster une intrigue qui bat trop rapidement de l’aile. Du plan astucieux, mais pas du tout réaliste pour voler en magasin, jusqu’au moment où la famille est menacée d’une éviction, ça devient un peu trop bancal pour être vrai : l’appartement n’était pas le don d’un parent ? Et depuis quand les gens se font virer juste après Noël, la trêve hivernale n’existe plus (les assistantes sociales et la protection de l’enfance non plus, d’ailleurs) ? Benoît Graffin a-t-il fait quelques recherches avant de tricoter son intrigue autour de détails incohérents ? Et oui, car au bout d’une demi-heure après le début du film, la liste des incohérences s’allonge et on est toujours pas entré dans le vif du sujet !
Le problème du film est là : l’histoire a beau proposé des rebondissements pour animer l’ensemble, chaque nouvelle étape du scénario est rattrapé par un manque de crédibilité agaçant qui porte préjudice au film et à ses intentions. Le temps que Encore Heureux finit par entrer dans le vif du sujet, il faut composer avec tous ces éléments qui viennent gâcher une trame globalement attrayant. L’idée de proposer des personnages communs et accessibles avant de les transposer dans une histoire rocambolesque, allant du squattage jusqu’à un « encombrant » plutôt gênant, était fine et Benoit Graffin aurait pu, avec un peu plus de finesse et moins de détails farfelus, livrer un ensemble sympathique.

Au casting, Sandrine Kiberlain (Quand On A 17 Ans, Comme Un Avion, Elle L’Adore…) mène la danse et égaye le film avec son personnage un poil hystérique mais attachant. À ses cotés, Edouard Baer (Turf, Les Invincibles…) joue les ronchons, Benjamin Biolay (La Dame Dans L’Auto…) n’a rien d’un séducteur tandis que les jeunes Carla Besnaïnou et Mathieu Torloting trouvent leurs marques dans ce cocon familial déséquilibré.

En conclusion, Encore Heureux est une comédie plutôt sympathique mais plombée par un excès de détails qui ne tiennent pas debout et encombrent le potentiel du film. Benoît Graffin parvient quasiment à combler ses failles avec une mise en scène dynamique et un ensemble un peu fou-fou, même si le tout reste trop bancal pour être vraiment excellent. Les plus tatillons grinceront des dents. À tester.

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