[CRITIQUE] Money Monster, de Jodie Foster

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Pour son nouveau film, Jodie Foster réalise un thriller fleurant bon les années 90, avec une intrigue au cœur d’un scandale financier, porté par un duo d’acteurs superstars et un rythme tendu qui maintient en haleine. J’ai aimé le coté old school et efficace de Money Monster qui tisse une intrigue prenante, ponctuée de touches d’humour pour dynamiser un cadre orageux. L’occasion pour Jodie Foster de dénoncer les zones d’ombre sciemment entretenues du capitalisme et le pouvoir des médias sur un public hypnotisé, tandis que l’acteur Jake O’Connell continue de faire ses preuves sur grands écrans.

Le pitch : Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle, un spectateur ayant perdu tout son argent en suivant les conseils de Gates, décide de le prendre en otage pendant son émission, devant des millions de téléspectateurs…

Cela fait un moment que Jodie Foster se fait discrète au cinéma, aussi bien devant que derrière la caméra. En 2011, elle participait à un quatuor de choc dans le huis-clos hystéro de Roman Polanski, Carnage, et son dernier long-métrage, Le Complexe du Castor, sorti la même année n’avait pas vraiment enthousiasmé les foules (d’ailleurs, je l’ai gentiment boycotté, Mel Gibson oblige).
Après avoir réalisé quelques épisodes de séries, Orange Is The New Black et House Of Cards, Jodie Foster est de retour avec un nouveau film, présenté hors compétition au Festival de Cannes 2016. Money Monster est un thriller certes un peu daté, mais efficace et prenant, dans lequel la réalisatrice dénonce avec décontraction la sur-complication des affaires financières et le pouvoir des médias qui persistent à relayer de l’information pré-mâchée sans réel travail d’investigation préalable.

Si certains reprochent l’approche peu moderne de Jodie Foster, personnellement je trouve que c’est son meilleur atout. Récemment, nous avons eu pas mal de films tentant de démêler les affres de Wall Street, de ses secrets à ses machinations, et chaque film tentait de compenser le fait que le milieu de la finance est bien trop compliqué pour les gens lambdas par beaucoup de démonstrations de styles, d’esbroufe et des sous-intrigues sous acide. Cependant, si Martin Scorsese s’en est tiré haut la main avec le fabuleux Loup de Wall Street, ce n’est pas le cas du film The Big Short qui, malgré ses nombreuses nominations et récompenses l’année dernière, brasse bien plus de vide qu’il n’y parait (mais bon, Margot Robbie fait une apparition dans un jacuzzi, alors…).
Money Monster est un joli retour aux sources avec son coté old school, en transposant son histoire sur le plateau d’une émission télé, à travers un de ces shows typiquement américains et kitschs qui observent le cours de la bourse en pétant régulièrement un plomb à coups de battes en mousse sur des legos. Que l’on connaisse ou non ce genre d’émission, ce contexte plutôt fun allège une trame haletante dans laquelle une tension sourde prend aux tripes tout au long du film. Dès le début, le film de Jodie Foster impose une cadence rythmée et maîtrisée au plan près, créant un ensemble très dynamique où on ne s’ennuie jamais. Du coup, la mise en place et la présentation des personnages fonctionnent déjà, bien avant que le preneur d’otage entre en scène. L’ensemble est étonnament digeste et plaisant, offrant un mélange parfait de suspens et humour, contrastant avec la détresse des personnages qui oscillent entre la peur de mourir pour les uns et le désespoir explosif pour les autres.

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Au-delà de narrer une simple prise d’otages attendue, c’est dans ses propos que Money Monster intéresse. Si le film de Jodie Foster n’apprend rien de nouveau sur les théories d’entente entre les médias et le business, Money Monster propose finalement une histoire accessible, se mettant finalement à la place de personnes ordinaires (et non d’un trader ou autre banquier). Le film dépeint la finance d’un œil nouveau, en partant de ses victimes plus ou moins directes avant de se retourner contre ceux qui tirent les ficelles, tout en prouvant – s’il le fallait – à quel point les médias ne sont parfois que de simples ventriloques animés par les plus gros portefeuilles. Malgré des airs de déjà vu, le film de Jodie Foster s’efforce de contourner certains pièges narratifs et évite souvent, et de justesse, de céder à l’appel de la guimauve.
A l’heure actuelle, Money Monster résonne avec un écho amer, rappelant les scandales qui fleurissent à nos portes, de l’affaire Kerviel aux Panama Papers (extrapolons un peu), car Jodie Foster pointe du doigt le flou savamment entretenu et l’absence de vraies réponses qui entourent ces scandales, pourtant hyper médiatisés, et qui laissent ses victimes impuissantes et le reste des gens dans l’incompréhension totale. Du coup, Money Monster a un petit coté revanchard et fun, alors que le thriller mue en une investigation captivante, même si une légère tonalité accusatrice se distingue envers le public : et si on creusait un peu plus les informations qu’on nous donne, plutôt que de se contenter de ce que les médias veulent bien nous dire ?

Au casting, Jodie Foster fait appel à un tandem de choc : George Clooney (Gravity, À La Poursuite de Demain, Avé, César…), toujours à l’aise quelque soit son rôle, et Julia Roberts (The Normal Heart, Un Été À Osage County…), qui se bonifie avec l’âge et à travers des personnages dramatiques, se renvoient la balle avec brio, tandis que Jack O’Connell (Invincible, Les Poings Contre Les Murs…) continue d’étonner : quel chemin parcouru depuis Skins !
On retrouve également, Giancarlo Esposito (Le Labyrinthe – La Terre Brûlée, Breaking Bad…), plutôt en second plan, tandis que Dominic West (The Affair, Pride…) s’en sort juste bien et Caitriona Balfe (Outlander, Insaisissables…) renoue avec les temps modernes laissant son joli minois lui voler la vedette.

En conclusion, si la carrière de Jodie Foster a connu ses plus belles heures pendant les années 80-90, ce n’est pas étonnant de retrouver l’ambiance de cette époque dans Money Monster. Le coté un peu vieillot du film est contrasté par une narration saisissante, maîtrisée et tendue de bout en bout, tandis que la réalisatrice nous éclabousse avec un sous-texte à la fois dénonciateur, accessible et un chouilla moralisateur. Money Monster amuse, captive et fait réfléchir malgré tout et j’en suis ressortie plutôt ravie. À voir !

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