[CRITIQUE] L’Idéal, de Frédéric Beigbeder

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5 ans après L’amour Dure Trois Ans, Frédéric Beigbeder repasse derrière la caméra pour le film L’Idéal, également adapté d’un de ses romans « Au Secours, Pardon ». Plat et habité par des personnages au charisme d’une huître, L’Idéal se rêvait critique acide du monde moderne et inspiration à la réflexion en masse, mais se révèle plus creux que la tête d’une poupée Barbie, surfant mollement sur du trashouille éventé avant de se réfugier derrière une histoire convenue et tricotée avec paresse. C’est un peu (beaucoup) honteux.

Le pitch : L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique… blablabla…

Frédéric Beigbeder, c’est un peu le type qui est sorti de nulle part quand, en 2007, Jan Kounen adapte un de ses romans, 99 Francs. Galvanisé par le succès et par l’afflux massif de lecteurs curieux qui se sont jetés sur ses autres livres, l’auteur bourgeois-décadent a pris un malin plaisir à profiter et à faire grossir son image d’insolent de la plume, à travers des apparitions grossières et alcoolisées édulcorées par des déclarations pseudo-désabusées mais pas si inintéressantes dans le fond, tout en se faisant passer pour un Gainsbourg bobo-littéraire-2.0. Pourtant, on l’excuse et ne mouftons rien, puisqu’en 2011, Beigbeder surprend en adaptant son premier roman, L’Amour Dure Trois Ans, aussitôt acclamé par la critique. Avec le temps, le concept s’essouffle, notamment parce que nous vivons dans une société qui se nourrit du trash dès le petit-dej en se partageant des photos d’enfant syrien mort noyé sur les réseaux sociaux, tandis que la télé-réalité repousse les limites en prime-time en mettant les gens directement à poil histoire d’habituer les plus jeunes à la connerie humaine. Et puis le Beigbeder s’assagit, devient animateur sur l’ex-chaîne insolente du PAF et s’associe à des projets beaucoup moins sulfureux. Il était temps de réveiller la bête… mais le fallait-il vraiment ?

Même si je n’ai pas vraiment aimé 99 francs, ni même L’Amour Dure Trois ans, il y avait un but intéressant derrière chacun de ces films. Dans l’un, Jan Kounen utilise toute l’exubérance trash de son sujet pour dénoncer de nombreuses choses : la décadence bourgeoise, le monopole du capitaliste, le culte et l’entretien de la pensée unique sur les critères d’apparence, la robotisation du créatif pour penser chiffres, etc…. Dans L’Amour Dure Trois Ans, le film s’étend sur les relations humaines et amoureuses, ainsi que l’amour sous toutes ses coutures. Frédéric Beigbeder avait alors beaucoup de choses à dire, à expliquer et à montrer.

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Avec L’Idéal, Frédéric Beigbeder ressert une tambouille déjà passée en utilisant des artifices qui s’épuisent en 30 minutes top chrono. Et oui, car si l’univers du marketing, de la pub et de la com était encore obscure à l’époque de 99 Francs, l’envers du décor de la mode du luxe ou des cosmétiques n’excitent plus les foules depuis que Meryl Streep a incarné une simili Anna Wintour au cinéma.

En effet après une entrée en matière inspirée (une sorte de générique reprenant toutes les pub cosméto-luxe du moment), l’Oréal… oups, pardon… L’Idéal *wink wink* fait rapidement le tour du sujet à travers un personnage savamment las d’un univers qui cultive la beauté et les apparences pour vendre son produit (du mannequin russe pré-pubère à la crème anti-ride qui ne fonctionnera jamais), tout en se vautrant nonchalemment dans le glamour et la permissivité. Ceci étant posé, Beigbeder n’a plus qu’à entrer dans le vif du sujet. Oui, mais que dire quand les limites ont déjà repoussée dans un film similaire adapté d’un de ses propres romans ? L’Idéal répond à la question : rien.
À travers une course contre la montre à peine plus palpitante qu’une intrigue d’un épisode des Feux de l’Amour, le film tricote autour d’un duo improbable et peu convaincant en quête de la perfection faite femme pour remplacer une égérie qui a dérapé (hello John Galliano, au passage, car L’Oréal n’est pas la seule marque à en prendre pour son grade…). Lui, nouvel Octave Parango dans une version éteinte et monotone, se traîne sans ambition ni profondeur (contrairement à la version auto-destructrice de 99 Francs) dans un film qui ne cherche même pas à effleurer la dramaturgie de ce personnage (à part pour nous faire comprendre qu’il ne bande plus, le pauvre…) ; elle, la sacro-sainte femme successful super classe, belle, bien sapée et aussi sympathique qu’une porte de prison (oui, parce que les femmes qui réussissent sont forcément des connasses, c’est connu – pardon pour le langage) qui n’a que sa carrière dans sa vie, à qui on ne s’attache jamais (grossesse étrangement secrète mais désirée, ce qui ne l’empêche pas de picoler et de fumer… pas très engageant, avouons-le). Frédéric Beigbeder passe à la trappe la dimension psychologique de ses personnages pour nous jeter au visage une accumulation de pseudo-débauche pas vraiment crédible qui ne sert absolument à rien, à part, peut-être, faire ricaner l’avant-dernier rang gauche de la salle.
Entre étalage de boobs (déjà vu), sniffage de farine compulsif (déjà fait) et clichés sur le monde fashion (soupirs), le film ose se replier sur la bonne vieille morale paresseuse et téléphonée au possible sur la beauté et la découverte de la vraie vie (celle des sans-dents, à priori), à travers une remise en question bâclée en 3 minutes. Frédéric Beigbeder ne fait que reprendre le travail de Jan Kounen sur 99 Francs pour n’en recracher qu’une coquille vide, dénuée de toute substance, vivotant sur les clichés sur les russes et le féminisme agressif (avec un bon relent de misogynie au passage).

Le pire dans tout cela, c’est que si L’Idéal se dit descendre de 99 Francs, il n’ose jamais conserver le ton incisif de ce dernier. Il y a des femmes à poil, mais elles sont posées comme des plantes vertes ; il y a des propos shocking sur les Nazis et le racisme ordinaire, mais c’est essuyé avec une vanne ; il y a des russes, mais en dehors de la vodka et de la drogue, cela ne va jamais plus loin… Beigbeder se retient ou botte en touche quand il s’agit de répondre à nos attentes, à savoir érafler l’image parfaite d’une industrie qui pullule de diktats mensongers. Du coup, on ne peut même pas se régaler du sujet irrévérencieux qui n’explore jamais ses possibilités pour se contenter du service minimum et du comique pâle de situation, comme si la verve de la plume Beigbedesque avait soudainement eu une demi-molle une fois derrière la caméra.

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En plus de ne pas satisfaire l’envie première de son public (aka moi, parmi tant d’autres), à savoir divertir, L’Idéal sert une histoire d’une platitude informe, entre twists convenus et un manque d’imagination et d’originalité flagrant. Quelle honte, Frédéric Beigbeder, Môssieur je redéfinis l’insolence, Môssieur j’ai vécu la décadence, Môssieur j’ouvre les porte du monde d’en haut pour les pleutres d’en bas… Quelle honte que de nous livrer un film aussi pauvre. D’ailleurs, dans L’Idéal, Octave Parango dit souvent « You are poor, I will make you rich (Tu es pauvre, mais je vais te rendre riche) », en fait, c’est surtout Beigbeder qui souffle derrière « Vous êtes pauvres, mais vous allez me rendre riche ». En bon Parango, Beigbeder vend de la bonne bouse sans aucune gêne pour un public qu’il pense suffisamment formaté pour avaler ses couleuvres et les recracher avec contentement « il est too much mais quelque part il a raison hin » un dimanche après-midi, bien calé après un bon brunch et une clope au bec. Bien tenté, Beigbeder, mais cette fois ca ne prendra pas chez moi.

Au casting, encore de la déception : Gaspard Proust, muse Beigbeder dans L’Amour Dure Trois Ans, n’y croit même pas et Audrey Fleurot, que je pensais capable d’être géniale n’importe où et à qui j’ai excusé beaucoup (Les Gazelles, Sous Les Jupes Des Filles…) mais pas tout non plus (Le Fantôme de Canterville), ne brille pas non plus dans un rôle fadasse et usé jusqu’à la corne. Seul Jonathan Lambert (Réalité…) surprend en incarnant une femme de façon très convaincante, alors que je m’attendais à en rire.

En conclusion, L’Idéal, ce mal-nommé, aura beau attirer les foules en salles grâce au nom de son réalisateur et à l’aura de 99 Francs (que le film vampirise à outrance), la caricature sur pattes qu’est devenu Frédéric Beigbeder livre un film flemmard, insipide et creux… à son image ? Le film patauge dans son délire excessif et pseudo-shocking qui n’évolue jamais, zappant finalement la critique ouverte qui lui tendait les bras, faisant de L’Oréal une cible facile qui n’avait rien demandé. À éviter, vraiment… sauf peut-être pour admirer avec ironie les pubs que les cinémas passent juste avant le film.

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