[CRITIQUE] Un Traître Idéal, de Susanna White

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Le pitch : En vacances à Marrakech, un couple d’Anglais, Perry et Gail, se lie d’amitié avec un millionnaire russe nommé Dima. Ils ignorent que cet homme charismatique et extravagant blanchit l’argent de la mafia russe… Lorsque Dima demande leur aide pour livrer des informations explosives aux services secrets britanniques, la vie de Perry et Gail bascule. À travers toute l’Europe, ils se retrouvent plongés dans un monde de manipulation et de danger où chaque faux pas peut leur coûter la vie. Pour avoir une chance de s’en sortir, ils vont devoir faire équipe avec un agent anglais aux méthodes vraiment particulières…

Rien qu’en voyant l’affiche du film, beaucoup d’éléments sautent aux yeux et laissent présager du bon : le film d’espionnage à la sauce british, le casting plutôt intéressant et une intrigue pleine de mystère mêlant mafia russe et machinations… Un Traître Idéal a des faux-airs du film La Taupe de Tomas Alfredson (normal, me direz-vous, puisque le film est adapté d’u roman du même auteur) sans vraiment l’être, faisant penser à ces vieux films d’espionnage toujours surannés mais sacrément prenants, grâce à leurs nombreux twists.
Et croyez-moi, on y est pas du tout.

Si Susanna White a principalement fait ses armes sur des séries télé (Master Of Sex, Boardwalk Empire, Jane Eyre…), la réalisatrice britannique a su s’entourer pour son second film, 6 ans après Nanny McPhee et le Big Bang. En effet, entre un Stellan Skarsgård rarement décevant et un Ewan McGregor toujours sur la brèche, Un Traître Idéal semblait être taillé dans du solide. Pourtant, une fois l’intrigue de base établie… il ne se passe plus rien. Dès que le couple rencontre le fameux Dima et qu’ils acceptent de l’aider, le film s’exécute de façon très linéaire en suivant ses protagonistes tenter d’aller jusqu’au bout de leurs missions.
Alors que l’histoire laissait place à de nombreux rebondissements, effleurant des sous-intrigues alléchantes comme la corruption politique et policiaire ou encore les complots entre mafieux patibulaires, Susanna White laisse tous ces aspects de coté pour s’attarder sur son couple phare, utilisant l’intrigue pour resserrer leurs liens.

En effet, si le film se présente comme un thriller, il s’agit surtout de ce couple au bord de l’implosion pour une histoire obscure de tromperie – sujet sur lequel le film ne se penche pas vraiment non plus – et qui, à travers cette histoire, vont petit à petit recoller les morceaux en réapprenant à se faire confiance (c’est beau l’amour). Car, c’est finalement là le sujet que Susanna White préfère mettre en avant, au-delà des histoires de corruption et autres affaires d’état, Un Traître Idéal évoque la confiance sous plusieurs formes, mais surtout celle d’un couple brisé qui, grâce à un inconnu, va peu à peu combler le fossé qui les éloignait l’un de l’autre, le temps de jouer les sous-James Bond de pacotille en duo.

Oui mais voilà, puisqu’on parle de tromperie, j’ai finalement eu le sentiment d’être le dindon de la farce. Alors qu’Un Traitre Idéal travaille dur pour installer une première partie pourtant satisfaisante, usant de décors rutilants aux extérieurs poisseux (fêtes prestigieuses dignes d’une pub pour Ferrero Rocher…)n mais entachés par le danger que représente la mafia russe (un gros méchant tatoué qui viole une nana dans un coin…), la réalisatrice calme soudainement le jeu pour revenir à un parcours classique et dénué de toute tension. Et c’est là, la principale raison de ma déception. Je m’attendais à des retournements de situation, à voir le couple pris au piège dans les filets de leur nouvel ami Russe. Au lieu de cela, Susanna White laisse passer de nombreuses opportunités se lancer dans une course contre la montre ternie par les intentions vaines de ses personnages (un flic revanchard, un couple à la dérive, des mafieux qui jouent les méchants sans être vraiment exploités…). Dommage, car résultat, on s’ennuie devant un film policier sans surprise, qui se contente d’aller d’un point A à un B de la façon la moins originale possible, tel un jeu de dames paresseux où le scénario supprime ses pions pour les remplacer par d’autres jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. La sauce ne prend pas pour ce film sans ambition qui ne parvient pas à rendre son histoire crédible, tant la mise en scène brille par sa platitude et que ses personnages manquent d’un certain charisme, car trop souvent engoncés dans des clichés plus gros qu’eux, parfois empruntés au folklore populaire sur les Russes ou encore savamment pompés sur des films plus réussis (comme Les Promesses de L’Ombre de David Cronenberg).

Au casting, justement : si le quatuor de tête s’en sort juste bien, Stellan Stellan Skarsgård (Avengers – L’Ère d’Ultron, Cendrillon…) et Ewan McGregor (Un Été à Osage County, The Impossible…) sont tout juste convaincants, Naomie Harris (Spectre, La Rage Au Ventre…) a déjà montré mieux en beaucoup moins de temps de présence à l’écran dans les précédents James Bond (où elle incarne Miss Moneypenny), tandis que Damian Lewis (Homeland…) a tendance à cabotiner, coincé dans un rôle transparent.

En conclusion, Un Traître Idéal s’annonçait prometteur, mais à l’arrivée et malgré une mise en bouche réussie, le film de Susanna White s’avère bien trop scolaire, aussi bien dans le traitement que dans sa réalisation. Si vous espériez complots, rebondissements et trahisons, vous n’aurez qu’un opus fadasse s’articulant maladroitement autour de la confiance (d’un couple). À tenter, si vraiment vous n’avez rien d’autre à faire…
Concrètement, les films avec des Russes et avec le mot « Idéal » dans le titre, cette semaine, on oublie.

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