[CRITIQUE] Nos Pires Voisins 2, de Nicholas Stoller

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Après un premier opus qui avait pourtant tout du one-shot, Nicholas Stoller revient avec Nos Pires Voisins 2, confrontant son couple fétiche à une sororité en roue libre et bien décidée à leur en faire baver. Évitant joliment les clichés trop girly, Nos Pires Voisins livre une suite encore plus barrée et délirante, profitant de son effet boule-de-neige pour transporter les spectateurs dans un univers à la fois potache, « what-the-fuck » et joyeusement immature. La force de Nicholas Stoller, finalement, c’est que derrière ce délire ambiant et incessant, le réalisateur parvient à cristalliser en filigrane la complexité du jeune adulte (besoin de s’affirmer vs manque de maturité) et à décomplexer les jeunes parents, faisant du film une comédie efficace et pas si inepte qu’elle en a l’air, qui laissera autant ahuri… que conquis !

Le pitch : Mac et Kelly Radner, pour l’arrivée de leur deuxième enfant, sont enfin prêts à franchir l’étape ultime vers la vie adulte et déménager en banlieue. Mais alors qu’ils mettent tout en œuvre pour vendre leur maison, une sororité d’étudiantes décomplexées succède à l’ancienne fraternité de Teddy, les surpassant largement en termes de débauche et tapage nocturne.

Deux ans après Nos Pires Voisins, Nicholas Stoller (5 ans de réflexion, Sans Sarah Rien Ne Va…) propose une suite à une comédie qui mettait déjà la barre assez haute, proposant un divertissement à la fois insolent, estival et hilarant autour de l’affrontement entre un couple de jeunes parents et une fraternité universitaire, obligés de cohabiter dans une banlieue a-priori calme. Généralement, les suites de comédies ont tendance à se reposer sur un scénario confortable et déjà utilisé, mais dans Nos Pires Voisins 2, si le réalisateur pose des bases similaires, il parvient à sortir d’une narration toute tracée et trop facile pour proposer de la nouveauté.

En effet, ce que je craignais avec le coup de la sororité, c’était l’abus de clichés girly 2.0, à savoir une représentation vulgarisée de la jeune adulte délurée et décomplexée, ce qui aurait valu un mélange improbable (pour ne pas dire repoussant) entre les ZBZ de la série Greek et les Spring Breakers d’Harmony Korine. Mais, bonne surprise, Nicholas Stoller déjoue ce piège et propose des personnages originaux (mais pas trop) de femmes encore un peu enfant qui cherchent à (trop) profiter de leurs nouvelles vies d’adulte, osant d’ailleurs (aussi discrètement que brillamment) la critique vive d’une société trop patriarcale et machiste au passage (les sororités n’ont pas le droit de faire des fêtes sur leurs propres campus, par exemple, ou encore la jeune Shelby dont la vie a été dictée par son père…).

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C’est grâce à cette tonalité sérieuse mais pas trop que les films de Nicholas Stoller fonctionnent. Derrière la débauche d’humour, de gags hilarants et de répliques corrosif, le réalisateur dresse toujours des portraits intéressants qui étoffent ses personnages, ce qui permet au film ne pas rester dans l’abstrait et donc de s’attacher aux personnages tandis qu’ils nous entrainent dans un festival déjanté, entre folie furieuse et crétinerie douce. Si dans le premier film, Nos Pires Voisins mettaient en avant des jeunes parents qui avaient du mal à assumer leurs nouvelles responsabilités et à oublier leurs vies d’avant (avant le bébé), dans Nos Pires Voisins 2, le film a un spectre un poil plus large. Toujours situé derrière l’épaule de ses héros, Nicholas Stoller effleure différentes sous-intrigues, de l’éducation parentale à travers les parents jusqu’aux affres de la vie active après la fac via un Teddy (Zac Efron déphasé face à la réussite de ses amis qui ont avancé sans lui), en passant par cette bande de nanas qui veulent grandir si vite qu’elles en deviennent irresponsables (et parfois inconscientes), malgré une volonté de vouloir s’affirmer en tant que femmes. Oui, Nos Pires Voisins 2 ose le mini message féministe mais tout en restant conscient des limites de ses personnages !

Mais évidement, la psychologie des personnages n’est pas au centre du film. Pfff, bien sûr que non !
Vous voulez rire cet été ? Et bien, allez voir Nos Pires Voisins 2 ! Si le premier film vous avait déjà vrillé les côtes, cette suite va bien plus loin dans son délire, entre l’hommage à des gags efficaces du premier opus (les différentes versions de Robert de Niro, l’airbag…) tout en renouvelant ses fléchettes pour viser toujours plus juste et parfois même dans le politiquement incorrect (qui m’a valu un énorme fou rire, étant donné que je n’ai aucune âme). Nicholas Stoller propose un film détonnant dont le degré de folie de ses personnages laissera parfois bouche bée, mais l’ensemble est vraiment hilarant. Une fois que le film démarre, la folie ne s’arrête jamais, donnant l’impression de filer à toute allure. Grâce à une écriture bien affûtée et à un traitement décomplexé et bien rythmé, Nos Pires Voisins 2 parvient à rendre acceptables et surtout efficaces des scènes parfois vraiment ridicules ou – n’ayons pas peur des mots – purement débiles, alors que j’ai été souvent à deux doigts de l’overdose, sans jamais franchir la limite.

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Des défauts ? Probablement, ça et là, mais franchement pour une comédie estivale, destinée à un public certes jeunes (mais pas que), Nos Pires Voisins 2 remplit largement son contrat en étant aussi bien, voir mieux que le premier opus.

Au casting : Seth Rogen (Steve Jobs, L’Interview Qui Tue…), Rose Byrne (X-Men Apocalypse, Spy…) et Zac Efron (Dirty Papy, We Are Your Friends…) reprennent du service, incarnant d’un coté, un couple toujours aussi drôle et qui refuse de s’assagir et, de l’autre, un personnage forcé de regarder ses erreurs en face (mais qui ne manquera jamais de tomber la chemise et de danser cinq minutes).
Face à eux, Chloë Grace Moretz (La Cinquième Vague, Dark Places…) joue la leader de la sororité et parvient ENFIN à se départir de sa perpétuelle moue effarouchée pour incarner une jeune femme de son âge, aussi drôle que tête-à-claques (comme son rôle le veut), à la tête d’un trio composé de Kiersey Clemons (Dope…) et Beanie Feldstein, .
On retrouve également Ike Barinholtz (Sisters, The Mindy Project…) et Clara Gallo (Nos Pires Voisins…) pour gérer le quota de gags un poil crade sur les bords, Dave Franco (Insaisissables…) ne bande plus sur commande et reste secondaire, mais toujours avec le sourire, Lisa Kudrow (Web Therapy, Unbreakable Kimmy Schmidt…) et Christopher Mintz-Plass (Kick-Ass 2…) s’invitent à la fête, tandis que Selena Gomez (The Big Short, Spring Breakers…) joue les guests.

En conclusion, si Nos Pires Voisins 2 est la suite d’un premier opus déjà déjanté, Nicholas Stoller parvient à se renouveler sans en perdre l’énergie conquérante et la tonalité décomplexée dans une comédie explosive. Laissez cerveaux, maturité et tracas du quotidien au placard et allez voir Nos Pires Voisins 2 : dépaysement garanti.

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