[CRITIQUE] Tarzan, de David Yates

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Un torse musclé, des longs cheveux sauvages, des paysages africains grandioses et un cri de guerre qui a traversé les âges… Il n’en faut pas plus pour ressusciter la légende de Tarzan au cinéma, une énième fois. David Yates s’attelle à la tâche en adaptant le livre Tarzan, Seigneur de la Jungle d’Edgar Burroughs en livrant une histoire plus proche de la Légende de Greystoke que des films animés. Un peu bancal, Tarzan se retrouve avec « le cul entre deux chaises », oscillant entre une atmosphère qui se veut plus adulte et brute dans ses scènes d’action pourtant très édulcorées pour apporter au film une dimension familiale, avec des tentatives d’humour trop timides et une romance datée. Tarzan manque de dynamisme autant dans son traitement narratif que visuel, offrant une nouvelle adaptation de l’homme-singe un peu fade, qui fait pâle figure après le film Le Livre de La Jungle, proposé par Disney sorti quelques mois plus tôt.

Le pitch : Après avoir grandi dans la jungle africaine, Tarzan a renoué avec ses origines aristocratiques, répondant désormais au nom de John Clayton, Lord Greystoke. Il mène une vie paisible auprès de son épouse Jane jusqu’au jour où il est convié au Congo en tant qu’émissaire du Commerce. Mais il est loin de se douter du piège qui l’attend. Car le redoutable belge Leon Rom est bien décidé à l’utiliser pour assouvir sa soif de vengeance et sa cupidité…

Si en 2014, Reinhard Klooss avait proposé une revisite des origines de Tarzan dans un film d’animation… hum… raté, cette fois c’est David Yates (Harry Potter 5,6, 7.1 et 7.2 et prochainement Les Animaux Fantastiques) qui se confronte à la légende qui traversé les générations, entre série télé, films et dessins animés : qui ne connait donc pas Tarzan ?
Adapté d’un des romans du créateur de Tarzan, Seigneur de la Jungle, le film part sur les traces du Conte John Clayton (aka Tarzan), alors qu’il a repris sa place parmi les humains et vit à Londres avec sa chère et tendre Jane, quand un méchant vilain va tout mettre en œuvre pour le forcer à retourner au Congo, avant de le livrer au revanchard Chef Mbonga.

Tarzan débute avec une mise en place déjà bien longuette, peinant à combiner les hésitations et le mal-être de son héros à une trame plus ou moins historique autour de la colonisation du Congo par les Belges et l’esclavage forcé en Afrique, dans des babillages à peine intéressants puisqu’en tant que spectatrice, je n’attendais qu’une chose : Tarzan, des gorilles et tout le tralala. Mais il faudra attendre, car le film de David Yates refuse de se résumer à ce concept aussi simpliste et s’attache à dépeindre des personnages taillés à la pierre et au burin. Résultat, on se retrouve avec une construction finalement disney-like, face à un méchant sans âme prêt à tout pour récupérer ses diamants, un héros si mutique qu’il en devient parfois transparent et une damoiselle en détresse qui cherche tellement à sortir de ce cliché qu’elle le cristallise ironiquement. L’ensemble est globalement bavard, en dehors du héros qui dessert rarement la mâchoire, et s’avère finalement un peu mou du genou, tant les efforts de Yates pour construire ses personnages sont visibles. Tarzan manque de subtilité et se retranche dans des approches prévisibles, mais compréhensibles : ce personnage a été créé à une époque où le racisme était ancré dans les mœurs, adapter une nouvelle version de Tarzan c’est aussi devoir trouver un moyen d’éviter de reproduire une seconde lecture nauséabonde, où le peuple africain est souvent dépeint comme primitif de façon péjorative. Mais là, l’honneur est sauf puisque tout le monde parle couramment anglais ! Ouf ! Tarzan pose ses héros aux grands cœurs sur la toile et les étale à tel point qu’ils en perdent toute saveur, du coup le film cavale vers une issue prévisible, supprimant le moindre frisson possible tant la narration se perd dans des allers-retours redondants entre les intentions de chacun au lieu de servir sur un plateau le spectacle attendu et promis (ne serait-ce que par l’affiche !).

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En réalité, David Yates est trop dans la démonstration picturale qui lui porte préjudice quand il faut insérer un peu d’action. En contemplant amoureusement ses paysages majestueux (mais étrangement sans vie – il y a finalement très peu d’animaux dans le film), Tarzan distille ça et là des séquences où le héros fait son show, souvent plus pour l’esbroufe que par véritable intérêt narratif. Entre courses à pied en forêt, bastons avec un gorille et un Samuel L. Jackson en pom-pom girl, le film perd rapidement en crédibilité, ce qui a eu tendance à me faire sortir du film pour me poser des questions purement logiques : après tout ce temps à Londres, comment Clayton a-t-il pu garder une forme aussi olympique pour pouvoir courir et bondir pendant des heures en forêt ou se battre contre un gorille adulte ? et si les animaux reconnaissent Tarzan, qu’est-ce qui les empêche de ne pas s’en prendre à Jane ou à Georges (Samuel L. Jackson) ?
Autant de questions qui ne devraient pas avoir lieu d’être devant un film estival adaptant une légende déjà bien connue qui devrait emporter son spectateur dans son univers, aussi farfelu soit-il. Or, Tarzan a bien du mal à convaincre, se limitant à un épisode trop anecdotique, que même la musculature saillante d’Alexander Skarsgård n’a pas su me faire oublier. D’autant plus que visuellement, Tarzan montre beaucoup de faiblesses. Si les animaux sont finalement peu présents, les effets spéciaux un peu brouillon ont tendance à piquer les yeux, même lorsqu’il s’agit d’un élément inanimé (une scène sur un arbre clairement en CGI) ou pire, d’un rajeunissement hasardeux (pourquoi ?).

Difficile de ne pas penser au film Le Livre de la Jungle, qui joue dans la même catégorie que Tarzan et qui, malgré (grâce à ?) l’empreinte Disney, avait réussi à faire sortir l’histoire de la petite enfance pour proposer une adaptation divertissante, certes, mais aussi frissonnante avec la présence d’un Shere Khan brillamment doublé par Idris Elba (en VO), tout en offrant un visuel particulièrement réussi. Tarzan souffre de la comparaison et ne parvient pas à remplir son contrat, par abus de réserve, au lieu d’assumer pleinement la légende de l’homme-singe.

Au casting justement, Alexander Skarsgård (True Blood, The Giver…), fils de Stellan Skarsgård, veut jouer les héros torturés (mais sexy) mais ne parvient qu’à valider la mention entre parenthèse en interprétant un héros mutique. A ses cotés, ses pom-pom girls sont au taquet : Samuel L. Jackson (Les Huit Salopards, Kingsman : Services Secrets…) encourage ou applaudit le héros dès qu’il bouge une oreille, tandis que Margot Robbie (Diversion, Suite Française…) attend patiemment que son homme vienne la sauver, tentant parfois de jouer les captives rebelles (mais acceptant tout de même de manger un morceau pendant que ses copains croupissent en cale). On y retrouve aussi un Christoph Waltz (Spectre, Comment Tuer Son Boss 2…) éteint et vraiment peu convaincant dans le rôle du méchant, tandis que Djimon Hounsou (Fast And Furious 7, Les Gardiens de la Galaxie…) reste digne malgré un costume, hum… comment dire… ridicule ? Oui c’est ça. Il y a également toute une ribambelle d’acteurs figurants pour interpréter les Congolais menacés par Léon Rom (Christoph Watlz), mais le film s’en fiche royalement, défendant leur cause sans jamais les impliquer. Étrange.

En conclusion, David Yates ne parvient pas à reproduire la magie autour de la légende, proposant des personnages trop fades, une intrigue peut-être trop sombre et peu rythmée, tandis que l’ensemble manque de punch et avance au ralenti vers un final peu enthousiasmant. Si Tarzan se regarde facilement, il s’oublie tout aussi vite. À tenter.

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