[CRITIQUE] Independence Day: Resurgence, de Roland Emmerich

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Après George Miller et la version 2015 d’un de ses plus gros succès avec Mad Max: Fury Road, c’est au tour de Roland Emmerich de dépoussiérer un des blockbusters qui a marqué les années 90 : Independence Day. 20 ans plus tard, Independence Day: Resurgence débarque sur nos écrans, sensé conquérir aussi bien un public nostalgique que les amateurs de films du genre (catastrophe, action, grand spectacle…). Cependant, à l’instar de George Miller, Roland Emmerich cède aux effets de mode. S’il propose pourtant un film explosif à l’action constante dynamitée par des effets spéciaux, certes pas toujours jolis, mais impressionnants parfois ; Independence Day: Resurgence s’avère finalement décevant, porté par un scénario bancal et un casting peu attachant, composé de personnages interchangeables. Le plus dur dans tout cela, c’est de voir que toute l’originalité du premier film, valorisée par son caractère héroïque et son approche ultra patriotique, a été perdue en cours de route. Si le film séduira les plus jeunes en leurs coupant le souffle grâce à ses grosses scènes d’action, ceux qui ont « vécu » le premier Independence Day risquent d’être complètement déçus. Voire anéantis.

Le pitch : Nous avons toujours su qu’ils reviendraient. La terre est menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Pour la protéger, toutes les nations ont collaboré autour d’un programme de défense colossal exploitant la technologie extraterrestre récupérée. Mais rien ne peut nous préparer à la force de frappe sans précédent des aliens. Seule l’ingéniosité et le courage de quelques hommes et femmes peuvent sauver l’humanité de l’extinction.

Je vais faire un petit aparté pour vous raconter ma vie (parce que j’aime bien et que je fais ce que je veux) : je n’ai pas toujours été fan de cinéma. Petite et ado, j’aimais bien regarder des films – principalement avec mes frères, sans pourtant avoir une quelconque connaissance cinéphile : pour moi, c’était juste un moment sympathique, la passion est venue bien après. Plus tard, j’ai réalisé que parmi ces quelques « moments sympathiques » se sont gravés certains de mes films et/ou réalisateurs favoris, de Demolition Man de Marco Brambilla (1993) aux films de James Cameron (Abyss, Terminator 1 et 2, True Lies…), en passant évidemment par la saga Alien, certains Spielberg (Les Dents de la Mer, E.T. L’Extraterrestre…) et enfin Independence Day en 1996. J’en ai un souvenir assez vif, car je l’ai vu à 14 ans, à la maison, mon frère avait loué la cassette vidéo et j’ai commencé à regarder le film avec lui entre deux cours. Sauf que j’ai dû repartir avant de voir la fin et je me souviens avoir passé l’après-midi les yeux rivés sur le ciel en me demandant ce que je ferais si cela arrivait un jour, pour de vrai. Le lendemain, je me suis empressée de voir le film en entier.idr3

Si Independence Day a pas mal été critiqué à l’époque, à cause de son patriotisme exacerbé (les Américains sauvent le monde pendant que le reste de la planète attend sagement), c’est pourtant cette touche purement américaine qui a fait du film un tel succès, imprimant un caractère quasi super-héroïque aux personnages principaux. Pour ne résumer ce sentiment qu’à travers une seule scène, je mentionnerai la fin : lorsque Will Smith et Jeff Golbum reviennent sur Terre après que le vaisseau-mère ait été détruit, dans le désert, avec une démarche de cowboys vainqueurs et que leurs femmes respectives viennent leurs sauter dans les bras. Comment résister au plaisir ressenti à ce moment-là, concluant un film qui a su jouer avec nos nerfs tout du long, narrant une histoire engageante : de l’arrivée impressionnante des extraterrestres avec leurs vaisseaux immenses à l’affrontement final, en passant par des moments purement fédérateurs (le sacrifice d’un père de famille un peu cinglé et alcoolo, la dimension familiale, les amours compliquées et même le sauvetage du chien dans le tunnel !). Independence Day est un de ces films old-school qui voguaient certes sur la surpuissante américaine de l’époque, mais qui conservent un attrait fascinant même 20 ans plus tard.

« I’ve had years to get us ready. We never had a chance. »

Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché dans Independence Day: Resurgence ? Clairement, l’idée de faire une suite n’était pas mauvaise, au contraire, elle était très attendue. Mais ici le temps joue contre Roland Emmerich (White House Down, 2012, Le Jour d’Après, Godzilla…), notamment dans l’écriture de son scénario et des personnages, car en voulant absolument relier les deux films, Independence Day: Resurgence souffre d’une mise en place laborieuse, ampoulée par des personnages creux et transparents. Résultat, une fois le contentement de retrouver les anciens persos (qui n’ont pas vraiment bougé d’un iota), le film introduit au forcing des copycats sans intérêt et surtout bien (trop) jeunes pour être crédibles dans leurs missions, en tartinant l’ensemble de bons sentiments bien crémeux (parents morts lors de la première invasion, toussa, toussa, sortez les violons) et en en faisant dix fois trop pour nous accrocher à ces nouveaux héros tout beaux tout propres mais sans une once de charisme. Clairement, on comprend rapidement que le film est destiné à lancer une franchise ciblée pour un public jeune, plutôt que de plaire aux fans du premier film.

Les débuts sont difficiles pour Independence Day: Resurgence qui perd beaucoup de temps à faire le lien entre les deux films, tricotant une intrigue fragile sans se préoccuper des détails qui nuisent à la cohérence et au réalisme du film (par exemple, on ne se réveille pas après des années de coma frais comme un gardon et prêt à courir partout). Du coup, le temps se fait un peu long avant que l’histoire ne démarre car le film ne parvient que mollement à se sortir de son rattrapage compulsif. Si le tout part d’une bonne intention, je me demande tout de même si les scénaristes ont eu conscience à un moment donné des énormités qu’ils empilaient rien qu’avec l’inconsistance de leurs personnages. Le must étant finalement le seigneur de guerre qui passe pour un héros (alors que techniquement, un seigneur de guerre ça cultive surtout des enfants soldats et la terreur sur son chemin, mais bon, pour les besoins du film, apparemment on s’en fiche…). Ou encore le fait d’oublier qu’une partie de l’histoire se passe dans l’espace et laisser ses personnages se balader dans un vaisseau spatial OUVERT sans évoquer le manque d’oxygène ou, hmmm, le froid total qui tuerait n’importe quel humain en quelques millièmes de seconde. Gravity much?! Difficile de passer à coté de ces détails tant l’histoire du film, en elle-même, patauge sévèrement dans la semoule en fonçant dans la redite sans charme ni ambition, avant d’entrer dans le vif du sujet. Malheureusement, même le passage à l’action ne vient pas sauver le filmIndependence Day: Resurgence ne parvient pas à imprimer un rythme évolutif et monte souvent en pression, avant de retomber platement, créant des moments de vides plutôt déconcertants. Jalonnés de grands discours (qui ne rattraperont jamais celui du premier film) et de pseudo-actes de bravoures, le film de Roland Emmerich en fait beaucoup beaucoup trop pour nous en mettre plein la vue, alors qu’Independence Day: Resurgence aurait du rouler tout seul. idr4
Les problèmes ne s’arrêtent pas là : Independence Day: Resurgence est si mal dégrossi qu’on dirait le travail d’un jeune réalisateur type « yes-man » qui, trop enthousiaste à l’idée de faire son premier gros film, aurait accepté toutes les demandes de ses producteurs. Roland Emmerich fait des références tout juste sympathiques au premier opus, mais il en oublie toute l’ingéniosité de l’époque en dénaturant son propre film, débutant même des sous-intrigues qu’il exploite maladroitement (une certaine sphère, le teasing d’une guerre intergalactique…).
Problèmes de timeline et de logique narrative, dialogues pauvrets, incohérences et autres pirouettes scénaristiques… tout cela vient s’ajouter à un visuel proprement décevant. En 1996, les effets spéciaux étaient moins avancés et il y avait beaucoup d’animatroniques pour pallier au problème, pourtant la créativité de l’époque faisait fonctionner l’ensemble. 20 ans plus tard, on pourrait penser que Roland Emmerich se serait éclaté à proposer un résultat aussi réaliste qu’époustouflant (surtout en connaissant sa filmographie et son goût pour les films catastrophe). Malheureusement, en dehors de rares scènes vraiment superbes (notamment l’arrivée du vaisseau XXL sur terre et son ambiance 2012 avec beaucoup de destruction massive), Independence Day: Resurgence s’enlise dans une imagerie approximative, soignant peu ses scènes d’actions brouillonnes, difficile à lire et gonfler à l’esbroufe. L’armée de vaisseaux qui entourent le vaisseau-mère (sans bouclier, d’ailleurs) ressemble à une nuée de moucherons flous, tandis que les extraterrestres semblent avoir pris des stéroïdes entre-temps, tellement ils sont devenus massifs (probablement pour porter leurs armes… oui, des énormes guns sortis de nulle part !). Si l’art du facepalming vous était inconnu, vous deviendrez malgré vous un adepte tant Independence Day: Resurgence transforme tous les bons souvenirs du précédent film en regret, en recopiant les meilleurs moments dans un transfuge sans âme ni ambition, tout en continuant de pomper des idées aux autres. En effet, impossible de ne pas penser à Aliens de James Cameron à certains moments (autant vous dire que j’en ai pleuré des larmes de sang).

Alors qu’on avait reproché à Colin Trevorrow d’avoir réalisé un Jurassic World peu ambitieux, il avait tout de même, selon moi, réussi à nous amener de nouveau dans l’univers de Jurassic Park en gardant une vision presque admirative du travail de Steven Spielberg. Roland Emmerich n’a pas d’excuse pour avoir livrer un Independence Day: Resurgence aussi paresseux. D’accord le film assume la carte du blockbuster à fond et délivre de l’action à grande échelle, mais pourtant l’ensemble ne trouve pas de rythme à cause de ses trop nombreux défauts qui piquent les yeux. Du coup, l’avalanche de rebondissements donne l’impression de vouloir masquer les creux du scénario, tout en faisant oublier ses personnages principaux inintéressants. Ça marchera peut-être pour les plus impressionnables, mais dans le fond, ce n’est vraiment pas suffisant. Independence Day: Resurgence avait un double enjeu et Roland Emmerich a tout simplement céder à l’appel du dollar. Et c’est là que c’est dommage. Alors oui, Independence Day n’est qu’un seul film, mais il fait partie de ces films qui, si on décide d’en faire une franchise, doit répondre à cette double attente. Cependant, rares sont les autres films des années 80-90 qui ont réussi à passer le cap des années 2000 (exemple : le dernier Terminator). En voulant continuer de vendre en puisant dans leurs vieux pots (pour faire une meilleure soupe), l’industrie du cinéma a tendance à aussi détruire les bons souvenirs que nous chérissons sur nos films favoris. Maintenant, il sera très difficile de penser à Independence Day sans penser au désastre qu’est Resurgence. Merci Hollywood.idr1

Au casting, cette fois Will Smith a bien fait de ne pas accepter de faire ce film (pour la petite histoire, il a refusé le rôle de Morpheus dans Matrix et celui de Django dans Django Unchained), par contre, parmi les revenants, il faudra compter sur Bill Pullman (American Ultra, Equalizer…) dans une version défraîchie de son rôle, une présence purement anecdotique de Vivica A. Fox (Empire…), l’immortalité de Judd Hirsch et le frétillant Brent Spiner (Outcast…), pour une raison obscure. Mais dans tout cela, c’est surtout Jeff Goldblum (Charlie Mortdecai, The Grand Budapest Hotel…) qui reprend également un ^remier rôle… qui n’a pas évolué en 20 ans.
Coté nouveaux, Liam Hemsworth (Hunger Games, Expendables 2..), Jessie Usher (Beautiful Boy…) et Maika Monroe (La 5ème Vague, It Follows…) tentent de prendre la relève mais si leur enthousiasme est visible, leur performance est nettement desservie par l’écriture paresseuse de leurs personnages. Étrangement, alors que son rôle se rapprochait du comique de service, seul Travis Tope (Men, Women & Children…) parvient à toucher grâce à son coté naïf, tandis que d’autres disparaissent dans l’oubli : Charlotte Gainsbourg (Every Thing Will Be Fine, Samba…), Sela Ward (Les Experts: Manhattan, Gone Girl…) et William Fichtner (Ninja Turtles…) sont accessoires, tandis que Deobia Oparei (Dredd…) se prend pour un « thug » et Angelababy (Hitman: Agent 47, Détective Dee II : La Légende du Dragon des Mers…) devrait décidément mieux choisir ses films américains.
Oh, et vous découvrirez dans le film que Wall-E et Eve ont eu un bébé. Je n’en dis pas plus.

En conclusion, Roland Emmerich recycle Independence Day dans une suite peu convaincante. Certes le film assure le divertissement et le spectacle, mais quand on y regarde plus près, c’est la débandade. Entre une intrigue transparente, des personnages interchangeables et une réalisation peu soignée, Independence Day: Resurgence saura peut-être séduire un public plus jeune et/ou plus conciliant, mais ceux qui souhaiteront retrouver l’excitation du premier film resteront sur leur faim. À voir, en étant averti.

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Quelque part, je verrai bien un crossover entre Independence Day et Transformers. Je dis ça, je dis rien.

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