[CRITIQUE] Insaisissables 2, de Jon M. Chu

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Après le succès du premier opus, les 4 Cavaliers sont de retour dans Insaisissables 2, réalisé cette fois par Jon M. Chu. Si le fait d’avoir David Copperfield en tant que co-producteur est sensé donner plus de valeurs aux différents tours de passe-passe du film, Insaisissables 2 continue d’enfiler des tours de magie gonflés aux effets spéciaux comme des perles dans une trame inutilement compliquée, perdue quelque part entre une version usée d’un Ocean’s eleven et des rebondissements à n’en plus finir. Jon M. Chu tente d’en mettre plein la vue pour épater la galerie, mais à force de jouer avec les faux semblants, la sauce ne prend jamais puisqu’il est rapidement clair que tout ce qu’on nous montre n’est pas vrai et sera expliqué plus tard. Où est le plaisir de se faire berner alors ? C’est pourtant le principe du tour de magie et Insaisissables 2 passe royalement à coté d’un concept qui pourtant lui tendait les bras (chargés de dollars).

Le pitch : Un an après avoir surpassé le FBI et acquis l’admiration du grand public grâce à leurs tours exceptionnels, les 4 Cavaliers reviennent ! Pour leur retour sur le devant de la scène, ils vont dénoncer les méthodes peu orthodoxes d’un magnat de la technologie à la tête d’une vaste organisation criminelle. Ils ignorent que cet homme d’affaires, Walter Marbry, a une longueur d’avance sur eux, et les conduit dans un piège : il veut que les magiciens braquent l’un des systèmes informatiques les plus sécurisés du monde. Pour sortir de ce chantage et déjouer les plans de ce syndicat du crime, ils vont devoir élaborer le braquage le plus spectaculaire jamais conçu.

Quelque part en 2013, Louis Leterrier livre le film Insaisissables, dopé par son casting XXL. Personnellement, ce premier opus ne m’avait pas plu : au-delà d’une histoire inutilement compliquée et d’une mise en scène (trop) étourdissante de Louis Leterrier, le film racontait l’aventure de quatre magiciens réputés pour leurs tours de passe-passe spectaculaires, mais je me suis retrouvée surtout devant la magie… des effets spéciaux. Je m’explique : selon moi, la magie est un univers dans lequel le public doit être plongé, avant de vouloir lui faire croire à des lapins qui sortent du chapeau. Du film Le Prestige de Christopher Nolan à la saga Harry Potter, le cinéma a souvent réussi à nous (re)faire découvrir la magie que ce soit avec une âme d’enfant ou à travers son aspect purement technique. Insaisissables balaie tout ça et se repose entièrement sur le numérique (approximatif), en concoctant une intrigue vague autour d’un Œil mystérieux et trop détaché des événements qui se déroulent dans le film. Du coup, je n’ai pas accroché.

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C’est donc poussée par la curiosité que je suis allée voir Insaisissables 2 (dont l’intelligence du titre VO est probablement le seul point positif quand j’y pense avec un peu de recul…) et j’avoue d’emblée que j’ai eu la flemme de revoir le premier. Toujours sous la houlette de Louis Leterrier, c’est Jon M. Chu qui prend la relève derrière la caméra.

Oui, celui a réalisé les DEUX documentaires sur Justin Bieber. Et G.I. Joe : Constipa– euh, Conspiration.

Passons.

Insaisissables 2 reprend un an après les événements du premier film, ayant abandonné Isla Fisher en cours de route (ou alors c’est l’inverse), pour renouer avec ses Cavaliers qui en ont marre de se cacher et leur leader qui joue les infiltrés au FBI. Rapidement, le film rentre dans le vif du sujet, grâce à un prétexte fallacieux, pour remettre ses héros sur le devant de la scène, afin que ces derniers puissent nous épater avec leurs nombreux talents. S’ensuit alors deux heures de jeu de dupe à rallonge qui ne va exciter que les protagonistes du film, sans jamais filtrer au-delà de l’écran. Par souci de légitimité, Insaisissables 2 va tisser une intrigue hyper compliquée à plusieurs couches, tournicotant entre un jeune prodige qui bafoue les lois de la vie privée sur internet (drôle quand on a Mark Zuckerberg au casting !) et le retour surprise d’un personnage du premier film, bien décidé à se venger. Le problème, c’est que le film de Jon M. Chu fait l’effet d’un électrocardiogramme, vous savez cette ligne graphique qui suit les battements du cœur : une ligne plate – un petit pic, une ligne plate – un petit pic, et ainsi de suite… Et bien Insaisissables 2, c’est pareil. Le film alterne les mises en place sans intérêt avant de livrer quelques minutes de spectacle qui, avouons-le, doivent tout au numérique et ne casse pas trois pattes à un canard, comme si cela suffisait à équilibrer la vacuité de son ensemble. Mais le plus irritant dans tout cela, c’est cette nouvelle direction que prend le film. En effet, puisque dans le premier film les 4 Cavaliers ont braqué une banque à Las Vegas, quelqu’un a dû se dire : « Hey, et si on repartait sur cette base du braquage de haute-voltige ? », ce à quoi quelqu’un a probablement répondu que cela avait déjà été fait mille fois depuis le succès de Ocean’s Eleven en 2001 (mais cette personne doit pointer au chômage depuis. Non mais ! Quelle idée que de pointer le manque d’imagination des scénaristes, franchement…).

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Entre entourloupes et grand coup de bluff, l’intérêt d’Insaisissables 2 se délite petit-à-petit, à chaque fois que les personnages repartent dans un de leurs grands stratagèmes pour échapper et faire tomber leurs adversaires. Le but n’étant pas de livrer une intrigue solide mais de créer du spectacle, le film ne s’encombre pas de détails et se contente de pondre un fil conducteur prévisible avant de miser le tout sur un effet de surprise qui a bien du mal à poindre. En effet, à force de nous rabâcher qu’il ne faut pas se fier aux apparences, difficile d’être emporter par l’histoire puisque le spectateur, en principe averti, attend la chute plutôt que de savourer le show.
Autre problème : Jon M. Chu ne se contente pas d’un seul twist mais décide d’en mettre plusieurs. Résultat, le film enchaîne les grandes révélations qui, grosso modo, mettent à plat tout ce qu’on nous a fait croire depuis le « big reveal » précédent, afin de lancer un nouvel acte encore plus téléphoné. Insaisissables 2 est tout simplement lassant et inintéressant, jouant les équilibristes entre cet Œil mystérieux et des quêtes de vengeances stériles. Si encore le film se rattrapait sur sa photographie et l’ingéniosité des effets spéciaux, pourquoi pas ? Mais là, l’ensemble patauge dans une lumière bleuâtre et des CGI peu soignés qui viennent appuyer des tours de magie auxquels on ne croit jamais, même quand les personnages pointent l’évidence. Pire, les rares scènes un minimum affriolantes deviennent ridicules tant la supercherie est visible (notamment le moment où les Cavaliers tentent de dissimuler une carte à jouer alors qu’ils se font fouiller…).  Coté mise en scène, alors que Louis Leterrier m’avait filé le tournis dès les premières minutes avec ses prises de vues tournoyantes à la Michael Bay, Jon M. Chu mise sur le plan serré qui devient encore plus brouillon et illisible dès qu’il y a un chouilla d’action. Du coup, au lieu de rendre ses scènes dynamiques, on s’esquinte plutôt les yeux à essayer de suivre ce qui se passe à l’écran, puis on abandonne raisonnablement, parce que : où est l’intérêt ? Insaisissables 2 vise la surenchère et explose en plein vol à travers une histoire aussi prévisible que peu enthousiasmante, oscillant entre le déjà-vu et l’esbroufe pour masquer les écueils d’un scénario aux apparences bien remplies et pourtant hanté par un vide abyssal. Bref, l’ennui.

Au casting, on prend presque les mêmes et on recommence, avec beaucoup moins de motivation. Jesse Eisenberg (Batman V Superman, American Ultra…) est moins verbeux que d’habitude (probablement par manque de conviction ?), Dave Franco (Nos Pires Voisins 2, Warm Bodies…) prend plus d’assurance et de place, surtout grâce au désintérêt visible de ses comparses confirmés, Mark Ruffalo (Spotlight, New York Melody…) tente à peine de donner du corps à son personnage et Woody Harrelson (Triple 9, Hunger Games...) s’offre un double rôle – ce qui n’est pas franchement à son avantage.
À leurs cotés, Morgan Freeman (Ted 2, Lucy, La Grand Aventure Lego…) et Michael Caine (Le Dernier Chasseur de Sorcières, Kingsman – Services Secrets, Youth…) sont également de retour, toujours parfaits et égaux à eux-même dans des rôles un chouilla pantouflards. Chez les petits nouveaux, Daniel Radcliffe (Docteur Frankenstein, Horns, Kill Your Darlings…) a déjà fait mieux, surtout quand il s’agit de magie (wink wink géant), Lizzy Caplan (Master Of Sex, The Night Before…) est toujours aussi m’as-tu-vu mais son coté cool et pêchu ne parvient pas à dynamiser le film, tandis que Sanaa Lathan… et bien Sanaa Lathan n’aura jamais mon pardon et sera pour toujours mauvaise à mes yeux, de façon purement arbitraire et totalement injuste (j’assume)… mais objectivement le personnage de Mélanie Laurent dans Insaisissables était plus intéressant que le sien (ce qui n’est pas forcément positif, m’voyez ce que je veux dire).

En conclusion, boosté par un succès discutable, le film Insaisissables 2 en fait des caisses pour nous faire croire à tout, sauf à la véritable magie. Jon M. Chu signe un opus abstrait, surfant généralement sur du vide mais qui fera malheureusement son petit effet grâce à une tonne de blabla indigeste et une overdose d’effets spéciaux au rabais qui accompagnent la trame en lui conférant un semblant d’existence. Mais encore une fois, ce n’est que du bluff. Une fois le tour de passe-passe dépiauté, que reste-t-il ? Du numérique, du vent et des acteurs de renom qui se rappelleront du film qu’au moment de payer leurs impôts (il faut bien que ça serve à quelque chose). À tenter, uniquement si vous avez aimé le premier film. Et encore…

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