[CRITIQUE] Bad Moms, de Jon Lucas et Scott Moore

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Le pitch : En apparence, Amy a une vie parfaite : un mariage heureux, de beaux enfants et une carrière qui décolle. En réalité, elle se met tellement la pression pour être au top sur tous les fronts, qu’elle est sur le point de craquer. Au bout du rouleau, elle trouve comme alliées deux autres mères épuisées elles aussi par le stress des règles imposées par Gwendoline, la toute puissante présidente des parents d’élèves. Ces trois nouvelles meilleures amies se lancent dans une folle virée en quête de fun et de détente, loin de leurs responsabilités conventionnelles de mères de famille. Ce qui a tendance à crisper le clan de Gwendoline et ses mères parfaites…

Les comédies américaines adorent érafler l’image de la mère parfaite, alias les « soccer mom », à travers des films virulents sensés rassurer les mamans, faire rire toute la famille (ou presque) et prêcher la bonne parole sur l’importance d’une mère – au cas où certains d’entre nous auraient oublié. De Comment font les femmes de Douglas McGrath (2011) au récent Joyeuse Fête des Mères de Garry Marshall, en passant par des films anecdotiques du genre Ce Qui Vous Attend Si Vous Attendez Un Enfant de Kirk Jones (2012) qui pourrait servir d’introduction au sujet, Bad Moms vient en rajouter un couche sur le stéréotype arriéré de la mère courage qui cumule trois jobs à temps plein (son activité rémunérée, son rôle de parent/chauffeur pour accompagner ses rejetons partout et son rôle de femme au foyer irréprochable) pendant que monsieur se gratte les coucougnettes, affalé sur le canapé. Si encore ce genre de films proposait un portrait de famille accessible, l’ensemble serait plus digeste, mais le principe de la « soccer mom » s’applique encore et toujours à une middle class américaine fantasmée, nichée au cœur d’un rêve américain qui tente vainement de subsister. Sous couvert d’humour, les films comme Bad Moms entretiennent un carcan machiste et un chouilla répulsif qui, au lieu de donner la parole aux femmes, se servent de concepts ultra-féminisés pour les rabaisser faisant passer, en l’occurrence, des mamans débordées pour des adolescentes hystérique en pleine crise qui, après s’être défoulées, reviendront à la raison pour bien rester dans la case qui leur est définie. C’est un peu triste, mais bon : c’est une comédie américaine et estivale… n’en demandons pas trop !

Ceci étant dit, maintenant que le tableau est dressé, tentons d’apprécier Bad Moms pour ce qu’il est : une comédie sucrée, régressive et prévisible mais fondamentalement efficace et marrante. En effet, Jon Lucas et Scott Moore (21 and Over…) utilisent tous les clichés de la « soccer mom » à leurs avantages en les poussant à l’extrême, à travers le quotidien d’une jeune mère débordée par ses obligations et devoirs. Certes, l’univers coloré de Bad Moms est loin d’être crédible, ni même surprenant, mais le film parvient à dégager un certain humour collégien qui amuse et permet de faire passer la pilule avec légèreté. Idéal pour se vider la tête, Bad Moms va donc à la rencontre de ses mères imparfaites pour mieux désacraliser leurs responsabilités, en offrant quelques déclinaisons simplistes mais auxquelles on s’attache rapidement. L’ensemble fait l’effet d’un bonbon acidulé et réconfortant: malgré son emballage piquant, le film réunit tous les codes du genre, ne serait-ce qu’à partir de son casting truffé d’acteurs trop jeunes et/ou trop bien fichus pour nous faire croire à leurs personnages, allant jusqu’aux décors rocambolesques (l’ambiance djeunz du travail de l’héroïne, le coté adolescent transposé dans le monde des adultes…), avant de gonfler sa trame simpliste par des pointes d’acidité salvatrices avec lesquelles je me suis régalée. Pourtant, le coté pétillant de Bad Moms s’estompe rapidement, laissant place à un goût de déjà-vu traditionnel et réconfortant, quand les héroïnes rentreront à nouveau dans le moule après leurs rebellions d’hystériques. Comme un paquet de bonbons Kréma : on aura beau choisir un goût différent, on se retrouvera avec la même pâte sucrée en bouche… Voyez ce que je veux dire ?

Le seul vrai reproche que je pourrais faire au film (au-delà de la critique du genre), c’est que Bad Moms met en scène une femme qui n’en peut plus de devoir courir partout et qui finit par faire des pieds et des mains pour devenir présidente du comité de parents-élèves. Ce qui, même en avançant le fait que c’est pour avoir moins de réunions / convocations / etc…, reste, objectivement, un deuxième boulot. En dehors de ça, le film de Jon Lucas et Scott Moore se déroule avec bonhomie vers un happy end des plus conventionnel qui sied finalement bien à cet ensemble un brin facile et mignonnet, trouvant bien sa place parmi les comédies légères de l’été, grâce à une ambiance survoltée livrant des scènes plutôt cocasses et hilarantes (la scène du supermarché, la grosse fête et les délires alcoolisés, certains dialogues bien trouvés…).

Au casting, Mila Kunis (Jupiter : Le Destin de l’Univers, Puzzle, Black Swan…) trône en tête du film, aux cotés de Kristen Bell (The Boss, Zootopie, La Reine des Neiges…), jubilatoire en maman coincée, et Kathryn Hahn (À La Poursuite de Demain, Les Miller…), rarement mise en avant mais plutôt convaincante en mère un peu libérée. Face à elles, Christina Appelgate (Légendes Vivantes…) joue les mégères de service, avec ses sbires Jada Pinkett Smith (Gotham…) et Annie Mumolo (The Boss...), tandis que Jay Hernandez (Suicide Squad…) joue les toy-boys.

En conclusion, Bad Moms se rêvait comédie irrévérencieuse et provoc’, mais se révèle finalement bien gentillette. Heureusement, l’énergie conquérante du film a tendance à faire passer le film Sisters pour un film de bonnes sœurs et parvient à dresser l’ensemble dans la lignée du savoureux Mes Meilleurs Amies de Paul Feig, puis qu’il possède la même ambiance décomplexée et l’envie – bien que teinté d’une bonne morale sucrée – de casser le mythe de la mère/femme parfaite. À voir, pour se détendre.

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