[COUP DE CŒUR] Déesses Indiennes En Colère, de Pan Nalim

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Je ne m’y attendais pas et le film Déesses Indiennes en Colère m’a coupé le souffle. Pan Nalim offre un portrait de femmes puissant, émouvant et enragé à la fois, une peinture vivante d’une Inde aussi belle que révoltante, qui dénonce un de ses fléaux ignobles qui perdure depuis trop longtemps. Dans un récit bouleversant qui touche en plein cœur, Déesses Indiennes en Colère est un hommage à la femme en général, aux femmes Indiennes en particulier, faisant passer du rire aux larmes grâce à des personnages fantastiques et entiers. Pan Nalim remet les pieds sur Terre, rappelant un combat qui reste encore à mener partout dans le monde et venant coller une claque aux revendications pseudo-féministes et le plus souvent abstraites. Brillant. Engagé. Magnifique. Bravo !

Le pitch : Elles sont actives, indépendantes et libres. Des femmes indiennes d’aujourd’hui. Réunies à Goa pour huit jours, elles se racontent leurs histoires d’amour, leurs doutes, leurs désirs. Jusqu’à ce qu’une nuit pas comme les autres remette tout en question…

Je suis arrivée devant ce film un peu par hasard, en découvrant la bande-annonce alors que j’allais voir un autre film. Je me suis dit : Ouh ça a l’air sympa et drôle, je ne vois pas suffisamment de films indiens ! Concrètement, je n’étais pas prête à recevoir une telle claque.
Pan Nalim, a qui nous devons le fabuleux Samsara (2002), cristallise quelques brins de femmes qui se retrouvent pendant quelques jours, à l’occasion des fiançailles de l’une d’entre elles. Déesses Indiennes En Colère s’installe dans une ambiance légère et vivante, mais teintée par des expériences difficiles et autres remises en question, tandis que le film introduit ses personnages si différents qui pourraient correspondre aux différents types de femmes qui l’on peut trouver en Inde de nos jours. De celle qui vit dans la tradition avec un mariage arrangé à l’actrice métisse qui veut tenter sa chance à Bollywood, en passant par des artistes engagées et une femmes d’affaires, le film tisse son histoire sur fond de choc des cultures sans pour autant oublier d’imprimer des rappels vers son réel sujet. En effet, si dès l’introduction du film montre le comportement des hommes envers les femmes, Déesses Indiennes En Colère laisse ce fil en filigrane flottant comme un nuage gris tapis dans un coin et prêt à éclater, le temps de savourer la joie de vivre de ces femmes qui profitent de cette parenthèse pour se confier, se cajoler, rire et s’exprimer librement. Une véritable bouffée d’air frais, loin des simagrées bollywoodiennes et qui pourtant retrouve cette même exubérance et cette même beauté cristallisée derrière chaque plan superbe qui mélange des couleurs vibrantes, une langue chantante mixant l’hindi et l’anglais et bien sûr ces femmes – ces déesses – toutes plus belles les unes que les autres.

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Et puis soudain, les vacances tournent court et cette ombre menaçante qui planait au-dessus de ces femmes vient s’abattre avec une brutalité stupéfiante qui m’a complètement pris au dépourvu et coupé le souffle. Comme un rêve éveillé qui prend douloureusement fin, Déesses Indiennes En Colère sombre dans une noirceur étouffante, éraflant son image idyllique pour un brusque retour à la réalité alors que le film montre une facette horrible de l’Inde. Derrière la carte postale, Pan Nalim dénonce tout, pas seulement les agressions sexuelles, mais également le système de castes, les traditions patriarcales, la misogynie et la difficulté d’être une femme indienne, qu’elle soit vêtue d’un sari ou d’une robe d’été.
Dans son récit en deux temps, Pan Nalim livre une histoire incroyablement puissante, à travers une écriture qui se nourrit dans le chaos avant de trouver son équilibre dans son traitement. En effet, Déesses Indiennes En Colère peut paraître bordélique par endroit, voir même bruyant et un peu criard, mais c’est surtout une identité propre qui traverse l’ensemble, réussissant à nous attacher inexorablement à ses personnages hauts en couleurs. Le film parvient à nous transporter dans un rollercoaster émotionnel ébouriffant, avant de nous lâcher en plein vol, à poil et impuissant face à une réalité qui éclabousse l’écran avec une authenticité fulgurante. Déesses Indiennes En Colère raconte avec justesse le quotidien de femmes, avec une note de désespoir, face à une injustice délétère et une inégalité révoltante qui laisse certains hommes régner en maîtres, à la tête de règles et de codes d’honneur réducteurs et intransigeants qu’ils ne prennent même pas la peine de respecter.
Le plus poignant dans son propos, c’est que si le film se situe en Inde, la majorité des choses dénoncées dans Déesses Indiennes En Colère traverse aisément les frontières et chacun(e) peut se retrouver à travers ces personnages ou dans certains situations. Le film de Pan Nalim pourrait être une sorte de Mustang indien, car il possède la même force vive qui donne envie à la fois de pleurer, de s’émerveiller, mais surtout de hurler de colère après un témoignage aussi sincère et révoltant. À noter également que le film est accompagné par une bande-originale sublime, incluant notamment le titre Zindagi (disponible à l’écoute sur Spotify ou Youtube).

Au casting, que des actrices méconnues du grand public (moi comprise, n’y voyez aucune condescendance) : Anushka Manchanda, Pavleen Gujral, Sandhya Mridul, Amrit Maghera (Hollyoaks…), Rajshri Deshpande, Sarah-Jane Dias et Tannishtha Chatterjee (Brick Lane…) rayonnent à l’écran, habitant chaque personnage avec conviction et passion. C’est un ensemble extraordinaire qui donne un véritable cachet à la fois personnel et authentique au film.

En conclusion, allez voir Déesses Indiennes En Colère tant qu’il en est encore temps. Pan Nalim signe un film merveilleux et renversant dont on n’en ressort pas indemne.
Petite confession : j’aurai bien eu besoin de mouchoirs !

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