[CRITIQUE] Instinct de Survie (The Shallows), de Jaume Collet-Serra

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Partant d’une bonne idée, le film de Jaume Collet-Serra vient entretenir une peur née en partie au cinéma, grâce aux Dents de la Mer de Steven Spielberg, en proposant un tête-à-tête oppressant entre son héroïne et un grand requin blanc. Si Instinct de Survie parvient à faire légèrement frissonner en créant des moments de tension sympathiques, le film pèche au niveau du traitement de son histoire trop creuse et de sa mise en scène trop contemplative. Dommage.

Le pitch : Nancy surfe en solitaire sur une plage isolée lorsqu’elle est attaquée par un grand requin blanc. Elle se réfugie sur un rocher, hors de portée du squale. Elle a moins de 200 mètres à parcourir à la nage pour être sauvée, mais regagner la terre ferme sera le plus mortel des combats…

Il suffit d’associer les mots « film » et « requin blanc » pour tout de suite penser au grand classique culte de Spielberg, Les Dents de la Mer. Pourtant, aux cotés d’Instinct de Survie, on pourrait citer l’excellent Open Water de Chris Kentis (2003) ou encore le moins bon The Reef d’Andrew Traucki (2009), sauf qu’ici le film de Jaume Collet-Serra (Night Run, Non-Stop…) choisit d’isoler son héroïne seule et blessée, face au danger.
Rien qu’avec son intrigue de base, Instinct de Survie parvient à nous projeter dans son histoire, grâce à une intrigue super simple et une menace déjà bien connue du grand public. Comment ne pas craquer pour cette jolie blonde en détresse, coincée sur un micro rocher, face à ce monstre sanguinaire et insatiable qu’est ce grand requin blanc qui veut à tout prix la croquer ? Efficace et accrocheur, le film ne s’encombre pas d’accessoire et mise sur un récit plutôt classique et accessible.

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Pourtant, Instinct de Survie est plutôt pénible à suivre. En y regardant de plus près, je dirais que sa simplicité apparente ressemble soit à de la paresse, soit à un manque d’attention (ou d’expérience). Généralement, quand on choisit de faire un film avec un seul personnage (qu’il soit en train de lutter pour sa vie comme dans 127 Heures de Danny Boyle ou en train de vivre une expérience extraordinaire comme dans Wild, de Jean-Marc Vallée), le challenge est de trouver comment combler les creux pour éviter de tourner en rond en scrutant son personnage sous toutes les coutures, avant de boucler l’affaire. Les films cités en exemple profitaient de l’isolement de leurs héros pour raconter leur histoire personnelle, à travers une vraie introduction et/ou différents flashbacks, afin de les étoffer et surtout créer de l’empathie. Alors certes, c’est un traitement évident mais toujours intéressant et parfois salutaire (parce qu’il est bien mignon James Franco, mais avouons que deux heures à le regarder délirer et boire son pipi avant de se couper le bras, ça n’aurait pas été pareil).
Ici, en dehors de petits monologues au début et à la fin du film, on ne saura quasiment rien du personnage principal (en dehors d’un lien flou avec sa mère ?) et Jaume Collet-Serra passera le temps en observant son actrice sous tous les angles et à grands renforts de ralentis bien léchés. Si les fans de Blake Lively seront ravis d’être en tête-à-tête avec elle sur grand écran pendant que Mme Deadpool joue les sirènes avant de gémir de douleur toutes les cinq minutes de façon pas du tout agaçante (ironie) ; pour les autres, le temps se fera très long. Jaume Collet-Serra tente de sauver les meubles en misant sur le capital sympathie de l’actrice, mais l’idée du copinage avec une mouette pour permettre à son héroïne de canaliser ses émotions est aussi ridicule que pleinement amateure.

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Ce qui est dommage, c’est qu’en dehors du duel entre l’héroïne et le requin, dont chaque action est globalement réussie, Instinct de Survie gâche le reste de son potentiel en restant en surface. Bien qu’il bénéficie d’un décor paradisiaque, le film met trop de temps à se mettre place – vu le peu de choses qu’il a à raconter – tout en se perdant dans une mise en scène pas terrible, entre ralentis en plans serrés et des plans larges inefficaces. Si on devine l’intention du réalisateur, le résultat ne coupe pourtant pas le souffle malgré des scènes de surf plutôt dynamiques et les apparitions du requin fantôme (et de synthèse).

Au casting, je reconnais que Blake Lively (Cafe Society, Adaline…), donc, fait des efforts pour rester crédible tout du long, mais son jeu est toujours trop exagéré à mon goût (décidément, la famille Reynolds, j’ai du mal). Je tiens tout de même à mentionner la mouette, pour sa magnifique interprétation de l’épaule dysloquée (j’ai failli en pleurer).

En conclusion, Jaume Collet-Serra se limite au jeu d’actrice – limité, lui aussi – de Blake Lively qui coche une par une toutes les émotions présentes dans sa palette, alors qu’en remplaçant sa jolie mouette par une construction solide du personnage et un scénario plus étoffé, Instinct de Survie aurait largement pu tenir la route juste bout. Au lieu de ça, le film dure un peu moins 1h30, oui mais en enlevant toutes les scènes de contemplation inutiles, Jaume Collet-Serra aurait pu le réduire en un court-métrage bien plus haletant. À éviter (regardez plutôt Open Water à la place, surtout si vous ne l’avez jamais vu).

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