[CRITIQUE] Nerve, de Henry Joost et Ariel Schulman

nerve

Prenant et surprenant, Nerve a beau avoir l’emballage du teen movie débridé et sans limite, le film propose en fait une histoire dans l’air du temps et captivante. Boosté par l’adrénaline et l’interdit, le film de Henry Joost et Ariel Schulman surfe sur le phénomène des réseaux sociaux, les mystères d’internet et les limites de la vie privée pour les exposer dans une course contre la montre palpitante qui joue justement avec nos nerfs ! À la fois fascinant et consternant (dans le bon sens), Nerve propose une vision pas si fictive des dérives d’internet, tout en gardant un point de vue d’observateur afin de laisser son public se faire sa propre idée. En effet, si les ados voudront jouer à Nerve dès la sortie du cinéma, les moins jeunes… sentiront le poids des années sur leurs épaules !

Le pitch : En participant à Nerve, un jeu qui diffuse en direct sur Internet des défis filmés, Vee et Ian décident de s’associer pour relever des challenges de plus en plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais bientôt les deux « Joueurs » s’aperçoivent que leurs moindres mouvements sont manipulés par une communauté anonyme de « Voyeurs ». Le jeu vire au cauchemar. Impossible d’arrêter…

En 2007 sortait le film Live! de Bill Guttentag, avec, entre autres, Eva Mendes. A l’époque, en pleine explosion de la télé-réalité pourtout dans le monde, de Big Brother à Secret Story, le film poussait le concept en proposant une émission fictive où les participants jouaient à la roulette russe pour de vrai, avec à la clé 1 million de dollars (ou quelque chose approchant). Live! arrivait au bon moment pour alerter les consciences et pointer du doigt les dangers de ce phénomène et les dérives engendrés, entre cupidité, soif de célébrité éphémère et mépris de la vie (privée) humaine.
Presque dix ans plus tard, on pourrait dire que les réseaux sociaux et les applications mobiles ont prit la place des émissions de télé-réalité, et pas seulement chez les jeunes. D’autant plus qu’en pleine explosion du jeu Pokemon Go, difficile de ne pas voir un point commun supplémentaire avec le film Nerve, tandis que la fiction rejoint toujours un peu plus la réalité.

Adapté du roman Addict de Jeanne Ryan, Nerve suit le parcours d’une adolescente introvertie qui, par défi, va se mettre à jouer à un jeu dont elle va petit-à-petit devenir accro, puis prisonnière. Curieux et bien ficelé, le film de Henry Joost et Ariel Schulman tisse une intrigue attrayante, dépeignant des personnages à une étape charnière de leurs vies, entre la fin du lycée et le début de leurs vies d’adulte, à l’heure où certains sont encore indécis, effrayés ou, au contraire, prêts à faire le grand saut. Le jeu Nerve intervient comme une parenthèse où tout est possible, à la fois secrete et interdite, laissant croire que rien n’a de conséquence.
A travers la rencontre de ses deux personnages principaux, Henry Joost et Ariel Schulman font habilement grimper la tension au fur et à mesure que le film avance. Ce qui démarre comme un simple jeu type « Cap ou pas cap' » devient rapidement un engrenage où le fun flirte avec le danger, avant de virer au face-à-face impromptu avec la Faucheuse. Au-delà du jeu, Nerve explore ses adolescents, certes catalogués, mais dans lesquels on peut facilement se reconnaître (ou reconnaître quelqu’un). Le film dépiaute ainsi les relations conflictuelles, les amitiés mêlant rivalité et problème d’estime de soi, dans un monde et un âge où les apparences ont bien plus d’importance que les faits et où le nombre de followers semble avoir une quelconque valeur.
Grâce à une caméra en retrait, Nerve laisse le choix au spectateur de s’approprier le message qu’il propose. En effet, même si le film est directement destiné aux ados, il offre plusieurs lectures qui permettent de rendre le film aussi intéressant qu’accrocheur. Nerve fascine grâce au concept qui attise le coté voyeur du spectateur, donnant presque envie de participer au jeu (et si c’était vrai, aurai-je accepter tel ou tel challenge ?) et faisant réaliser que ce n’est pas vraiment l’appât du gain qui anime les personnages mais plutôt la popularité pure et simple. D’un autre coté, le film consterne : si la cible est trop bien visée pour le réaliser, Nerve pointe du doigt un problème sociétal qui prend de l’ampleur au fil des années : l’anonymat (des voyeurs) et surtout l’absence de vie privée sur internet, grâce aux informations que l’on distille volontairement ou non via les réseaux sociaux et autres plateformes communautaires.

NERVE

Toute cette réflexion est finalement bien emballée dans un thriller aux détours certes un peu fantasmés, mais tout de même bien fichu. Nerve nous embarque dans une aventure à la fois haletante et un poil déjantée, qui flirte avec les limites et les insécurités de ses personnages, avec un parallèle authentique et perspicace. La seule chose que je déplore, c’est que le film joue tellement la carte du divertissement, qu’il conserve finalement une trop grande distance avec son histoire dont les conséquences ne sont pas vraiment exploitées (contrairement au film Live!, par exemple).

Au casting, Emma Roberts (Scream Queens, Palo Alto, Les Miller…), habituée aux rôles d’ados en tout genre, et Dave sourire Franco (Insaisissables et Insaisissables 2, Nos Pires Voisins et Nos Pires Voisins 2…) forment un duo plaisant, un chouilla cliché (la gentille fille et le bad boy) mais attachant. Autour d’eux, Emily Meade (Money Monster…) s’en sort très bien dans un rôle qui aurait rapidement pu la rendre détestable (mais c’est justement cela qui prouve qu’elle joue bien), Juliette Lewis (Secrets and Lies, Un Été à Osage County…) frôle la figuration et les fans d’Orange Is The New Black retrouveront Kimiko Glenn et Samira Wiley dans le film.

En conclusion, loin d’être le sempiternel film pour ados qui font la fête ou une énième adaptation d’une saga « young adult », Nerve est en réalité une bonne surprise, proposant un thriller efficace et palpitant, doublé d’une seconde lecture renvoyant vers une réalité un poil effrayante. À voir !

NERVE

Publicités

4 réflexions sur “[CRITIQUE] Nerve, de Henry Joost et Ariel Schulman

  1. J’ai adoré le roman mais je ne supporte pas Emma Roberts, du coup gros dilemme ! Mais puisque tu dis que c’est une bonne surprise… Pourquoi pas. Je viendrais déposer une réclamation si je m’ennui pendant ma séance 😉

  2. Une critique très intéressante et super bien argumentée ! Tu donnes envie d’aller le voir, ce que je vais d’ailleurs faire dès sa sortie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s