[COUP DE CŒUR] Divines, de Houda Benyamina

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Récompensée de la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, Houda Benyamina signe un film percutant, une odyssée moderne dans les quartiers populaires en suivant les traces d’une héroïne amazone prête à en découdre avec la vie et ses rêves. Divines balaye les idées préconçues grâce à un récit authentique et sans fioriture autour d’un quotidien hanté par un idéal impossible et des choix lourds de conséquences. Entre amitiés et papillons dans le ventre, le film d’Houda Benyamina cristallise une écorchée vive, une force brute et une volonté féroce dans un drame aussi puissant que bouleversant, qui prend à la gorge presque par surprise. Chapeau et surtout chapeau bas à la jeune Oulaya Amamra qui, je l’espère, a un bel avenir devant elle.

Le pitch : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Rodée aux courts-métrages, Houda Benyamina s’est inspirée de son expérience et de son environnement personnel pour écrire Divines. C’est justement grâce à ses choix audacieux, dans lequels on ressent un certain vécu, que le film se démarque instantanément par son cachet authentique. Le reste ressemble à de la magie : sélectionné au Festival de Cannes, le film reçoit la Caméra d’Or et la presse encense le film.
A première vue, Divines est un autre de ces films sur les banlieues, avec ses histoires romancées de délinquances et de trafics en tout genre, nourries par des inspirations grotesques issues des JT de 20h et autres émissions alarmistes. Ayant moi-même grandi en banlieue, je me retrouvais rarement dans ces films auxquels je reprochais le manque d’authenticité et la méconnaissance, parfois, des scénaristes ou réalisateurs, par rapport à leurs personnages qu’ils installait dans une violence devenue glamour. Récemment, Bande de Filles de Céline Sciamma m’avait déçue, car si la réalisatrice avait bien traduit l’ampleur de l’engrenage dans lequel son héroïne s’enfonçait, elle terminait son film à bout de souffle et sans véritable conclusion.
Le film d’Houda Benyamina ressemble à Bande de Filles sur certains points mais s’avère largement au-dessus en terme d’écriture, de personnages et même d’esthétisme. Pourtant, Divines a tout l’air du film à l’arrache : Benyamina recrute sa petite sœur pour le premier rôle, des élèves de son cours de théâtre et des quasi-débutants pour le reste ! Rien, en dehors de son passage à Cannes, ne laissait présager l’effet coup de poing que délivre le film. Mais le résultat est là : dès le début, Divines centre son film autour de la jeune Dounia, le profil quasiment cliché des adolescentes de cité avec un parcours scolaire à la dérive, du vol à l’étalage, des rêves de réussites inaccessibles et surtout un sentiment de révolte et d’injustice qui la dévore. Au lieu de stigmatiser son personnage, Houda Benyamina lui confère une aura de guerrière qui finalement coupe court à toute envie de jugement pour pousser le public à découvrir et comprendre son parcours. Divines n’est pas une histoire de victimes, ni d’excuses ou de dédouanement : Houda Benyamina assume ses héroïnes et sa jungle urbaine, dévoilant une facette de la France trop souvent diabolisée dans les médias pour exposer une réalité plus franche et sans détour.

divines2Percevant le trafic de drogue comme une fin, le film d’Houda Benyamina s’accélère tel un effet boule de neige animée par une faim vorace et aveugle qui entraîne ses personnages dans une spirale jonchée de violence et de courage proche de la folie (des grandeurs). Le film s’enfonce dans une histoire de plus en plus sombre, accroché à une héroïne déterminée à devenir riche, quitte à essuyer les coups et à prendre des risques insensés. Animé par une rage de vivre palpable, Divines reste entier, exposant la noirceur d’un univers marqué par la pauvreté et la drogue, dans lequel les personnages du film se retrouvent vissés, entre amitié inébranlable et pouvoir. Et pourtant, derrière cette virée en enfer, Divines ose l’impensable, la bouffée d’air frais, en dessinant une rencontre inattendue qui résonne comme une lueur d’espoir, rappelant ces premiers émois amoureux qui redéfinisse le champs des possibles à un âge où on pense tout savoir. Cette parenthèse salutaire vient soudainement illuminer le film, offrant la féminité qui manquait finalement dans la vie de son héroïne qui, à travers le regard de l’autre, va sortir de sa coquille. Divines parvient à faire vivre ces deux intrigues parallèles de façon très habile, utilisant les émotions nées d’un coté pour nourrir les craintes de l’autre. On pourrait croire à un conte de fées mais Divines est tout sauf ça, c’est un film aussi merveilleux que cruel qui capte avec une sincérité éprouvante cette tranche de vie brutale.

On s’attache presque s’en rendre compte à tous ces faces-à-faces dans lesquels l’héroïne brille, dans ses travers comme dans sa loyauté sans borne. Il y a quelque chose de troublant, une humanité palpable dans Divines, qui obsède longtemps après que le film soit terminé tant Houda Benyamina alterne des scènes lumineuses, parfois même d’une beauté lyrique, avec des moments obscures qui peuvent choquer tant ils frôlent la barbarie. Là où d’autres films similaires ont tendance à justifier les actes répréhensibles de leurs personnages, en vantant les mérites de la vie de « lascars » (thug life) aussi crédibles qu’un clip de rap français, Houda Benyamina ne perd jamais de vue son personnage principal, la faisant grandir au fur et à mesure que le film avance, se servant de sa rage pour lui conférer une force parfois admirable, même lorsqu’elle s’enfonce toujours plus loin dans un cercle vicieux, à travers un passage à l’âge adulte douloureux frôlant la tragédie.

Au casting, Oulaya Amamra est LA révélation du film et livre une performance viscérale et brute qui rayonne sur le film. À ses cotés, Déborah Lukumuena l’accompagne en apportant quelques touches d’humour et de légèreté qui rendent son personnage attachants, tandis que Jisca Kalvanda est parfaite dans un rôle complexe et froid qu’elle interprète à merveille. Autour de ce trio de femmes, Kevin Mischel est également une bonne découverte, offrant des moments de respirations salutaires dans un drame parfois étouffant.

En conclusion, Houda Benyamina livre un drame viscéral habité par un réalisme féroce et des émotions brutes. La réalisation et la photo sont sublimes, le casting est tout simplement excellent, bref : Divines prend aux tripes et laisse une marque indélébile. Must see.

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