[CRITIQUE] Victoria, de Justine Triet

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Le pitch : Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu’elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria.

Étonnamment vendu comme une comédie, certes dramatique, Victoria a dû en désarçonner plus d’un depuis sa sortie en salles.
Trois ans après un tableau social à grand échelle, avec La Bataile de Solférino, Justine Triet réduit son scope autour d’un personnage, Victoria, une avocate dont la vie semble s’écrouler de façon irréversible. Dans son nouveau film, Justine Triet parle aux femmes d’aujourd’hui, aux héroïnes du quotidien qui tentent de garder la tête au-dessus de l’eau, malgré l’instabilité de plus en plus conséquente de leurs vies. Pour Victoria, rien ne va : son baby-sitter la plante, sa vie sentimentale se planque, son meilleur ami est accusé d’avoir planté sa petite-amie et son ex-mari lui plante un couteau métaphorique dans le dos. Cela fait beaucoup et beaucoup d’un seul coup.
Dans un conte de fées, une fée serait justement apparue pour aider Victoria à tenir le coup, l’aidant à faire rentrer les choses dans l’ordre sans oublier de planter un prince charmant dans le décor. Chez Justine Triet, la fée se transforme en ex-dealer et à défaut de prince charmant, Victoria enchaîne les rencontres hasardeuses et doit bien souvent lutter contre elle-même.
Victoria est une tranche de vie très actuelle, écumant les doutes et les aléas de la vie qui plombe le quotidien de cette femme capable, certes, mais seule. Justine Triet met la lumière sur ces femmes ordinaires qui accomplissent l’extraordinaire : tenir le coup alors que le sort s’acharne. Alors oui, parfois on rit devant et avec Victoria, mais surtout, on se souvient, devant le film, des périodes de nos vies parfois similaires sur certains aspects. À travers ses accents fantaisistes, le film saisit avec perspicacité l’étau qui se resserre autour de son héroïne, dont tous les pans de la vie s’écroule. On y retrouve ce sentiment indescriptible d’abandon et d’impuissance qui envahit petit-à-petit Victoria, écrasée par un combat muet et solitaire.

Malgré une approche attendrissante qui charme en un clin d’œil, le coté rocambolesque de Victoria et de ce procès, qui met en scène un chien et un chimpanzé en témoin oculaire, rend parfois l’ensemble trop romancé, comme si le cinéma français avait toujours besoin de faire rêver pour parler à son public. Du coup, les pointes de fantaisies du film l’éloigne un peu du réalisme voulu et du sérieux de cette crise existentielle, pourtant au centre du film. En voulant faire cohabiter le drame et la comédie, Victoria s’éparpille un chouilla, perdant parfois la force de son propos qui s’évapore entre tous les personnages qui interviennent dans la vie de l’héroïne, que ce soit pour la sauver ou pour l’enfoncer. Néanmoins, j’apprécie tout de même le final, loin du happy-end, qui conforte le film de Justine Triet dans son traitement réaliste où rien ne se résout par magie. Alors oui, ça fait moins rêver… mais parfois, au milieu de toutes les romcoms sucrées que l’on peut voir au cinéma, un peu de « normalité » rassure et fait chaud au cœur. Tout simplement.

Au casting, Virginie Efira (Elle, Un Homme À La Hauteur, Et Ta Sœur ?…) tient le rôle-titre, superbe et émouvante, portant le film sur les épaules avec brio. À ses cotés, des hommes, parfois inattendus, comme le trognon Vincent Lacoste (Hippocrate, Lolo, Saint-Amour…), parfois lâches ou poltrons, comme Melvil Poupaud (Le Grand Jeu, Vue Sur Mer…) et Laurent Pointrenaux (Les Naufragés, Microbe et Gasoil…), tout de même attachants, tandis que Laure Calamy (Les Cowboys, Ce Sentiment de l’Été…) fait quelques apparitions remarquées.

En conclusion, Victoria est un portrait touchant, sensible et attachant de femme moderne, porté par une Virgine Efira sublime, incarnant avec brio la force et la fragilité de son personnage sur la brèche. Malgré une approche parfois trop fantasque qui éloigne le film de son sujet, Justine Triet livre plaisant qui aurait probablement dû être moins léger pour mieux convaincre. À voir !

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