[CRITIQUE] Captain Fantastic, de Matt Ross

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Brillant, lucide et tendre, Captain Fantastic dresse un portrait familial atypique plein de charme et s’interroge à travers une critique sociale intelligente. Matt Ross tisse une dramédie aigre-douce, qui enchante grâce à des personnages anti-conventionnels qui viennent bousculer le phénomène de la pensée unique, largement soutenu par les médias et les pouvoirs en place. Un vrai petit bijou lumineux à ne pas manquer (et je ne dis pas ça parce que c’est marqué sur l’affiche !).

Le pitch : Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Et non, ce n’est pas un film de super-héros. Enfin peut-être, en un sens, mais pas un de ceux dont on a l’habitude. Le parcours de Captain Fantastic est sans fausse note : présentation au prestigieux Festival de Sundance en début d’année, Prix de la mise en scène dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016 et double récompense au Festival de Deauville avec le Prix du Public et le Prix du Jury. Et pour cause, Matt Ross signe un film brillant, de l’écriture à l’interprétation, à travers la découverte d’une aventure originale habitée par des personnages qui rejettent et/ou questionnent la société actuelle et ses idéologies dans leurs ensembles, par volonté ou éducation.
Captain Fantastic propose une vision de la famille hors des sentiers battus à travers cette petite cellule isolée, nichée au fond des bois et leadée par un père qui prépare ses enfants à la vie, via un entraînement quasi-militaire et une éducation poussée allant bien au-delà du niveau scolaire attendu. Si dans un premier temps le tableau amuse ou choque, c’est vraiment lors que Matt Ross entre dans le vif du sujet que cette approche prend tout son sens, obligeant cette petite famille composé d’idéaliste de tous poils à affronter le monde actuel.

Grâce à un échantillon de personnages assez large et varié (en terme d’âge et d’appréhension du monde qui les entourent), Captain Fantastic observe notre société (ou plutôt la société américaine) sous un angle nouveau. Si le jugement frontal n’est jamais loin, c’est finalement le questionnement qui prend le dessus, grâce à l’innocence des personnages enfants et la crise identitaire que traversent les ados. L’éducation, surtout, puis la religion, la santé… Matt Ross explore les sujets les plus accessibles, appuyant le doigt là où ça fait tilt, exposant les défauts et les nouveaux maux sociétaux avec une justesse mesurée et efficace. Sans jamais s’enfoncer dans de grands discours, Captain Fantastic installe son histoire dans un contexte authentique et intelligent, étoffant une intrigue déjà lumineuse. La photographie fleure bon la balade champêtre et dépaysante, tandis que l’aspect road-trip familial rappellera toujours l’excellent Little Miss Sunshine et, d’ailleurs, Matt Ross n’oublie pas d’égayer l’ensemble d’une bande-originale entraînante, composée de reprises faites par le casting.

En effet, en dehors du message que veut faire passer Matt Ross, Captain Fantastic distille une bonne humeur contagieuse en animant ses personnages. Entre curiosité et fraîcheur, le film est dopé par un humour parfois teinté d’ironie, équilibrant finalement le drame qui touche la famille de plein fouet. Dans un scope plus précis, Captain Fantastic dissèque les liens familiaux et la construction psychologique des enfants pour dresser des portraits attachants. Tel un bon feel-good movie, le film ne se laisse pas dominer par sa sous-intrigue sombre, faisant du deuil un passage certes obligatoire mais axé sur le culte des bons souvenirs et le respect de la personne disparue. Résultat, pas de mélancolie ni de chouinement à rallonge, tout est fait pour donner le sourire. Matt Ross rêve en images d’un idéal presque possible où ses personnages sont libres de choisir en pleine conscience, plutôt que d’être engoncés dès le plus jeune âge dans des moules rigides avec un faux sentiment de liberté. Une critique souriante mais qui vise juste, soulevant des sujets importants et pourtant trop souvent mis de coté par les pouvoirs en place (l’éducation en tête de liste). « On nous ment ! » semble hurler le film.

Coté acteurs, Viggo Mortensen (Loin Des Hommes, Sur La Route, A Dangerous Method…) est génial en idéaliste chevronné mais désabusé, à la tête d’un cortège de têtes blondes duquel se démarquent surtout George Mackay (Pride, Maintenant, C’est Ma Vie…), Samantha Isler (Grey’s Anatomy…) et Nicholas Hamilton, même si Annalise Basso (Alice Au Pays Des Merveilles…) et les très jeunes Shree Crooks et Charlie Shotwell ne reste pas en marge. Autour d’eux, Frank Langella (The Americans, Grace de Monaco…) est émouvant et convaincant dans son personnage à contre-pied.

En conclusion, Captain Fantastic n’est pas un film de super-héros, mais il y a bien un caractère héroïque qui se dégage de ses personnages et la vision utopique de Matt Ross, qui pointe du doigt un système défaillant, voire volontairement aveugle à certaines problématique majeur. Allier tout cela à une dramédie certes engagée mais surtout drôle, agréable et perspicace, ce n’était pas donner. Le défi est relevé haut la main. À voir !

CAPTAIN FANTASTIC

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