[CRITIQUE] Une Vie Entre Deux Océans, de Derek Cianfrance

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Vrai mélodrame assumé, Derek Cianfrance explore de nouveau la théorie de l’effet papillon dans un film hanté par le remord et la culpabilité. Une Vie Entre Deux Océans conjugue émotions avec contemplation, porté par une histoire aussi touchante qu’un peu ronflante. A force d’observer ses personnages à la loupe, Derek Cianfrance aseptise son curseur et ce qui aurait dû être le drame larmoyant de la rentrée se révèle trop fade et distant.

Le pitch : Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

C’est en 2010 que Derek Cianfrance se fait réellement remarquer au Festival de Cannes avec Blue Valentine, son deuxième long-métrage, avant d’atteindre le sommet de la hype avec le surestimé The Place Beyond The Pines, toujours avec Ryan Gosling, en 2012. Le réalisateur semble aimer les histoires d’amour qui marquent ou plutôt hantent plusieurs vies et prend un malin plaisir à observer ses destins s’étioler à travers des décisions aux conséquences désastreuses. Blue Valentine superposait la naissance et la fin d’un couple avec brio et The Place Beyond The Pines exploraient les répercussions des actions des uns sur la vie des autres dans un triptyque. Probablement échaudé par sa dernière tentative de mêler plusieurs fils conducteurs, Derek Cianfrance choisit de se recentrer sur son sujet favori, le couple encore une fois confronté à l’envie de fonder une famille, à travers Une Vie Entre Deux Océans, adapté du roman homonyme de M.L. Stedman.

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Sans avoir lu le livre, j’ai aimé découvrir cette histoire prenante, de la rencontre amoureuse entre les deux personnages principaux jusqu’au lourd secret qu’ils vont partager. Si le film parle d’amour, Derek Cianfrance va surtout s’attarder sur les sentiments opposés qui effleurent chaque personnage, faisant de la solitude et de l’isolement des moyens pour les rapprocher. Une Vie Entre Deux Océans n’a rien de la romance habituelle, tant il est marqué, à chaque étape, par une tristesse latente qui va de plus en plus entraîner ses personnages dans son sillage. Les rares moments de joie et de bonheur sont aussitôt rattrapés par un revers de la médaille cinglant, menant tout droit le film dans le vif du sujet, avec l’arrivée de ce bébé inespéré. Derek Cianfrance propose un récit captivant et parfois poignant, grâce à la performance de ses acteurs, mais le film conserve une certaine distance malheureuse. En effet, Une Vie Entre Deux Océans observe, reste en surface entre deux scènes démonstratives et beaucoup de larmes, tout en manquant parfois d’authenticité. Alors que le film traduit impeccablement les émotions de ses personnages, celles-ci ne parviennent pas à traverser l’écran, créant un ensemble certes bouffé par une culpabilité pesante mais dénaturé par des réactions parfois saugrenues (une mère qui abandonne son enfant aussi facilement, un petit village trop tolérant…). De plus, Derek Cianfrance continue de chercher son style, ce qui se traduit parfois par une mise en scène très contemplative avec des plans qui s’attardent sur les paysages, tandis que les personnages remplissent les coupes temporelles en voiceover. Visuellement, Une Vie Entre Deux Océans est superbe, d’autant plus que les paysages abrupts et désolés collent à l’atmosphère qui se dégage du film, mais on a parfois l’impression d’être devant du Terrence Malick, sauf que cela rend l’approche souvent maladroite, donnant l’impression de survoler les pages d’un livre épais à la hâte.

Au casting : Alicia Vikander (The Danish Girl, Agents Très Spéciaux, Ex Machina…) livre une performance sensible et à fleur de peau, portant le film quasiment sur ses épaules, aux cotés d’un Michael Fassbender (X-Men Apocalypse, Steve Jobs, Macbeth…) un poil trop sobre, qui a déjà prouvé qu’il pouvait donner bien plus. À l’affiche également, Rachel Weisz (Youth, The Lobster…) est superbe mais desservie par un rôle parfois déroutant.

En conclusion, Une Vie Entre Deux Océans se présentait comme le bon mélo de la rentrée, mais Derek Cianfrance livre un drame contemplatif qui se repose sur une trame trop survolée. Alors que l’histoire permet d’observer l’évolution des personnages, le film reste en surface, se nourrissant de la grisaille de l’ensemble dans une démonstration opaque et distante. Dommage. À tester…

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