[CRITIQUE] Don’t Breathe : La Maison des Ténèbres, de Fede Alvarez

dontbreathe

Fede Alvarez et Sam Raimi s’associent de nouveau pour proposer un thriller ambitieux estampillé « film d’horreur ». Don’t Breathe : La Maison des Ténèbres est un huis-clos intriguant, mais qui, à cause d’un suspens trop light et d’une tension trop souvent défaillante, peine à parvenir à bout de son exercice. Le meilleur film d’horreur de ces 20 dernières années, vraiment ?

Le pitch : Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui vit en solitaire et garde chez lui une petite fortune, ils préparent ce qu’ils pensent être leur ultime coup. Mais leur victime va se révéler bien plus effrayante, et surtout bien plus dangereuse que ce à quoi ils s’attendaient…

Fede Alvarez et Sam Raimi (ou plutôt Ghost House Pictures) est un duo qui avait déjà fait parlé de lui en 2013 avec le remake sanglant d’Evil Dead – que, personnellement, j’avais beaucoup aimé. Aujourd’hui, le réalisateur uruguayen revient avec un film plus ou moins original, Don’t Breathe : La Maison des Ténèbres, vendu comme un film d’horreur mais qui s’avère surtout être un thriller vaguement horrifique desservi par une ambition marketing qui le survend un peu trop. Dire que Don’t Breathe (pour faire court) est « le meilleur film d’horreur de ces 20 dernières années » parait plutôt couillu, mais en y regardant de plus prêt : qu’avons-nous vraiment eu ces 20 dernières années (c’est à dire depuis 1996, en pleine vague de Scream ?). Et bien pas grand chose en dehors de films de James Wan (Insidious et Conjuring en tête de liste), de found-footages à l’époque réjouissants ([Rec] et Cloverfield…), du thriller angoissant (It Follows…), mais surtout pas mal de bouses bien nazes (coucou, Paranormal Activity). Bref, autant dire que la barre n’était finalement pas si élevée que ça, ce qui replace Don’t Breathe dans un contexte bien moins affriolant. De plus, alors que je m’attendais vraiment à un film d’horreur, je dois dire que j’ai été déçue de ce coté-là : une fois qu’il est devenu évident qu’aucun démon ni fantôme ni créature étrange ne viendrait jouer les troubles fêtes, il m’a fallu mettre de coté mes attentes pour redécouvrir le film en cours de route.

Sur le papier, Don’t Breathe promet quelques frissons. À travers un groupe de gamins cambrioleurs, Fede Alvarez plonge son film dans un thriller opaque dès le moment où les personnages s’aventure dans la fameuse maison. Entre un silence forcé et une ambiance sinistre, Don’t Breathe maintient en haleine à travers une première partie plutôt dense et parfois suffocante. Le film joue avec nos nerfs, laissant souvent croire que la menace est ailleurs, voire d’origine surnaturelle, avant de lentement resserrer son étau et révéler que la menace est bien ordinaire. Peu à peu, la normalité de la situation laisse place à une approche immersive, rendant l’histoire un peu plus réaliste, ce qui réduit la distance entre le public et le film. Mais Don’t Breathe tricote et étire son fil conducteur pour faire durer une intrigue qui va rapidement manquer de peps. Le jeu du chat et de la souris s’éternise et investit toutes les pièces de la maison lugubre, mais Fede Alvarez aura beau multiplier les rebondissements et osés des écarts un peu glauques, Don’t Breathe m’a perdue en cours de route à cause de ses nombreuses longueurs – puis surtout, d’une surprise en sous-sol qui frôle le WTF.

Le problème, c’est que suspens est trop inégal, quelques pics de tension ont attisé ma curiosité mais se sont avérés finalement bien trop rares pour rendre le film haletant. De plus, derrière la pseudo-originalité du film se cache un clin d’œil vers un autre film, celui de Wes Craven, Le Sous-Sol de la Peur, sorti en 1992 – dont le pitch (et l’affiche) ressemble beaucoup à celui de Don’t Breathe – tandis que le traitement général louche du coté d’un 10 Cloverfield Lane moins maîtrisé et plus adolescent, malgré un contexte approchant.
Innovant ? Mouais, pas vraiment. Vrai film d’horreur ? Arf, non plus. Mais qu’est donc Don’t Breathe ? Un thriller adolescent qui aurait mérité une meilleure maîtrise de son sujet pour en faire un véritable huis-clos oppressant. Fede Alvarez rate le coche et, malgré quelques bonnes surprises et une mise en scène plutôt bien fichue, livre un film un peu décevant, qui explore astucieusement un genre laissé à l’abandon, sans pour autant lui conférer le suspens nécessaire pour réellement créer le climat étouffant et flippant attendu. On est bien loin de la petite pépite qu’était son remake d’Evil Dead. Peut-être que Fede Alvarez s’épanouit mieux dans le gore (ou alors, est-ce moi qui préfère voir des litrons d’hémoglobine toutes les cinq minutes ? Le débat est ouvert).

Au casting, souvent les films dit « d’horreur » viennent avec un cortège d’acteurs dont on se fiche royalement. Ici, le film reposant surtout sur les réactions des personnages, on a le droit avec des acteurs qui valent le détour. Jane Levy (Suburgatory, Evil Dead…) s’en sort bien et évite de tomber dans le cliché de la damoiselle en détresse, même si son personnage semble parfois brouillon. Autour d’elle, Dylan Minnette (Last Days Of Summer, Prisoners…) joue les side-kicks attendrissants tandis que Stephen Lang (Avatar, Salem…) est plutôt convaincant en aveugle ninja.
Un petit clin d’œil au chien, le rottweiler qui s’inspire visiblement de son pote Cujo (la scène de la voiture) !

En conclusion : Don’t Breathe : La Maison des Ténèbres n’est pas un film d’horreur, ne vous laissez pas avoir par l’affiche, ni par l’interdiction au moins de 16 ans (à mon avis c’est surtout le contenu d’un certain bocal qui lui a valu cette interdiction… ahem) ! Fede Alvarez signe un thriller intéressant, inspiré par le cinéma d’horreur et mis au goût du jour. Si le résultat attise la curiosité et s’anime de quelques bonnes surprises, l’ensemble manque cruellement de tension et cumule trop de longueurs pour être véritablement convaincant. À tester.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s