[CRITIQUE] Le Ciel Attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar

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Le pitch : Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un « prince » sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir ?

Le Ciel Attendra est un film que je suis allée avoir avec beaucoup de scepticisme et de curiosité. D’une part, parce que je ne suis pas spécialement fan de la filmographie de ma réalisatrice (Ma Première Fois et sa romance un peu naïve et niaise, Bowling et son regard « beaufisant ») et je n’avais pas du tout aimé Les Héritiers, à cause de ses ficelles usées et de sa ressemblance flagrante avec le film Écrire Pour Exister de Richard LaGravenese (2007) ; d’autre part, parce que j’ai certains doutes sur la légitimité de cette réalisatrice à aborder certains sujets, que ce soit la délinquance ou, ici, la radicalisation islamiste : la décision de se convertir et de partir pour le djihad.

Avec son nouveau film, Marie-Castille Mention-Schaar continue son exploration sociale et s’intéresse cette fois à un sujet très sensible, qu’elle tente d’aborder avec pédagogie. Alors que le triste anniversaire du 13 novembre est à moins d’un mois, Le Ciel Attendra évoque un phénomène qui a grandi dans l’ombre avant d’être révélé par les événements, à savoir l’embrigadement des jeunes, mais surtout des jeunes filles, dans les causes islamistes. Comment aborder ce sujet sans jugement et sans hauteur, ni verser dans la caricature ? Comment présenter ses personnages, loin des cités attendues (ce qui aurait été très malvenu) tout en évitant de remuer certains stéréotypes ou encore d’avoir un parti pris un peu trop « franco-français » ?

Ces questions bouillent en filigrane tout au long du film, alors que Marie-Castille Mention-Schaar dessine ses portraits : d’un coté une famille fissurée et sous le choc à cause de la radicalisation de leur fille aînée, de l’autre, l’enrôlement lent et insidieux d’une autre ado. À travers ces deux points de vue, Le Ciel Attendra observe avec distance l’évolution de ses personnages tout en essayant de décrypter un mode opératoire et d’expliquer la situation à l’entourage ses héroïnes (qui pourrait représenter les spectateurs, finalement).

Malgré sa bonne intention et une approche avec multiples pincettes, un certain malaise se dégage du film
de Marie-Castille Mention-Schaar : celui du mot de trop, de l’expression déplacée… du risque de déraper qui colle à la trame fragile du film, comme une glu toxique qui pourrait tout gâcher. Bien que cela aurait été difficile, je pense qu’il manque tout de même un certain parti pris. À force d’expliquer, le film normalise des situations extrêmes qui, même sans la notion d’islamisation, pourraient s’inscrire dans d’autres sujets graves. Par exemple, une des héroïnes se fait embrigader par une personne via internet et ce genre de méthode est aussi utiliser pour d’autres moyens, or au lieu de parler de vigilance et de protection en amont, le film de Marie-Castille Mention-Schaar s’intéresse à l’après, lorsqu’il est parfois trop tard, et toujours sur la pointe des pieds.

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C’est dommage, car globalement, Le Ciel Attendra est intéressant. J’ai particulièrement apprécié l’approche autour de la famille qui tente de sauver leur fille, car leurs réactions semblaient justes et authentiques, alors que l’histoire parallèle avec l’autre ado était moins attachante, entre sa naïveté du début et son durcissement en cours de route – ce qui s’accentue encore plus lors du petit twist à la fin, qui fait que j’ai eu du mal à m’attacher à ce personnage. Si Marie-Castille Mention-Schaar n’a pas osé traiter son sujet à fond, cela se ressent dans le traitement. Le film tente de faire du mélo tire-larme en misant sur les relations mère-fille, mais l’ensemble a tendance à être noyé par ces intermèdes pédagogiques. Cela donne l’impression d’avoir à faire avec deux œuvres différentes : un documentaire incomplet d’une part et un drame familial bancale de l’autre, tant Marie-Castille Mention-Schaar reste en retrait et l’observation de la confusion de ses personnages. Le Ciel Attendra montre les conséquences sans s’attarder sur leurs états d’esprit. Si le film dit que les victimes sont choisies pour leurs fragilités, aucune des deux ne montre lesdites fêlures annoncées. Du coup, si l’interprétation semble juste, il manque quelque chose au film pour réellement nous embarquer dans son récit.

Au casting : Marie-Castille Mention-Schaar retrouve Noémie Merlant (Les Héritiers, Un Moment d’Égarement…), plus à l’aise dans ce rôle brut et sensible, face à Naomi Amarger (Les Héritiers…), juste mais peu attachante. Autour d’elle, un autre face-à-face que domine largement Sandrine Bonnaire (La Dernière Leçon, Salaud, On t’Aime…), poignante, à une Clotilde Courau (L’Ombre Des Femmes, Babysitting…) bien fade. À l’affiche également, Zinedine Soualem (Je Suis À Vous Tout De Suite…) et Yvan Attal (Ils Sont Partout…) en pères effacés.

En conclusion, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, j’en avais un peu peur à vrai dire de ce film. Mais à cause d’un sujet encore trop lourd et d’une prise de pincettes trop grandes, Le Ciel Attendra manque de point de vue et ne fait qu’observer une ronde émotionnelle, souvent saisissante mais desservie par une ambition mal assurée. À tenter.

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