[CRITIQUE] La Fille du Train, de Tate Taylor

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Troublant et haletant, La Fille du Train scrute les faux-semblants et les secrets de ses personnages dans un thriller plutôt bien ficelé. Emily Blunt est parfaite dans un rôle à fleur de peau, agissant comme le reflet vivant de nos propres angoisses, tandis que Tate Taylor nous mène par le bout du nez, jouant avec les apparences et l’accessibilité palpable de ses personnages. La Fille du Train intrigue et fascine parfois, tant la fiction est renforcée par une réalité dérangeante, traversé par des sujets tabous (l’alcoolisme, la violence conjugale…).

Le pitch : Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get On Up…) change à nouveau de registre (quoique…) avec l’adaptation du best-seller de Paula Hawkins, La Fille du Train, sorti en 2015. À première vue, difficile de ne pas penser au film Gone Girl de David Fincher (2014), lui-même adapté d’un roman à succès, qui, avouons-le, a probablement ouvert certaines portes aussi bien pour le succès du livre que le film en lui-même. Si cela se ressent dans l’adaptation, notamment au niveau de la mise en scène et de la photographie, le film de Tate Taylor prend heureusement de grandes distances avec une certaine Amazing Amy pour développer sa propre histoire et prendre aux tripes.

L’un des points forts de La Fille du Train, c’est son contexte et l’authenticité très ordinaire de ses personnages : si certains d’entre nous ne prennent pas les transports en commun, il est certain que nous avons tous des moments d’évasion où on se surprend à rêver la vie des autres et à s’imaginer que l’herbe est plus verte chez le voisin. Le jeu des apparences est un jeu pervers et Tate Taylor nous le fait comprendre avec la présentation de son personnage principal, incarné par la talentueuse Emily Blunt, dont le masque se fissure dès les premières minutes, révélant une femme aux abois et rongée par l’alcool.
Le film tisse le destin de trois femmes, chacune écrasée par leurs secrets ou leurs rêves devenus cauchemar : alors que l’une ressasse son ancienne vie et ses erreurs passées, l’autre tente d’oublier un terrible secret tandis que la dernière voit sa vie parfaite lentement se désagréger. Leurs parcours vont rapidement se croiser lorsque l’une d’entre elles va disparaître et, petit à petit, le film va dévoiler sa véritable intrigue, déverrouillant secrets et mystères les uns après les autres.
La Fille du Train est un thriller captivant et réussi : alors que je pensais souvent l’avoir cerné, un rebondissement venait éliminer mes hypothèses, du coup je me suis laissée porter par le récit qui, au-delà de son aboutissement, aborde également des sujets sensibles, notamment à travers l’alcoolisme de son héroïne mais aussi, au fur et à mesure, de sujets bien plus graves qui poussent ou ont poussés les protagonistes à s’enliser dans leurs apparences… jusqu’à perdre leurs propres identités.

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Une chose qui saute aux yeux quand on découvre le film, c’est sa volonté de narrer une histoire de femmes. Chaque personnage féminin possède une personnalité particulière, que ce soit parmi les trois héroïnes ou parmi les personnages secondaires, comme si La Fille du Train voulait présenter un échantillon de femmes d’aujourd’hui, aussi ordinaires soient-elles. S’ajoutent à cela les sujets sensibles qui envahissent le thriller, de l’alcoolisme féminin à la violence faite aux femmes, qui sont des thématiques parfois taboues, souvent passées sous le silence, mais qui existent bel et bien dans nos sociétés modernes, bien cachées derrière un sourire ou la réussite sociale.
En effet, le film garde un pied dans une réalité très présente, venant finalement faire écho à nos propres angoisses, ce qui crée une empathie immédiate pour ses personnages. Qui ne s’est jamais dit que le voisin avait la belle vie ? On a tendance à embellir la vie des autres, qu’ils soient proches ou des inconnus, surtout en période de doutes et La Fille Du Train fait appel à ces sentiments confus qui brident la façon dont on peut voir les choses. Du coup, à chaque nouveau twist, le film de Tate Taylor prouve qu’il nous a eu, à cause de (ou grâce à) nos a-priori personnels, tandis que l’histoire écrite par Paula Hawkins met le doigt sur une détresse invisible… quand on est trop occupés à regarder ailleurs.
La seule déception que j’ai sur ce film, c’est au niveau de la pseudo enquête policière qui m’a semblé plutôt bâclée : une fois le film terminé, il est évident que si la police avait bien fait son boulot, l’histoire aurait été bouclée bien plus vite. Alors certes, on gagne un thriller réussi, mais qui laisse un arrière-gout de peut-mieux-faire.

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Au casting : malgré son personnage brisé, Emily Blunt (Le Chasseur et la Reine des Glaces, Sicario, Into The Woods…) illumine le film avec une performance remarquable et a su cerner la fragilité de son personnage sans en faire des caisses. À ses cotés, Haley Bennett (Les Sept Mercenaires, Equalizer…) est une (re)découverte intéressante à travers un personnage surprenant et Rebecca Ferguson (Mission Impossible : Rogue Nation, Hercule…) fait peut-être l’effet d’être la cinquième roue du carrosse au début du film mais prend de l’ampleur en cours de route.
Autour d’elles, on retrouve quelques hommes, dont Justin Theroux (Zoolander 2, The Leftovers…) et Luke Evans (High Rise, Dracula Untold…), tout deux impeccables, ainsi qu’Édgar Ramírez (Joy, Délivre-Nous Du Mal…), un peu en retrait mais convaincant. Laura Prepon (Orange Is The New Black…) et Allison Janney (Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, Mom…) sont également à l’affiche.

En conclusion, malgré ses quelques faiblesses au moment du dénouement final, La Fille Du Train est un thriller efficace, nourri par une trame aux allures de polar poisseux et venant dépiauter les sombres secrets de personnages accessibles. En plus de son histoire, le film de Tate Taylor ose aborder des sujets tabous qui, non seulement renforce le récit, mais mettent également en lumière des sujets peu abordés en général. À voir !

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