[COUP DE CŒUR] Mademoiselle, de Park Chan-Wook

mademoiselle
Entre manigances et explorations du plaisir sous toutes ses formes, le nouveau film de Park Chan-Wook est une œuvre à la fois poétique que fascinante, cristallisant le pouvoir patriarcal asiatique issu des traditions, dans un jeu de dupes aussi diabolique que sensuel. Visuellement, Mademoiselle est d’une beauté époustouflante où la direction artistique et le sens esthétique aigu du réalisateur font toujours mouche, sublimant un casting impérial et une intrigue aussi captivante que perverse. Evidemment, j’ai adoré.
Le pitch : Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Park Chan-Wook c’est le réalisateur qui m’a donné ce coup de coeur incroyable en 2013 avec son premier film américain, Stoker, qui m’avait enthousiasmée et profondément touchée. Bien que ce film ait reçu un accueil controversé de la part des aficionados du réalisateur coréen, sa filmographie a toutefois tendance à mettre tout le monde d’accord, de sa trilogie de la Vengeance à Thirst, en passant par l’incontournable Old Boy.

Se plonger dans le cinéma coréen, quand on a pas l’habitude (comme moi), c’est oublier les repères narratif européens et/ou anglo-saxon. Les films de Park Chan-Wook sont inspirés par la culture asiatique, découlant de l’histoire de son pays et/ou des pays voisins, et ses sujets mêlant toujours sexe, violence et émotions puissantes (amour, colère, désespoir…) sont approchés d’une façon différente, parfois même un peu malsaines. Ajoutons à cela que le film Mademoiselle, adapté du roman Du Bout Des Doigts de Sarah Waters sorti en 2002, est en coréen ET en japonais (les sous-titres sont d’une couleur différente, mais clairement j’ai oublié le code couleur au bout de deux minutes), mais cela ne doit pas être une barrière pour vous lancer : Mademoiselle est un film fantastique et d’une beauté quasi-onirique, qui va vous emmener dans un thriller stupéfiant, machiavélique et jubilatoire.

mademoiselle3Avec Mademoiselle, le réalisateur prend faussement une trajectoire plus sage en tissant un triptyque ancré dans l’Histoire, sur fond de guerre, de traditions parfois cruelles et de différences sociales. Le film débute avec un but simple : un homme souhaite mettre la main sur la fortune d’une jeune héritière recluse dans sa propre demeure, sous le joug d’un ongle strict, et parvient à faire embaucher une jeune femme complice en tant que dame de compagnie, qui devra pousser l’héritière à tomber amoureuse de son prétendant.
Park Chan-Wook met en place une intrigue complexe qui installe un contexte singulier autour de ses deux héroïnes : l’une, japonaise, belle comme ce n’est pas permis, riche et aussi innocente qu’un nouveau né ; l’autre, coréenne, pauvre, rusée mais fragilisée par un manque d’éducation flagrant. D’abord contraintes à cohabiter, la relation entre les deux jeunes femmes va peut à peu déboucher vers des sentiments inattendus qui vont non seulement changer toute l’intrigue mais donner un véritable coup de fouet à un film dont apparences convenues vont soudainement prendre un nouvel aspect.
En effet, si vous pensiez que Park Chan-Wook allait simplement livrer une histoire saphique, vaguement érotique, tel un Brian De Palma peu inspiré (Passion), détrompez-vous ! Découpé par chapitre, Mademoiselle va prendre un virage étonnant qui va venir bousculer une intrigue confortable et nos a-prioris fondés sur les personnages du film. Démarre alors un jeu de dupes incroyable, à la fois malsain, déroutant et amusant, tandis que le réalisateur explore la psychologie de ses personnages en les étouffant dans un érotisme parfois pervers et hautement déconcertant. De traditions en fantasmes, le film s’inspire des fameuses estampes japonaises érotiques et de leur approche bien particulière de la sexualité, pour construire une trame retorse, tissant un piège sinueux aux détours diaboliquement bien pensés. Si, après coup, on pourrait se dire qu’il y avait vraiment plus simple pour que les personnages arrivent à leur but, on ne peut nier que le scénario est bien ficelé, puisqu’il conserve un équilibre maîtrisé restant toujours sur un point de vue esthétique et sensuel, sans jamais sombrer dans la vulgarité lubrique et facile.
mademoiselle2

Car oui, si les personnages du film jouent continuellement au chat et à la souris, c’est aussi le spectateur qui est pris au piège par Park Chan-Wook. Mademoiselle se nourrit de la richesse de la culture asiatique pour tisser un thriller captivant, qui maintient en haleine grâce à l’écriture fantastique du scénario mais aussi grâce à une réalisation parfaite. Le film est sublimé par une imagerie et une photographie d’une beauté à couper le souffle, chaque tableau fait l’effet d’une oeuvre d’art et mon regard s’est plusieurs fois perdu dans les moindres recoins de l’écran pour apprécier ce que je voyais. Park Chan-Wook s’amuse avec ses décors et dirige ses acteurs d’une main de maître, pour mieux susciter le trouble au fur et à mesure que le film avance.

Au casting, la sublime Kim Min-hee (Un Jour Avec, Un Jour Sans, Very Ordinary Couple…) et la jeune Kim Tae-ri forment un excellent duo complémentaire et fascinant, subjuguant une trame dominé par des volontés masculines. Autour d’elles, Ha Jeong-woo (The Agent…) et Jo Jin-woong (Hard Day…) incarnent ces fameuses figures masculines, tandis que Sori Moon (Hill Of Freedom…) livre une performance troublante grâce à un personnage que l’on voit peu mais qui est très touchant.

En conclusion, Mademoiselle est, sans hésitation, l’un des meilleurs et l’un des plus beaux films de l’année. Park Chan-wook signe un thriller aussi fascinant que jubilatoire, niché au coeur d’une culture aussi riche que parfois cruelle et absurde, que j’ai pris plaisir à découvrir à travers une véritable œuvre d’art. À voir absolument !

mademoiselle5
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s