[CRITIQUE] Réparer Les Vivants, de Katell Quillévéré

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Le pitch : Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

3 ans après le succès de Suzanne dès sa présentation en sélection officielle du Festival de Cannes 2013, la réalisatrice Katell Quillévéré revient avec un nouveau film : Réparer Les Vivants, adapté du livre du même nom écrit par Maylis de Kerangal. Sur fond de drame social et humain, le film est l’histoire d’un cœur : celui encore battant d’un adolescent en mort cérébral, celui qui est brisé et logés dans le coeur de parents en détresse, celui qui est malade, en attente d’une éventuelle relève… Katell Quillévéré ose un message engagé sur le don d’organe à travers ses personnages qui se télescopent involontairement, par accident ou par nécessité. Solide et émouvant, creusant des émotions profondes qui touchent en plein coeur dès le début du film, Réparer Les Vivants finit pourtant par muer en cours de route dans une seconde partie moins réussie, hantée par des personnages intéressants et agaçants.

En voulant réaliser un film choral, surfant sur une galerie importante de personnages, Katell Quillévéré s’éparpille dans son récit qui oscille trop souvent entre le drame humain et l’ambition visible de rendre hommage au corps médical qui intervient dans des moments douloureux et aux donneurs en général. Alors que le changement de point de vue est souvent plus facile à amorcer dans un livre (avec un simple changement de chapitre ou de titre de chapitre), dans un film c’est plus compliqué, surtout quand les sujets ne sont pas équilibrés. En effet, Réparer Les Vivants démarre dans le vif du sujet, en abordant directement la mort et le deuil de façon frontale, s’étalant sur une première partie plutôt douloureuse et poignante, avant de délicatement amener l’autre sujet sensible : celui du don d’organes. Mais là où le film rate son virage, c’est en intégrant l’autre partie de ses personnages, changeant radicalement de ton et annulant le coté accessible du film. Une question m’a taraudé l’esprit pendant une bonne partie du film : est-ce possible, quand on vient tout juste de s’inscrire sur la liste des demandeurs, de recevoir un organe aussi vite ? Ce coté très commode déstabilisé et décrédibilise partiellement le film qui avait, jusque là, une approche très délicate et sincère. De plus, si on s’attache rapidement au drame que vivent les personnages dans la première partie du film, ceux qui arrivent par la suite sont survolés à la va-vite et présentent une malade un peu trop capricieuse et geignarde pour être attachante.

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Au final, Réparer Les Vivants se résume à un exercice de style maladroit, qui finit par se raccrocher à du pathos, léger certes mais trop présent, alors que l’histoire, dans son ensemble, tenait déjà la route. Si Katell Quillévéré réussit à raconter une histoire convaincante, la réalisatrice a néanmoins des difficultés à proposer un traitement fluide, livrant un récit confus, oscillant d’un point de vue à l’autre et opposant des émotions qui ont bien du mal à cohabiter ensemble. Pour moi, soit il fallait rester du coté humain et poignant, à travers les personnages en deuil et les malades, soit il fallait se focaliser sur le coté médical et admiratif en mettant en avant le travail des infirmiers, médecins, chirurgiens et autres personnages intervenant dans le process du don d’organe. En effet, dans le premier choix, pourtant marqué par la mort, il y a une vraie ode à la vie qui se dégage de cette partie du film, entre l’acceptation des parents, les flashbacks autour de la vie de leurs fils et surtout cette introduction avec des prises de vues superbes sous l’eau. Il y a de véritables sentiments qui se dégagent de cette partie, comme une célébration de la vie d’une personne et non l’apitoiement autour de son décès, ce qui facilite la transition faire le sujet de fond du fil (le don d’organe, pour ceux qui ne suivent pas :D) et empêche de faire sombrer le film vers le dépressif. Mais la façon dont Katell Quillévéré choisit de poursuivre son récit à travers l’hommage au corps médical et le parcours d’une patiente, durant la seconde partie, retire finalement une partie de ce symbolisme autour de la vie pour devenir très terre-à-terre. En cherchant à retrouver l’émotion du début du film, c’est là que l’on retrouve cet impression d’apitoiement constant autour du personnage d’Anne Dorval, qui irrite plus qu’autre chose.

Au casting : Emmanuelle Seigner (La Vénus À La Fourrure, Dans La Maison…), Kool Shen (Abus de Faiblesse, Paris…) et Tahar Rahim (Les Anarchistes, Samba…) dominent un ensemble convaincant et accessible grâce à une première partie du film centrée sur le drame humain et l’émotion liée à la perte injuste d’un enfant. Mais dans la seconde partie, Anne Dorval, une actrice fétiche de Xavier Dolan (Mommy, Laurence Anyways, J’ai Tué Ma Mère…), change la donne en incarnant un personnage agaçant et mièvre, entourée par des personnages transparents ou inintéressants qui se succèdent pour tirer la larme au spectateur, portés, entre autres, par Alice Taglioni (Premiers Crus, Sous Les Jupes Des Filles…), Finnegan Oldfield (Nocturama, Bang Gang…) ou encore Theo Cholbi (Marguerite, The Smell Of Us…).

En conclusion, à défaut de susciter un véritable engouement positif pour le film, je ne peux qu’apprécier Réparer Les Vivants pour le message nécessaire qu’il propose, mais j’en garde un souvenir plutôt terne et larmoyant. À force de trop faire de mélo avec un sujet déjà pas joyeux, Katell Quillévéré livre un film à la grisaille communicative. L’enfer est pavé de bonnes intentions, parait-il. À éviter (surtout si vous avez déjà le moral en berne).

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