[CRITIQUE] Iris, de Jalil Lespert

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Truffé de twists et fleurant bon l’entourloupe, Iris captive grâce à son univers sophistiqué au visuel séduisant. Jalil Lespert tisse un thriller sensuel qui s’effeuille lentement sous nos yeux avant de révéler un trognon bien maigre : une fois le mystère levé, il ne reste qu’un trio de personnages en demi-teintes et une intrigue cousue de fil blanc, voire inintéressante et bancale. Dommage, car Charlotte Le Bon est magnifique.

Le pitch : Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

Pour son nouveau film, Jalil Lespert (Yves Saint Laurent, Des Vents Contraires…) s’essaie au thriller psychologique et un chouilla érotique. On pourrait dire qu’Iris est une sorte de Gone Girl à la française, car derrière la disparition de cette Iris, Jalil Lespert sonde les apparences de couples heureux, séparés ou secrets et dans des tableaux mêlant réussite sociale, pendant populiste et trahisons en tous genres. Le film étend ses ficelles et explore ses personnages, jouant la carte du drame social et conjugal en opposant les riches et les pauvres aux problèmes similaires. La part d’ombre des personnages prend le dessus et crée une avidité permanente et palpable qui donne envie d’en savoir plus.

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Pourtant, au fur et à mesure que le film avance, Iris en fait trop. Après avoir teasé les relations de couples sous toutes les coutures possibles, Jalil Lespert tente de maintenir une certaine tension en misant sur un va-tout certes aguicheur mais finalement transparent : Iris verse dans l’érotisme noir, sur fond de pratiques SM et déhanchés langoureux, comme si le fait de présenter ses personnages comme des déviants sexuels justifiaient leurs actes (ou les rendaient plus moches, donc plus coupables ?). On tente d’exciter le doux voyeur qui sommeille en chaque spectateur, le nourrissant d’images sexy et surfant sur la limite du sado-masochisme soft et bien pensant pour choquer un peu… tout cela pour noyer un poisson en apnée.
Le problème d’Iris est multiple : on sait déjà dès le départ que la disparition de la jeune femme est louche ; dès lors, la liste des suspects (dû à un casting tout petit) se réduit très rapidement. Jalil Lespert aura beau combler les creux, quitte à créer des pistes et autres intrigues parallèles qui vont s’avérer inutiles au final (le couple de flic, la femme du personnage de Romain Duris…) pour étoffer sa parabole faiblarde sur les relations de couples, ce ne sont que des stratagèmes qui occupent un instant mais ne tiennent finalement pas debout une fois le film terminé. En effet, une fois arrivé à la fin, Iris soulève bien plus de questions qu’il n’y répond, mettant ainsi à mal la crédibilité d’une trame déjà fragile. Une fois les vraies circonstances de la disparition d’Iris dévoilées, toute l’histoire s’effondre, laissant des personnages vides s’observer comme des ronds de flan et s’agiter désespérément pour créer du vent.

C’est d’autant plus dommage car Iris est un film audacieux, mixant des codes qui font les beaux jours du (bon) cinéma français : un peu de drame, de social et beaucoup de noirceur… Jalil Lespert a conservé des restes de son passage sur Yves Saint Laurent, en posant un décor classieux et léché, hantant les beaux quartiers et les étoffes de luxe. Iris attire le regard,  surtout quand le film aborde son chapitre sensuel habité par une Charlotte Le Bon renversante. Mais c’est probablement l’unique bon point du film, car si Iris est beau et plutôt entêtant, cela ne suffit pas à faire oublier son scénario faiblard et bancal.

Au casting justement, alors oui Charlotte Le Bon (Libre et Assoupi, Les Recettes du Bonheur, The Walk…) est superbe, mais comme ses compagnons d’affiche, son personnage est creux et ne semble posséder que deux facettes : pleurer ou se déhancher. Ses deux acolytes ne sont pas en reste : alors que j’ai toujours eu du mal à voir de l’intérêt en Romain Duris (Un Petit Boulot, Une Nouvelle Amie…), le voir ainsi grimé en caricature du garagiste rustre n’a pas aidé, tandis que Jalil Lespert (De Guerre Lasse, Yves Saint Laurent…), malgré sa versatilité et sa double casquette sur le film, a bien du mal à se dérider. À leurs cotés, Camille Cottin (Connasse, Toute Première Fois, Nos Futurs…) cache son petit bidon (de femme enceinte) tant bien que mal et joue au petit couple de flics désabusés et sans intérêt avec Adel Bencherif (La Chute de Londres, Spectre…).

En conclusion, malgré son audace et une direction artistique soignée, Iris s’éparpille entre une ambition captivante et une réalisation truffée de facilités et de twists de plus en plus décevants. Jalil Lespert étire un thriller qui se veut psycho(socio)logique et attire le chaland avec une sous-intrigue érotique pour le titiller… mais une fois la bave essuyée et le mystère levé, Iris se révèle être une coquille bien vide à la surface trop lisse. A tester, tout de même.

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