[CRITIQUE] Arès, de Jean-Patrick Benes

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Un film de science-fiction français, forcément ça attire l’œil. Avec Arès, Jean-Patrick Benes crée la surprise en nous plongeant dans un univers sombre, violent et joliment maîtrisé, réussissant à tirer parti de ses limites (de moyens) en livrant un film crédible, un peu bourrin mais contrebalancé par des personnages inattendus et humains. À travers une virée dans un futur proche et pas si fictif que ça, Arès est un thriller d’action brut et efficace, au caractère engagé, voire même dénonciateur, mêlant la fiction à une réalité mordante et captivante. Très bonne surprise !

Le pitch : Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa soeur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en oeuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Entre le pitch et le fait qu’Ola Rapace ait le premier rôle, difficile de ne pas penser à la série d’Olivier Marshall, Section Zéro, récemment proposée sur Canal+. Cependant, là où Olivier Marshall s’est un peu planté, Jean-Patrick Benes (Vilaine, Kaboul Kitchen…) s’impose avec un film de genres solide, attrayant et habité par des personnages atypiques qui sortent des sentiers battus ou se jouent de leurs propres clichés.

Arès évolue dans un futur proche, dans un univers où la France a chuté et où l’homme peut volontairement monnayer son corps pour servir de cobaye à des multinationales qui contrôlent le pays, alors que les drogues circulent librement. Jean-Patrick Benes pose un décor sombre, marqué par la pauvreté et le ton à la fois enragé et défaitiste d’un peuple abandonné et livré à lui-même. Le film mélange les genres et joue avec le contraste entre l’ambiance noire et poisseuse des rues mal fagotées d’une Paris déchue, et les héros qui, malgré un univers tendu par la violence des combats et l’approche de la révolution, crée une dimension humaine et attachante.ares4Arès m’a rappelé les premiers films de Jan Kounen et Mathieu Kassovitz (de Dobermann à La Haine) avec son traitement non édulcoré : Arès ne craint pas les éclaboussures de sang ni la violence explicite qui rendent le film très brutal, puisant son style dans le visuel choquant et réaliste des combats, plutôt que de miser sur l’exercice de style chorégraphié et aseptisé. Le film prend aux tripes et nous happe dans un univers étouffant, dangereux et tendu, qui captive et maintient en haleine de bout en bout. Jean-Patrick Benes peint un tableau très terne, suivant le parcours de survivants, certains résignés, d’autres prêts à en découdre. L’ensemble est solide, conquérant et bien ficelé, si bien que l’histoire est tout à fait crédible et j’ai rapidement accroché à l’intrigue. En parallèle, le film de Jean-Patrick Benes se repose beaucoup sur ses personnages, de son (anti) héros bourru qui sacrifie sa santé pour protéger sa famille, aux alliés atypiques qu’il rencontre sur son chemin. Arès brise les stéréotypes et évite les pièges caricaturaux, donnant notamment à ses personnages féminins une réelle valeur ajoutée à l’histoire. En effet, j’ai apprécié que les personnages féminins ne soient pas de simples cruches sexualisées, bien au contraire Arès est une question de pouvoir et même si la séduction en est un, le film ne perd jamais de vue ses enjeux et évite les pièges faciles qui lui tendent les bras.

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Quelque part entre le thriller et l’action, Jean-Patrick Benes dénonce la manipulation des médias et des sociétés qui brassent de l’argent aux détriments des victimes qu’ils accumulent en cachette, tout en ajoutant beaucoup du réalisme aussi prenant qu’inquiétant à la fiction. D’ailleurs, les scènes urbaines montrant sa population dormant dehors et sous des tentes sont de vraies images filmées en Ukraine et insérées dans les décors d’une Paris futuriste. Une touche alarmante qui rend le film concret, visuellement. Là où un film Hollywoodien aurait misé sur des effets spéciaux à gogo, Jean-Patrick Benes assume le caractère frenchy de son film et ses moyens limités pour les mettre en cohérence avec son propos à travers une mise en scène dépouillée. Du coup, Arès ne fait pas dans l’à-peu-près et devient plus convaincant, aussi bien au niveau des décors que dans l’écriture. Au final, le film dresse un constat assez sombre et pourtant bien vu et plausible, autour des dérives du capitalisme aveugle qui pourrait bien causer la fin de l’humanité et non des êtres humains (nuance importante). Même dans sa conclusion, Arès laisse des indices intéressants… peut-être pour une suite, qui sait ?

Au casting, Ola Rapace (Section Zéro, Skyfall, Wallander…) est très bon dans ce rôle d’ours au caractère tendre, rappelant le type d’anti-héros qu’on aime d’emblée (et un peu Matthias Schoenaerts dans De Rouille et D’Os aussi, l’accent peut-être ?). À ses cotés, Ruth Vega Fernandez (The Circle…) et Hélène Filières (Les Salauds, Une Histoire d’Amour…) jouent les femmes de poigne, Eva Lallier (L’Hermine…) et Elina Solomon adoucissent l’ensemble, tandis que Micha Lescot (Nos Futurs, Saint Laurent…) est détonnant dans son rôle (avec un petit coté Rayon de Dallas Buyers Club). Thierry Hancisse (La Dame Dans l’Auto…) et Louis-Do de Lencquesaing (La Danseuse…) sont également à l’affiche.

En conclusion, Jean-Patrick Benes ose le thriller d’action SF et réussit son essai avec brio. Percutant, violent et lucide, Arès est une très bonne surprise prouvant que le cinéma de genres et ambitieux est toujours possible en France, à condition de ne pas essayer de faire du Hollywood. À voir absolument, ne serait-ce que pour avoir plus d’audace dans les films français au lieu du flot continu de comédies populaires et bêtifiantes !

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