[CRITIQUE] Rupture Pour Tous, d’Eric Capitaine

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Aux États-Unis, ils ont Hitch, l’expert en séduction. En France, nous avons Mathias, l’expert en rupture amoureuse. Rupture Pour Tous vise la comédie romantique à contre-emploi, clamant que l’amour est mort avec second degré et ironie. Pourtant, le film d’Eric Capitaine se prend rapidement les pieds dans le tapis : misant trop sur son emballage sucré, Rupture Pour Tous reste en surface et n’explore pas son concept jusqu’au bout, livrant un film plein de bonnes volontés, certes, mais trop apprêté et mignonnet pour réellement fonctionner. Entre cabotinage des acteurs et artifices scéniques, Rupture Pour Tous se révèle propret mais anecdotique.

Le pitch : Mathias Lonisse, créateur de la société Love is dead, est un artisan de la séparation amoureuse. Il est mandaté pour rompre à la place de celles et ceux qui pour une raison ou une autre préfèrent s’éviter cette tâche bien souvent pénible et délicate. Mathias assume parfaitement son métier, et effectue chaque mission avec un grand sens du professionnalisme, jusqu’au jour où maman décide de quitter papa…

Pour son premier film, Eric Capitaine adapte son premier court-métrage Love Is Dead, qu’il a développé en 2008. L’idée est attrayante et accessible, car nous avons tous ou presque déjà connu une rupture (volontairement ou non) et le fait de lever le tabou sur ce moment un peu stigmatisé au cinéma est intéressant. Seulement, le passage du court-métrage au long n’est jamais une chose aisée (comme l’a prouvé le récent Dans Le Noir, dans un autre style). L’erreur du réalisateur, généralement, c’est qu’il choisit d’étirer sa trame d’origine et de combler le manque à gagner en multipliant les sous-intrigues ou personnages secondaires qui n’apportent rien à la choucroute, histoire de faire passer le temps, au lieu de développer ses personnages qui ont forcément été survolés pour le court-métrage. Rupture Pour Tous n’échappe pas à ce problème : une fois les bases posées, le film navigue à vue sur son sujet et s’encombre de twists et autres gags inintéressants pour faire tenir le spectateur jusqu’à sa conclusion ultra-prévisible. Malheureusement, si le film opte pour une tonalité pétillante et moderne pour égayer sa trame face à un concept aussi sarcastique, il ne parvient jamais à étoffer ses personnages.

D’où vient Mathias, le héros, et pourquoi a-t-il créé ce concept alors que la seule peine de cœur qu’il semble avoir connue, mentionnée au début du film, remonte à l’école primaire ? Est-il un fataliste ? un misogyne ? ou simplement un cœur brisé qui prend plaisir à écrabouiller les amours mourantes des autres ? Difficile de comprendre ce personnage principal qu’Eric Capitaine présente comme un anti-prince charmant des temps modernes, à la fois séducteur, verbeux et original, aiguisant notre curiosité pour le rendre attachant (et non antipathique). Rupture Pour Tous est tellement focalisé sur son concept de rupture par contrat, qu’on passe finalement à coté de ces personnages qui se côtoient dans le film, vivotant autour de la mission du héros de devoir séparer ses parents et des romances palottes qui se succèdent sans intérêt. En y regardant de plus prêt – par ennui, plus que par intérêt, je suis également restée sceptique sur le fonctionnement réaliste de ses ruptures par contrat…rupturepourtous1Alors oui, c’est mignon : Eric Capitaine soigne sa mise en scène et insiste sur des runnings gags liés à son concept jusqu’à pousser les limites du ridicule (la manif sous-Femen pour pouvoir cocher la case « fille à poil » dans le scénario, probablement, le pote lourdaud qui drague tout ce qui bouge…). Mais à force de vouloir bien faire, le film en fait trop. L’ensemble est si théâtral et apprêté, les décors et costumes jusqu’aux échanges entre les personnages à travers des dialogues sont bien trop travaillés, que le film perd tout son naturel et devient peu à peu étouffant, en frôlant l’overdose de bonhomie toute gentille et sucrée. Le diabète n’est pas loin !

Au casting, le problème principal ne vient pas des acteurs en eux-mêmes (enfin, pas toujours) mais leurs personnages tous logés à la même enseigne, entre exagération et cliché. Benjamin Lavernhe (L’Affaire SK1, Comme Un Avion…) et Elisa Ruschke (Arrête Ou Je Continue…) n’échappent pas à la règle, bien que si le héros du film s’en sort de justesse, sa partenaire de jeu – son personnage plutôt – est d’une niaiserie profondément agaçante. Autour d’eux vivotent Aïssa Maïga (Bienvenue à Marly-Gomont…) dont le rôle est expédié à la hâte, Brigitte Roüan (Les Combattants…) s’enlise dans un personnage caricatural, tandis que Camille Chamoux (Les Gazelles…), Jérôme Niel (Studio Bagel…), Antoine Gouy (A Love You…) et Sam Karmann (Des Lendemains Qui Chantent…) interviennent aléatoirement pour combler une trame bien creuse.

En conclusion, Rupture Pour Tous manque de naturel et n’arrive pas à trouver le juste équilibre entre l’humour, la romance et le coté satirique de son propos. Passer du court-métrage au long n’est jamais un exercice facile et pour son premier film, Eric Capitaine est tombé dans tous les pièges, notamment en étirant son histoire jusqu’à atteindre les 90 minutes, au lieu de la développer. Pénible. À éviter.

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