[CRITIQUE] Maman A Tort, de Marc Fitoussi

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Le pitch : Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin. Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Tristement boudé par le public, j’ai bien eu du mal à trouver une salle parisienne qui diffusait encore le film de Marc Fitoussi (Pauline Détective, La Ritournelle…) une semaine après sa sortie. Et c’est bien dommage, parce que même si Maman A Tort reste en surface, il a tout de même des choses à dire.

Certes, le concept est prévisible : le monde du travail vu par le regard d’une adolescente de 14 ans va forcément faire remonter certains clichés et autres injustices du monde des adultes. Et pourtant, ces clichés, pas si éloignés de la vérité, pointent du doigt les aléas d’un quotidien avec lesquels nous faisons tous, plus ou moins, mauvaises fortunes-bon cœur. À travers un contexte aussi particulier que classique, Marc Fitoussi confronte deux facettes de la classe moyenne : celle du haut de la pile, qui se trouve du « bon » coté de la barrière et exécute les ordres, face à celle en bas du panier qui en subit les conséquences de plein fouet. Derrière une dramédie sociale un peu fluette, Maman A Tort tente de dénoncer le monde sans scrupule des assurances et un système qui défavorise trop souvent les plus démunis, tout en cherche un peu d’humanité dans un univers un peu gris mais final empli d’exécutants.

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Cependant, là où Marc Fitoussi se rate, c’est parce qu’il ne gratte pas suffisamment le vernis. Au-delà de dresser quelques portraits caricaturaux grâce à une poignée de personnage secondaires, de miser sur une relation mère-fille attendrissante et d’enfoncer des portes ouvertes, Maman A Tort ne va pas jamais plus loin. Pourtant, le choix du cadre (une entreprise dans les assurances, quoi de plus administratif et corporate) permettait d’approfondir ces personnages, en balayant les classiques que l’on rencontre souvent en entreprise. Mais le film ose à peine le sarcasme et ne semble pas réussir à se décider entre le cliché et l’humanité de certains.

De même, alors que le film effiloche une relation mère-fille on-ne-peut-plus basique, le véritable fil conducteur s’émousse rapidement malgré la volonté de la jeune héroïne à vouloir faire éclater la vérité. Si Maman A Tort dénonce la pression morale subie au travail, il passe à coté des résignés, désabusés et autres indifférents, tout en reportant la faute sur un monstre capitaliste invisible, sans nom et sans visage, qui tire les ficelles pour mieux se remplir les poches : l’Entreprise (avec un grand E). Les victimes apparaissent et disparaissent sans laisser de trace, tandis que le film évolue sans véritable but, puisqu’il n’aboutit sur aucune réalisation, que ce soit du coté de l’adolescente ou de la mère. Quel était l’intérêt, finalement ?

Au casting, Jeanne Jestin s’interroge aux cotés d’une Emilie Dequenne (Pas Son Genre, Möbius, La Traversée…) trop rare sur grand écran. Autour d’elle, Nelly Antignac (Pauline Détective, Dans La Tourmente…) épaule une Camille Chamoux (Rupture Pour Tous, Les Gazelles…) discrète mais impeccable dans son rôle, tandis qu’Anne Grégorio (Les Visiteurs : La Révolution…) incarne parfaitement ce personnage chaleureux et maternel qu’on retrouve toujours en entreprise. Avec une participation amicale, Sabrina Ouazani (L’Outsider, Pattaya…) et Grégoire Ludig (La Folle Histoire de Max et Léon…) sont également présents, aussi anecdotiques l’un que l’autre.

En conclusion, à défaut de creuser son sujet ou même de l’animer d’une pointe d’espièglerie, Maman A Tort propose un constat un peu fade sur une réalité sans surprise. Les grands patrons sont méchants, les adultes ne font finalement pas ce qu’ils veulent… en effet, rien de nouveau sous la lune : Marc Fitoussi ne fait que nous renvoyer un miroir sans tain. À tenter.

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