[CRITIQUE] Premier Contact, de Denis Villeneuve

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Denis Villeneuve fait un premier pas vers la science-fiction avec le très attendu Premier Contact. La réalisation est sublime et maîtrisée, portée par une intrigue au message universel et prenant… mais Premier Contact est l’exemple même de l’exercice de style parfaitement maîtrisé où la forme l’emporterait presque sur le fond, si le film de Denis Villeneuve n’était pas aussi lent et laborieux pour finalement dégainer un propos aussi classique. Dommage, Premier Contact a les atours d’un chef d’œuvre mais la technique ne suffit pas si le sujet même du film n’est pas abouti et se repose bien trop sur ses effets de style (et la hype autour du réalisateur… encore un « nouveau Spielberg »).

Le pitch : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Depuis Incendies et Prisoners, le film qui a révélé Denis Villeneuve au grand public (moi comprise), le cinéaste canadien (Enemy, Sicario…) poursuit un parcours presque sans faute et abandonne cette fois son genre fétiche, le thriller, pour s’essayer à la science-fiction. Premier Contact fait un peu l’effet d’un bac blanc pour le réalisateur qui semble vouloir démontrer de quoi il est capable, en attendant son prochain film Blade Runner 2049 prévu en 2017.

Adaptant une nouvelle écrite par Ted Chiang, L’Histoire De Ta Vie, Denis Villeneuve narre un classique du genre : la fameuse rencontre du 3ème type, et surtout celle entre une linguiste et ces créatures venues d’ailleurs. En cherchant des réponses, Premier Contact théorise sur le pouvoir du langage et de la communication, de ses origines à sa compréhension, comme un palier indispensable pour pouvoir avancer. Bien que l’action du film se situe sous le drapeau américain, Denis Villeneuve donne une dimension universelle à son propos, soulignant à travers l’intrigue les dissensions qui existent dans nos sociétés actuelles.
Au-delà ce Premier Contact, le film trouble et joue avec la réalité et la perception du temps, créant un terrain de jeu plus vaste que Denis Villeneuve explore, attisant la curiosité du public en soulevant de nombreuses questions allant de la présence de ces extra-terrestres sur Terre jusqu’à l’importance du travail de l’héroïne du film. De prime abord curieux, le film de Denis Villeneuve s’étoffe à travers une réalisation impressionnante : la photographie, les effets spéciaux et la mise en scène sont le résultat d’une vision spectaculaire et d’une ambition précise, qui laisse souvent bouche bée et emporte dans cet univers à la fois parallèle et proche, transformant soudainement l’impossible en réalité.

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Mais rapidement, le visuel ne suffit plus. Denis Villeneuve m’a habituée à des thrillers psychologiques bien plus troublants, voire étouffants, que ce soit à travers la quête d’un père qui cherche à retrouver sa fille kidnappée, la crise identitaire d’un homme rongé par la culpabilité et les regrets ou encore une agent du FBI confrontée à la fine ligne entre le bien et le mal. Qu’il baigne dans un univers violent, noir ou malsain, Denis Villeneuve s’est fait remarquer par ses récits viscéraux qui ont tendance à profondément déstabiliser. Avec Premier Contact, le réalisateur a choisi une approche différente : le visuel prend le pas sur l’histoire et c’est là que le film m’a déçue. Très contemplatif et primant l’exercice de style, Premier Contact propose finalement une histoire trop simple et prévisible où le message universel frise la bonne morale presque sucrée qui ne fait que s’étirer et avancer au compte-goutte. A force de vouloir appâter le chaland en le maintenant en haleine, Premier Contact évolue avec une lenteur folle et le problème c’est que face à un film doté d’un tel cachet, je m’attendais à une conclusion bouleversante, voire presque transcendante (un peu comme ce que j’ai pu ressentir après avoir vu Birdman, l’impression d’avoir vu quelque chose de grandiose et de complet sur tous les plans, aussi bien esthétique, technique que narratif), mais à l’arrivée le film de Denis Villeneuve ne fait que remuer des concept réchauffé sur l’entente mondiale, tout en égratignant des clichés usés sur le genre humain et la (géo)politique (bouh la Chine et la Russie, ces éternels grands méchants pas beaux) qui, finalement et en exagérant un peu, ne valent pas mieux que certains blockbusters sur le même sujet.
Le plus gênant dans tout cela, c’est que justement le film n’aboutit pas vraiment et choisit de rester en surface tout du long, avant de changer de cap dans les dernières minutes pour se recentrer sur son personnage principal, ruinant ainsi tout l’impact et l’intérêt du propos fédérateur et collectif amorcé tout au long du film. C’est très décevant et je trouve que le travail accompli par Denis Villeneuve ne suffit pas à outrepasser le fait que Premier Contact s’avère assez creux et inachevé… aussi beau et visuellement maîtrisé soit-il. Ou alors le but était-il de démontrer que, quelque soit les enjeux, l’Homme ne finit par penser qu’à sa petite personne ? Quoiqu’il en soit, la transition manque de fluidité.

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On pourrait penser que j’ai un problème avec la science-fiction (non non), notamment après la douche froide que j’ai eu face à Midnight Special. Mais en fait, je retrouve le même problème dans Premier Contact que dans le film de Jeff Nichols : la réalisation est sublime, l’ambition est palpable mais le traitement narratif bat de l’aile en développant une intrigue qui ressemble plus à une longue introduction qu’à un film entier avec, tout simplement un début, un milieu et si possible une fin. Les théories philosophiques sur le genre humain c’est bien joli, mais quand le film reste contemplatif on se retrouve rapidement devant un style très Malickien à observer un brin d’herbe ployant sous le vent, sous prétexte qu’il s’agit d’une métaphore. Please. Je suis la première à me pâmer devant la beauté d’un film, mais si le contenu ne suit pas… ça ne me suffit pas.

Au casting, je ne suis pas particulièrement fan d’Amy Adams (Batman V Superman, Big Eyes, American Bluff...) – voire pas du tout – mais elle reste une excellente actrice, même si l’écriture de son personnage la transforme finalement en monstre d’égoïsme face à l’ambition altruiste de Premier Contact. Autour d’elle, Jeremy Renner (Captain America – Civil War, Mission Impossible – Rogue Nation…) et Forest Whitaker (La Rage Au Ventre, Zulu…) l’accompagnent sans réellement se démarquer, puisque leurs personnages sont relayés au second plan.

En conclusion, si la première incursion dans le genre science-fiction de Denis Villeneuve en rassure beaucoup pour Blade Runner 2049, tandis que d’autres crient déjà au chef d’œuvre, Premier Contact me laisse une impression mitigée. Visuellement et techniquement, Denis Villeneuve se surpasse, c’est évident. Mais une fois le vernis gratté, il ne reste qu’une bonne morale attendue sur l’humanité et l’importance de s’aimer les uns les autres (ou de communiquer… vous avez compris l’idée). Pas suffisant. À voir, tout de même.

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