[CRITIQUE] Assassin’s Creed, de Justin Kurzel

assassinscreed

Qu’on soit fan du jeu vidéo ou non, Assassin’s Creed s’adresse aux amateurs de films d’action musclée. Entre des cascades à couper le souffle et un rythme ahurissant, le film de Justin Kurzel s’inscrit comme une origin story accessible à tous, réussissant à conserver l’identité du jeu tout en maîtrisant son adaptabilité dans un film moderne. Passant de Shakespeare au blockbuster en un seul souffle, Justin Kurzel livre une adaptation dynamique et prometteuse, qui, malgré ses longueurs, assure un show à la fois tangible, divertissant et spectaculaire.

Le pitch : Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle. Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’Ordre des Templiers.

Les films et les jeux vidéos, c’est une longue histoire d’amour… pas toujours heureuse. Pour un bon Silent Hill (le premier !), il faut compter avec de nombreux Resident Evil, Street Fighter, Tomb Raider, Hitman, Dead Or Alive et autres Prince Of Persia. Si certains de ces exemples atteignent tout juste le niveau du film potable, d’autres pourrissent joyeusement dans les oubliettes du grand écran (je vous laisse faire le tri). Du coup, l’adaptation d’un jeu aussi populaire qu’Assassin’s Creed a probablement dû donner des sueurs froides à quelques gamers, d’autant plus que le film est réalisé par Justin Kurzel, connu pour avoir livré le fabuleux Macbeth l’année dernière. Mais avant ça, il y a eu ce premier long-métrage Les Crimes de Snowtown, un film poisseux et violent qui a été, finalement, un bon exercice pour un projet tel qu’Assassin’s CreedEn alliant dramaturgie scénique, mythologie historique et affrontements violents, Justin Kurzel retrouve des terrains de jeux familiers qu’il réunit dans un blockbuster truffé d’actions, un poil visionnaire, fun et quasiment abouti.

assassinscreed3

Je ne vais pas vous mentir : j’ai dû jouer une ou deux fois au jeu vidéo il y a très longtemps et je n’en ai pas un souvenir très marqué. Le point fort du film est justement de réussir à créer un univers accessible, en équilibre entre deux timelines diamétralement opposés. Calibré pour faire face aux films de super-héros, Assassin’s Creed ne commet pas les erreurs des origins stories habituelles et ne perd pas de temps en blabla à installer ses personnages. Au contraire, grâce à un scénario bien écrit, le film nous embarque au cœur d’une intrigue déjà en marche et comble les éventuels manques en cours de route, à travers le parcours du héros.
Du coup, le film répond à toutes les attentes : les connaisseurs retrouvent l’univers stylisé du jeu sans s’ennuyer pendant la découverte de l’histoire, tandis que les novices peuvent s’immerger dans l’univers d’Assassin’s Creed en même temps que le héros, alors que les pièces du puzzle se mettent en place, entre storyline et des combats époustouflants. Le pari était risqué, notamment lorsqu’il s’agit d’adapter l’Animus et de faire voyager ses personnages dans le passé, mais Justin Kurzel parvient à trouver une narration suffisamment fluide pour jouer avec ses différentes timelines sans que le spectateur ait à se tirer les cheveux pour comprendre. En fait, nous positionnant au même niveau que le héros, le film permet de comprendre cet univers particulier sans effort, voire même de l’anticiper parfois.

Visuellement, Justin Kurzel se fait plaisir et relève le défi haut la main. Après avoir réalisé un véritable tableau vivant pour Macbeth, le réalisateur joue avec les codes visuels de deux genres différents. D’un coté, Assassin’s Creed propose une imagerie épurée et classique des films SF, avant de dynamiser l’ensemble avec des incursions dans un passé chaud et poussiéreux, aux allures de péplums classes habités par des mercenaires badass. Malgré quelques faiblesses au niveau de la lisibilité de certains combats, la mise en scène est efficace, tant les plans courts maintiennent en haleine, tandis que le réalisateur soigne une photographie calquée sur celle du jeu. Et oui, car il suffit de voir quelques extraits du jeu pour voir que le film s’inscrit directement dans l’univers reconnaissable d’Assassin’s Creed, à cheval entre deux époques, faisant de cette adaptation une extension vivante du jeu et, pourquoi pas, un point d’entrée pour les plus curieux !
Coté action, le film est ponctué par des affrontements et des cascades alliant chorégraphies millimétrées aux trajectoires de Parkour décoiffantes, sans oublier le fameux Saut de la Foi faisant du film un divertissement satisfaisant, suffisamment surprenant et rythmé pour faire oublier ses petits couacs.

assassinscreed1

En effet, Assassin’s Creed est certes plaisant, j’ai aimé la façon dont l’histoire vogue entre le présent et le passé, ainsi que la façon dont Justin Kurzel arrive à faire cohabiter deux univers diamétralement opposés, chacun ayant leurs propres identités visuelles, sans perdre le fil ni la cohérence narrative de l’histoire. Oscillant entre la science-fiction au futurisme chirurgical et le film d’action à la fois puriste et moderne, Assassin’s Creed se révèle être un ensemble original et plaisant à découvrir, mais qui montre tout de même quelques imperfections. Quelques longueurs viennent de temps à autres plomber le dynamisme du film, ainsi certains retournements de situations prévisibles qui mettent bien du temps à se révéler. D’ailleurs, les dernières minutes du film m’ont un poil déçue : alors que Justin Kurzel évite avec brio les pièges classiques des origins storys (super-héroïques), il cède tout de même à la conclusion ouverte rappelant les volets intermédiaires d’autres sagas adaptées au cinéma (Harry Potter 7.1, Hunger Games 3.1 et compagnie…). C’est frustrant de voir un film se terminer au moment où il devient vraiment intéressant. Il ne reste plus qu’à espérer que le film fonctionne afin d’en voir plus (à vous de jouer, donc).

Au casting, Justin Kurzel retrouve Michael Fassbender (Une Vie Entre Deux Océans, X-Men : Apocalypse, Steve Jobs…), aussi à l’aise dans un blockbuster que dans un film d’auteur, et Marion Cotillard (Alliés, Mal de Pierres, Juste La Fin Du Monde…), qui s’essaie de nouveau à ce genre. Tous deux apportent du cachet et de la solidité au film, l’un charismatique quelque soit son époque, l’autre est solide mais aurait mérité un peu plus d’action. Autour d’eux, j’ai redécouvert Ariane Labed (The Lobster…) qui, malgré un rôle presque muet, livre une jolie performance, tandis que Jeremy Irons (Batman v Superman…), Brendan Gleeson (Au Cœur de l’Océan…) et Charlotte Rampling (Jeune et Jolie…) viennent renforcer ce casting de choc.

En conclusion, adapter un jeu vidéo au cinéma reste un pari risqué. Justin Kurzel se démarque en collant à l’univers stylisé d’Assassin’s Creed, signant ainsi un film convaincant, aussi fun que prometteur malgré ses quelques faiblesses. Espérons que cette fin ouverte donnera lieu à une suite, car j’ai envie de voir ce que certains acteurs (ou personnages ?) ont dans le ventre ! À voir.

assassinscreed5

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s