[CRITIQUE] Le Fondateur, de John Lee Hancock

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Quelle est l’histoire qui se cache derrière le grand M de McDonald’s ? John Lee Hancock lève le voile sur l’histoire peu reluisante, mais ô combien intéressante, du fondateur de la plus célèbre chaîne de fast-food. Le Fondateur érafle la réalité du rêve américain, où l’appel du dollar anéantit tout idéalisme. Michael Keaton excelle et impose un rythme singulier à un film lent au démarrage, mais qui propose une histoire fascinante d’ambition, d’intérêt et de profit. Preuve, s’il en fallait encore une, que pour réussir il ne faut pas avoir d’état d’âme !

Le pitch : Dans les années 50, Ray Kroc rencontre les frères McDonald qui tiennent un restaurant de burgers en Californie. Bluffé par leur concept, Ray leur propose de franchiser la marque et va s’en emparer pour bâtir l’empire que l’on connaît aujourd’hui.

Vous savez déjà que manger au McDonald’s n’était pas forcément bon pour la santé, même si vous n’avez pas vu l’excellent documentaire Super Size Me de Morgan Spurlock (2004) ; mais connaissez-vous comment cet empire du fast-food a été créé ?
Si l’histoire des frères McDonald’s vous parle, pas sûr que le nom de Ray Kroc fasse le même effet. C’est pourtant son parcours que John Lee Hancock (Dans L’ombre de Mary, The Blind Side…) retrace dans un film à l’humour cynique, opposant les doux rêveurs aux entrepreneurs à la morale vacillante. Au-delà de l’histoire du McDonald’s, c’est surtout le personnage de Ray Kroc qui fascine : présenté au début comme un fonceur optimiste, prêt à miser sur la moindre opportunité pour réussir sa vie, on découvre un commercial au flair en berne jusqu’au moment où il croise, par hasard, la route des frères Richard et Maurice McDonald. Entre ambition et admiration pour ce système de restauration rapide révolutionnaire, Le Fondateur renifle l’aubaine et propose une association qui va tout changer, aussi bien le paysage américain que le parcours de ces trois hommes qui vont voir leurs vies bouleversées pour le meilleur et surtout pour le pire. Le film de John Lee Hancock est surtout une histoire de pouvoir, un pouvoir qui façonne les idéaux et les hommes, pour mieux révéler leurs vrais visages. Le Fondateur nous attache si bien à son héros, ambitieux, a-priori plutôt honnête et gentil, que lorsque la vapeur s’inverse, c’est réellement surprenant de voir le changement s’opérer petit à petit, le plus marquant n’étant pas le changement en lui-même mais la facilité avec laquelle le film nous emmène dans un nouveau tableau, plus marqué par l’arrogance presque méprisante et pourtant justifiée de Ray Kroc. Taillé dans l’âge d’or des États-Unis où de nombreux empires sont nés, représentant aujourd’hui le fameux rêve américain, le film fait l’effet d’un rappel à l’ordre cinglant : l’entreprenariat et la bonne morale ne font pas bon ménage ; le rêve américain ne vaut rien s’il ne rapporte pas, « business is business ».

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Malgré une première partie laborieuse qui connait quelques longueurs au cours de la mise en place de l’histoire, Le Fondateur prend tout son sens en cours de route, porté par un Michael Keaton charismatique qui parvient à donner une dimension plus amène à un personnage qui a finalement réussi sur le dos des autres. Difficile, à la fin du film, de ne pas se questionner sur la moralité de cette histoire, ni même de ne pas comprendre les agissements de cet anti-héros. Aussi horrible soit-elle, le film de John Lee Hancock démontre une vérité glaçante : l’absence de justice dans le monde des affaires qui profitera toujours aux requins et on ne peut que reconnaître le génie insolent de Ray Kroc sans qui McDonald’s serait resté une estaffette familiale paumée en plein désert. Alors si finalement le film connait quelques creux et survole pas mal de sujets (notamment le premier mariage de Ray Kroc, le rachat de terrains alors qu’il est fauché ou encore l’implication de son assistante…), c’est l’histoire dans son ensemble qui se révèle vraiment intéressante, et surtout le parcours incroyable d’un personnage parti de rien qui s’est finalement construit un empire grâce au doux rêve de deux frères naïfs et finalement trop trouillards.

Au casting, autour de Michael Keaton (Birdman, Spotlight, RoboCop…), ce sont Nick Offerman (Brooklyn Nine Nine, La Grande Aventure Lego…) et John Carroll Lynch (American Horror Story, Lady Vegas…) qui incarnent les frères McDonalds, tandis que Laura Dern (99 Homes, Wild…) écope un second rôle trop en retrait. À l’affiche également, Patrick Wilson (Conjuring 2…), B.J. Novak (Dans L’Ombre de Mary…) et Linda Cardellini (Avengers : L’Ère d’Ultron…) participent à cette ascension fulgurante.

En conclusion, bien qu’un peu long à démarrer, Le Fondateur retrace le parcours ahurissant de l’homme derrière la machine à dollars McDonalds, une sorte de génie maléfique qui est à la fois admirable pour le flair qu’il a pu avoir, mais aussi détestable pour le principe. John Lee Hancock signe une sacrée épopée, à considérer dans son ensemble, porté par un Michael Keaton habité et impeccable. À voir.

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