[CRITIQUE] Manchester By The Sea, de Kenneth Lonergan

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Le pitch : Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Scénariste aguerri après Mafia Blues et Gangs of New York, Kenneth Lonergan peine tout de même à se faire remarquer en tant que réalisateur. C’est probablement grâce à son troisième long-métrage que’il y parviendra : Manchester By The Sea est déjà précédé par une réception positive outre-atlantique et parade déjà avec une belle panoplie de récompenses et d’accamations critiques. Mais, la course vers la statuette ultime n’est pas encore terminée, puisque Manchester By The Sea est déjà nommé dans 5 catégories pour les Golden Globes.

Concrètement, que vaut le film ? Porté par une série de drames tragiques, Kenneth Lonergan narre le retour d’un homme dans sa ville natale, alors que ce dernier n’a toujours pas vaincu ses propres démons. Manchester By The Sea est une histoire d’hommes et de deuils, et la mort semble tenir un rôle omniprésent autour d’eux. À travers son personnage principal, le film retrace une histoire familiale éprouvante, marquée l’abandon et la perte, qui a ébranlé chacun de ces membres. Oscillant entre l’insouciance d’un adolescent coureur de jupons et la détresse émotionnelle du héro, Manchester By The Sea s’inscrit comme une parenthèse nécessaire pour chacun des personnages, afin de prendre un nouveau départ après la tragédie, qu’il s’agisse d’avancer ou de (se) pardonner.

Cependant, si le film brasse des sujets douloureux et offre quelques scènes bouleversantes, Manchester By The Sea ne parvient pas à faire vivre l’émotion de l’écran jusqu’au spectateur. En tout cas, personnellement, si j’ai apprécié l’ensemble, je n’ai pas été touché par le récit proposé. Kenneth Lonergan inscrit du mélo à tous les étages, que ce soit dans les décors qui constituent cette petite ville éternellement grisée dans un hiver sans fin ou le portrait des personnages, tous marqués par le décès d’un tiers. Manchester By The Sea est un film lourd, bien décidé à faire pleurer dans les chaumières et à faire briller son statut de film indépendant en s’escrimant à faire dans le psychodrame profond.

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Seulement voilà, si je me suis prêtée au jeu, au bout d’un moment le film s’éternise et semble tourner en boucle autour de ses personnages, ressassant une série de souvenirs et de problématiques qui font avancer l’histoire à pas de souris. Au final, j’ai l’impression qu’il manque une scène-clé, une scène de dénouement, notamment de la part du héros qui porte un si lourd fardeau que j’attendais le moment où il finirait par exploser (même en conservant la même issue). Malheureusement, Kenneth Lonergan n’assouvit jamais ce besoin et si les autres protagonistes du film ont chacun leur moment de grâce, son personnage principal, lui, est enfermé dans une émotion jamais exprimée. Ok, grâce à une ou deux scènes bien tristes, le film retrace suffisamment son histoire pour qu’on puisse comprendre le personnage, mais j’aurai aimé le voir exprimer quelque chose de moins surfait que des bagarres dans des bars ou des bribes de phrases bredouillées entre deux sanglots refoulés.

Au casting, justement, Casey Affleck (The Finest Hours, interstellar, Puzzle…) semble suivre les traces de son frère en cumulant le même type de personnage depuis Gone Baby Gone, à quelques degrés près. Seulement si la mono-expression facial réussit à Ben Affleck, pour l’instant, c’est parce qu’il parvient à l’adapter à ses personnages, tandis que Casey Affleck donne plus l’impression de refaire la même chose, sans parvenir à exprimer une émotion concrète (dans des films pas vraiment terrible, avouons-le). Ce qui le sauve, véritablement, c’est le fait que son personnage ait un parcours aussi bouleversant, ce qui rend la performance de l’acteur largement surestimée – à mon humble avis. C’est d’autant plus étonnant car les seconds rôles qui l’entourent parviennent, malgré leurs présences aléatoires, à marquer plus durablement les esprits : Lucas Hedges (The Slap, Last Days Of Summer…) allège une trame embourbée dans la grisaille, Kyle Chandler (Carol, Le Loup de Wall Street…) réchauffe l’ensemble et c’est finalement Michelle Williams (Suite Française…), touchante, qui finit par apporter la sensibilité nécessaire au film pour lui éviter de sombrer dans un récit totalement morose.

En conclusion, alors que Manchester By The Sea est déjà un succès, j’ai été déçue. Kenneth Lonergan signe un (mélo)drame qui sait bien tirer sur ses nombreuses cordes sensibles, entre tragédies et deuil, mais refuse finalement de creuser son personnage principal. Résultat, le film émeut certes, mais reste en surface et une fois sortie de la salle, je l’avais déjà presque oublié. À tenter… un soir de déprime.

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