[CRITIQUE] La Grande Muraille, de Zhang Yimou

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De la fresque rutilante au film d’action moyen, il n’y a finalement qu’un pas. Alors que j’espérais une épopée dans la lignée des précédents opus de Zhang Yimou, j’ai découvert un film à la promesse étouffée dans une production américaine sans finesse, quitte à annihiler toute ambition de genre et frôler le nanar. La Grande Muraille fait l’effet d’un soufflé, s’il n’est pas entièrement une catastrophe, ce film restera très certainement anecdotique.

Le pitch : Entre le courage et l’effroi, l’humanité et la monstruosité, il existe une frontière qui ne doit en aucun cas céder. William Garin, un mercenaire emprisonné dans les geôles de la Grande Muraille de Chine, découvre la fonction secrète de la plus colossale des merveilles du monde. L’édifice tremble sous les attaques incessantes de créatures monstrueuses, dont l’acharnement n’a d’égal que leur soif d’anéantir l’espèce humaine dans sa totalité. Il rejoint alors ses geôliers, une faction d’élite de l’armée chinoise, dans un ultime affrontement pour la survie de l’humanité. C’est en combattant cette force incommensurable qu’il trouvera sa véritable vocation : l’héroïsme.

La première fois que j’ai vu des images de La Grande Muraille, l’année dernière, j’en ai bavé d’envie. D’abord connu pour ses premiers films dénonciateurs et controversés en Chine (Le Sorgho Rouge, Épouses et Concubines, Vivre !…), c’est avec Le Secret des Poignards Volants que j’ai découvert Zhang Yimou, alors que le réalisateur surfait sur la vague du « wu xia pian ». Exemple classique du film de genre chinois avec La Cité Interdite et Héro, sorte de fresques artistiques et envolées, entre traditions, arts martiaux et légendes fantaisistes, c’est surtout la poésie de l’image qui rend ces films si particuliers. Du coup, La Grande Muraille sonnait comme une promesse : celle de moderniser un genre qui prend la poussière et qui a bien du mal à garder son sérieux outre-atlantique (voir Détective Dee 2), et puis, pourquoi pas, repousser les frontières, notamment grâce à la présence de Matt Damon dans le film.
Mais la donnée que je n’avais pas, c’est que si Zhang Yimou réalise le film, il est sous la houlette d’une production majoritairement américaine et s’appuie sur un scénario écrit avec des mouffles, entre autres, par Tony Gilroy, scénariste de Rogue One, certes, mais aussi de la saga Jason Bourne et réalisateur de l’infâme Jason Bourne – L’Héritage. Alors que je pensais que Matt Damon servirait d’appât pour attirer la lumière sur un film et un cinéma de genre chinois, serait-ce finalement Zhang Yimou qui semblerait vouloir montrer « patte blanche » pour amadouer Hollywood et faire son come-back ? Sachant que le succès d’un film, notamment les blockbusters, en Chine a toujours été important pour les résultats au box-office mondial, mais passons…

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Toujours est-il que c’est un détail qui a son importance, car la double identité du film ampoule véritablement le résultat. Ancré dans une obscure légende chinoise autour de la construction de la fameuse Grande Muraille de Chine pour contrer les attaques de créatures monstrueuse, le film de Zhang Yimou connait déjà des débuts quelque peu cavalier des les premières minutes. En effet, si l’histoire est globalement téléphonée, c’est surtout la subtilité qui est aux abonnés absents tout au long du traitement narratif, si bien que les personnages s’enfoncent dans des rebondissements et des situations prévisibles et lourdauds. Le héros américain qui trouve LA solution pour sauver le peuple chinois qui galère depuis des siècles, la romance timide et la bromance bien clichés… autant de ficelles scénaristiques datées qui manque non seulement de finesse mais aussi de fluidité. Mais qu’importe, La Grande Muraille est un divertissement avant tout, donc même s’il un coté un peu bourrin, le film parvient à distiller à entretenir l’attente (ou l’espoir).
Visuellement, c’est une autre histoire… Je peux excuser les gros sabots du scénario sans problème, mais coté réalisation, la crise identitaire du film atteint ses limites. Au-delà d’une armée arborant la discrétion des Power Rangers un jour de fête, La Grande Muraille oscille entre des scènes sublimes et des effets spéciaux très moyens (les plans larges sur les monstres sont très laids), doublés de scènes d’affrontements brouillonnes voire carrément grossières pour un film de cette envergure. C’est dommage car à de nombreux moments, on retrouve un peu la patte de Zhang Yimou dans les scènes traditionnelles chinoises (ou du genre) à travers les soldats volants, une cérémonie funéraire qui ferait pâlir d’envie un enterrement viking (*wink wink*) ou encore l’ambiance musicale incrustée dans l’action. Malheureusement, le reste du film pâtit d’une ambition autre et sert un ensemble insipide, chamboulé par une suite d’affrontements sans âme aux CGI déplaisants, comme n’importe quel cinéma d’action américain moyen. Le mélange de styles est loin d’être réussi et Zhang Yimou semble faire les frais d’une production désenchantée et bien loin des légendes explorées dans le film.

Au casting, Matt Damon fait (Jason Bourne, Seul Sur Mars, Interstellar…) le job, sans plus, escorté par un Pedro Pascal (Narcos, Game Of Thrones…) qui étire son rôle dans Game Of Thrones, tandis que Willem Dafoe (John Wick, Le Monde de Dory…) semble s’être paumé en cours de route. Face à eux, beaucoup d’acteurs asiatiques mais peu de personnages intéressants : Jing Tian, Zhang Hanyu (La Bataille de la Montagne du Tigre…), Andy Lau (Detective Dee…) et le jeune (et adorable) Lu Han parviennent à tirer leurs épingles du jeu.

En conclusion, La Grande Muraille échappe de peu à la case nanar. Zhang Yimou sauve difficilement le film en parvenant à y inscrire sa propre identité, mais l’ensemble reste globalement écrasé par un traitement lourd et mécanique, faisant de La Grande Muraille un film d’action vaguement asiatique mais surtout très fade. À tenter.

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