[CRITIQUE] Corniche Kennedy, de Dominique Cabrera

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Maladroit mais sympathique, le nouveau film de Dominique Cabrera surfe sur les clichés pour illustrer le quotidien désœuvré d’une bande de jeunes Marseillais, oscillant entre la quête du frisson pour exister et l’absence de repère. Entre rêve de liberté et illégalité, Corniche Kennedy livre une histoire assez convenue, mais facile à suivre, à la réalisation assez abrupte et linéaire, proche du téléfilm. Toujours juste rattrapé par une ambition solaire, le film essuie de nombreux défauts qui gâchent son potentiel.

Le pitch : Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s’envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.

Adapté du roman de Maylis de Kerangal, Corniche Kennedy met le cap sur Marseille, à travers la rencontre entre une jeune fille de bonne famille et un groupe de jeunes qui s’amusent à sauter dans le vide. Dans une ambiance solaire et presque intemporelle, le film de Dominique Cabrera observe ces adolescents risquer leurs vies, avec une distance presque romanesque, tandis que l’intrigue se tisse à tâtons. L’ensemble est assez convenu, voire parfois surfait, car Corniche Kennedy brasse les clichés sur cette jeunesse urbaine et désabusé, qui force parfois un peu trop le trait quand certains veulent jouer les gangsters. Mais ce qui sauve le film de la caricature, c’est cet air de vacances, à la fois frais et alangui. En effet, Dominique Cabrera prend son temps et installe doucement son histoire, oscillant entre les après-midi d’été des adolescents et une enquête policière naissante. Mais peut-être un peu trop de temps ?

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Et oui, tandis que Corniche Kennedy avance dans une histoire prudente et sans surprise, la lenteur et cet effet de distance crée pas mal de longueurs. Le film s’extasie autour de ces jeunes personnages, laissant transparaître une certaine admiration pour ces ados qui prennent des risques et se la jouent carpe diem, alors que la double lecture laisse entre apercevoir une génération paumée et en pleine stagnation face à un avenir incertains. L’intrigue policière fait l’effet d’un cheveu dans la soupe et a parfois du mal à s’inscrire dans la narration, cassant maladroitement la tonalité doucereuse du film, comme des rappels maladroits à la réalité. Autant de maladresses qui sont confrontées à la sincérité pourtant accessible de Corniche Kennedy, laissant planer un sentiment mitigé une fois le film terminé. Globalement, le film de Dominique Cabrera est agréable et la réalisatrice, rodée aux court-métrages et aux documentaires, saisit plutôt bien le caractère nerveux de ses personnages, mais en y regardant de plus près, le résultat n’est pas loin de la qualité d’un téléfilm.

Mais pour moi, le problème principal tourne autour des personnages, puis des acteurs. En parlant de clichés, je trouve cela dommage que les malfrats et les jeunes à problèmes soient tous (ou presque) Arabes, et le fait d’avoir une flic Noire donne encore plus l’impression d’être excuse. Mais ce qui me gêne encore plus, c’est le regard que pose Dominique Cabrera sur ses personnages, qui semble valoriser un discours, et donc un message, qui rend leurs styles de vie glamour (#thuglife)… ce qui, certes, illustre bien un problème générationnel, mais pourrait influencer un public plus sensible.
Coté acteurs, ce n’est pas la fête non plus. Aïssa Maïga (Bienvenue à Marly-Gomont, Rupture Pour Tous…) et Moussa Maaskri (La French, Malavita…) sont plutôt secondaires, laissant la place à un trio d’acteurs plutôt novices au cinéma, qui hante la trame, entre sincérité, gaucherie et une bonne dose de mauvais jeu : Lola Creton (Disparue En Hiver...), Kamel Kadri et Alain Demaria. L’inexpérience et les défauts de jeu des acteurs de Corniche Kennedy vient parfois sauver ces clichés sur pattes, grâce à une candeur indiscutable, même si la performance (ou la voix) de Kamel Kadri m’a souvent fait grincer des dents.

En conclusion, Corniche Kennedy séduit grâce à sa simplicité où la légèreté apparente laisse petit-à-petit filtrer des tranches de vie difficiles. Le film de Dominique Cabrera cristallise une jeunesse sans repère et prête à flirter avec le danger pour se sentir exister. Seulement, la langueur du film et ses acteurs novices rendent l’ensemble long, bancal et maladroit, qui laisse une impression brouillonne et un goût d’inachevé. À tester.

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