[CRITIQUE] Live By Night, de Ben Affleck

livebynight

Le pitch : Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l’alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d’un peu d’ambition et d’audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l’éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d’honneur que Joe n’hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s’imposer au sein de la mafia de Tampa…

4 ans après le phénomène retentissant d’Argo, récompensé 3 fois aux Oscars dont celui du Meilleur Film et un César (Meilleur Film Étranger), Ben Affleck livre son quatrième… futur succès ?
Adapté du roman éponyme, « Ils vivent la nuit » en français, de Dennis Lehanne, Live By Night livre des retrouvailles réjouissantes avec le film de gangster old school : transpirant la classe, porté par une image vintage maîtrisée et surtout traversé par un soupçon de thriller poisseux et violent, rappelant les bons films de mafieux (Le Parrain).
Si le film commence par une histoire d’amour qui finit mal, comme le veut la chanson, Live By Night utilise ce point de départ pour faire évoluer son personnage central, ou plutôt pour sonder la noirceur humaine lorsque celui-ci est contaminé par son milieu. Tiraillé entre la vengeance et la servitude, Ben Affleck scrute la moralité de son personnage qui bascule peu-à-peu du statut de bandit cambrioleur à celui du gangster redoutable, avec une finesse surprenante. En effet, Live By Night a un coté lancinant et vertigineux qui nous happe dans son univers sans crier gare, jusqu’à l’électrochoc, le point de retour qui va inverser la vapeur. Si le traitement reste tout de même linéaire, le film de Ben Affleck reste une bonne surprise, car les ambitions du personnage changent en cours de route, évitant ainsi l’aboutissement trop prévisible.

LIVE BY NIGHT

Mais la grosse réussite de Live By Night, c’est sa mise en scène stylisée qui ajoute un cachet indéniable au film. À l’instar de films hollywoodiens qui donnent un coté glamour et hyper cool des gangsters tout en misant sur un soupçon de sensualité et d’hémoglobine pour faire rêver les amateurs du genre, Ben Affleck rend hommage au film à l’ancienne et à l’allure racée des années 20. La photo est sobre et vintage, les décors et les costumes sont d’époque mais toujours d’une classe folle… Dès le début Live By Night impose un style assuré et percutant, qui s’attache à donner un cachet à la fois authentique et sérieux aux films. Pas d’esbroufe, ni de paillette à la Gangster Squad, par exemple, le film livre une histoire d’hommes et de pouvoir, portée par cette ambiance étouffante du polar mordant, parvenant toujours à prendre à la gorge sans en faire des tonnes. Alors certes, on est loin des Coppola et autres Scorsese (par exemple), surtout parce que le réalisateur (et scénariste) est plus dans l’imitation que l’interprétation. L’exécution est bien faite, justement le film ne creuse finalement pas assez le drame dans son histoire et place son héros en juge, coupable et victime, manquant finalement de recul nécessaire pour endosser la bonne casquette et pour vraiment faire transparaître les tourments du personnage principal.
Mais finalement Ben Affleck réussit à imposer son style en filigrane et livre un film : la mâchoire tendue, la carrure engoncée dans un joli costume et le sourire en coin… Ben Affleck joue dans la cour des grands et doit, en plus, prendre le risque de faire défaut à Argo : pour ce dernier, les enjeux étaient moindres, ici Live By Night doit prouver qu’il ne s’agissait pas d’un simple coup de poker et l’assurance générale du film en prend un coup. Le film renvoie cette image, à la fois bien fichu, un peu brouillon sur les bords et nerveux, mais finalement conquérant grâce à un flegme de plus en plus assumé qui ferait presque illusion et qui, surtout, le rend finalement plus intime. En effet, Ben Affleck installe des respirations légères quand on s’y attend le moins (« c’est toi qui m’a tiré dessus ? » « mais non, c’est pas moi ! ») mais parvient toujours à garder une constante et une composition maîtrisée, si bien que même si le traitement narratif est imposant, il est loin d’être statique et donc, plus agréable.
Live By Night ressuscite le polar dans toute sa splendeur, avec une férocité sans esbroufe inutile, une sophistication intemporelle et surtout une intrigue insidieuse qui, derrière ses apparences classiques, nous entraîne dans un cercle de violences et autres vices.

LIVE BY NIGHT

L’autre force du film, c’est aussi son casting et ses personnages. Si Ben Affleck (Mr. Wolff, Batman V Superman, Gone Girl…) a appris à faire avec son éternel manque de nuance, force est de constater qu’il reste bien meilleur réalisateur qu’acteur. Même si le personnage lui correspond, toujours mal à l’aise lorsqu’il doit commettre le pire, cette absence d’assurance se voit à l’écran alors que si son personnage doit jouer les durs, c’est aussi un homme profondément tourmenté par ses choix et ses actions ; Ben Affleck ne lui rend pas justice. Peut-être qu’un autre acteur (autre que son frère !) aurait dû incarner ce rôle – surtout après Mr. Wolff qui, finalement, propose un personnage similaire ? Notons d’ailleurs qu’en vrai, Ben Affleck donne cette même impression, posant encore une fois la question : est-il capable de disparaître au profit d’un personnage ?
Heureusement, Live By Night est composé de personnages secondaires réussis et le réalisateur s’est entouré du bon casting. Chris Messina (The Mindy Project, Cake, Palo Alto…) est aussi méconnaissable que parfait en véritable side-kick, tandis que Chris Cooper (Demolition…) bouleverse. Les rôles féminins sont aussi une bonne surprise : loin des clichés des belles plantes effarouchées, Zoe Saldana (Les Gardiens de la Galaxie…) crève l’écran, Elle Fanning (The Neon Demon…) est superbe en ingénue bafouée et Sienna Miller (Strictly Criminal…) complète cette Femme, avec un grand F, à trois têtes, en ajoutant la part d’ombre nécessaire, excellente en créature mouvante, à la fois prédatrice et désespérée.

En conclusion, après Argo et avant le Batman prévu en 2018, Live By Night est un défi. Plus intime et proche de l’exercice de style appliqué, le film de Ben Affleck est séduisant, prenant et fascinant. J’ai aimé le fait que l’intrigue évolue en cours de route et cette touche old school et authentique qui semble retrouver les codes du film de gangster, à mi-chemin entre le polar et le thriller. Certes, Live By Night présente quelques bémols, mais reste un excellent objet de cinéma à savourer encore et encore. À voir.

⇓ Une petite théorie se cache juste après cette image ⇓

LIVE BY NIGHT

Et au-delà de ça, je trouve que si Ben Affleck réalise un film à son image, c’est aussi le plus personnel, reflétant, à y regarder de plus près, sa carrière d’acteur souvent modelée par ses histoires de cœur – notamment de sa chute jusqu’à son changement d’image après un passage à vide jusqu’à Gone Baby Gone. Il n’y a qu’à voir les trois personnages féminins qui hantent le film, d’ailleurs, pour réaliser (sans faire dans le sensationnel) les points communs entre elles et les femmes qui ont partagé la vie de Ben Affleck (Gwyneth Palthrow, Jennifer Lopez et Jennifer Garner). Heureux hasard… et horrible constat concernant son regard sur leurs relations – si ma théorie est à peu près bonne : Affleck observe ces femmes qui ont façonné ses choix : de la diva glamour, sexy et égoïste qui l’utilise sans regret (Sienna Miller/Jennifer Lopez), à l’amour de sa vie qui l’a aidé à se construire et à se poser même s’il a fini par la perdre à cause de son style de vie (Zoe Saldana/Jennifer Garner) et enfin cette femme-enfant, au départ innocente que son aventure vers les étoiles a profondément ébranlé jusqu’à son retour un peu illuminé en quête de rédemption morale (Elle Fanning/Gwyneth Palthrow). Certes les personnages sont adaptés du roman de Dennis Lehanne, mais Ben Affleck n’a probablement pas choisi ce projet par hasard. Derrière le film de gangsters, c’est aussi un constat sur ces femmes qu’il a aimé, d’une manière ou d’une autre, qu’il a fini par perdre… ou qui l’ont perdu.

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