[COUP DE CŒUR] La La Land, de Damien Chazelle

lalaland1

Après son carton plein aux Golden Globes, le nouveau film de Damien Chazelle a déjà marqué l’histoire du cinéma. Et pour cause : La La Land est une véritable bulle de bonheur et d’enchantement où le réalisateur allie la simplicité du film romantique moderne à la poésie candide et colorée des comédies musicales des années 50-60. C’est un véritable petit bijou à voir et à écouter, formidablement mis en scène et interprété. Bref, La La Land est un sans-faute. Courrez le voir !

Le pitch : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Parfois on me demande ce que j’aime dans le cinéma et pourquoi j’y vais autant. C’est un peu difficile à expliquer. Mais le jour où on se retrouve dans une salle obscure, les yeux écarquillés et desséchés – parce qu’on refuse de cligner les yeux pour ne perdre aucune miette du film – avec une sorte de bulle d’air dans la poitrine qui empêche presque de respirer, les mains un peu moites et l’envie de retenir les secondes qui s’échappent pour que le film ne se termine pas trop vite… c’est pour ce frisson là que, parfois, à quelques rares occasions, le cinéma vaut le détour. Et c’est ce que j’ai ressenti pour La La Land.
Pourtant ce n’était pas gagné. Alors que j’ai adoré Whiplash, le premier gros succès de Damien Chazelle (également scénariste de Grand Piano, Le Dernier Exorcisme 2 (!) et 10 Cloverfield Lane…), la hype autour de La La Land m’a un peu fatiguée et j’ai soigneusement évité les bandes-annonces du film pour vraiment y aller le plus nue possible (autant vous dire que j’ai bien fait et je vous invite à faire pareil, si possible).

lalaland4

Sur le papier, si on ne s’en tient qu’au scénario, La La Land n’est pas un grand film et est loin d’être aussi complexe (ou torturé) que ses principaux rivaux aux Golden Globes (Nocturnal Animals, Premier Contact, Manchester By The Sea…). Damien Chazelle livre une histoire d’amour simplissime à travers la rencontre  entre un homme et une femme, tous deux artistes et pétris de rêves, ainsi que le traitement linéaire d’une romance classique, entre ambitions et beaucoup de désillusions. Mais c’est justement la pureté de cette histoire, sans piège ni détour ou pendant comique, qui rend La La Land aussi frais et séduisant, tant le film réchauffe le cœur avec l’émotion la plus fédératrice : l’amour. Alors que l’intrigue file avec la fluidité la plus parfaite – bien qu’un poil prévisible, c’est la comédie musicale qui porte le film, aussi bien l’ambiance enlevée que la superbe bande-originale qui m’a fait voyager d’une émotion à l’autre sans effort.

Artistiquement, Damien Chazelle réalise un coup de maître. Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1964 et 1967) rencontrent le 21ème siècle, dans un Los Angeles intemporel, fantasmé et coloré où les rêves et autres états d’âme s’expriment en chansons jazzy, tantôt festives, tantôt émouvantes. La La Land nous transporte dans un univers d’émerveillement qui a réveillé mon coté romantique et sensible, grâce à ses couleurs vives et chaudes qui semblent si éloignées de nos quotidiens. Le film donne, dès le début, envie de rêver et Damien Chazelle ne s’impose aucune limite dans la création de ses tableaux, qu’ils relèvent souvent de la féerie pure (la danse dans un ciel étoilé) ou du spectacle de danse improvisé. Le film est si joli et léger qu’il m’a souvent fait penser à un Disney, car il en émane le même charme un peu désuet et sans âge qui donne le sourire, surtout quand il est porté par un tel sujet (l’amour, donc, pour ceux qui ne suivent pas).

lalaland8

Que l’on aime le jazz ou pas, cela n’a aucune importance. Dans une comédie musicale, ce qui importe en premier, ce sont les paroles et chaque chanson accompagne les personnages avec perfection, créant un ensemble dansant et vivant. Entre pas de danse (claquettes ou rock) et mélodie, La La Land est une véritable parenthèse réjouissante et extraordinaire qui chamboule profondément. Habité par le thème du film, chaque note de piano parvient instantanément à donner le sourire ou à fendre le cœur (et c’est encore plus vrai au deuxième visionnage), bien au-delà de la performance des acteurs.
En effet, Damien Chazelle livre un film comme on en fait plus, d’une sincérité à fleur de peau et incroyablement touchante. Rien que le fait de proposer une comédie musicale est audacieux – c’est un projet que le réalisateur avait mûri bien avant Whiplash mais aucun studio n’a voulu le financer… jusqu’au succès de Whiplash ! – et risqué. Après quelques années à se réjouir au cinéma devant des histoires d’amours tordues, tragiques et/ou considérées hors normes, La La Land débarque : simple, magnifique et rafraîchissant. Damien Chazelle n’offre pas qu’un film d’amour sucrée et joliment fait, c’est aussi un rappel nécessaire qui arrive à point nommé à une période où on parle de terrorisme, de politique et autres réjouissances grisâtres : il faut vivre, il faut poursuivre ses rêves, danser dans la rue (sur la superbe bande-originale du film signée Justin Hurwitz, que j’écoute en boucle depuis que j’ai vu le film mercredi dernier) quand on en a envie et bon sang, il faut aimer et s’aimer ! Et ça fait du bien !

Mais il y a aussi une réalité à considérer. En dehors de la hype autour du film, qui pourrait en rebuter plus d’un (nous sommes Français et connus pour critiquer les grands succès, avouons-le) (j’étais moi-même presque sûre de ne pas aimer le film avant de le voir, je l’admets), La La Land est très beau film, oui, mais aussi un film peut-être trop simple et attendu ? Si Damien Chazelle bouscule quelques codes, cela reste le coup classique cinéma d’antan remis au goût du jour, tandis que l’histoire ne va pas bouleverser votre existence (quoique…). La réception de La La Land est donc encore plus subjective. Pour faire simple : soit le film vous laissera de marbre parce que ce n’est « que » une simple amourette sucrée (et que vous n’avez pas d’âme) ; soit le film vous fera rêver et ses chansons vous resteront en tête pendant très longtemps (un peu comme « Let It Go » de La Reine des Neiges). Pour ma part, j’ai adoré cette invitation à rêver, danser et aimer. J’en redemande, même !

Au casting, au départ c’était Miles Teller et Emma Watson qui devaient se donner la réplique mais suite à un différend pour l’un et à un autre projet plus « bestial » pour l’autre, les deux acteurs se sont écartés du film. C’est donc Ryan Gosling (The Nice Guys, Only God Forgives…), à la fois cool et charmeur, sans se départir de son naturel réservé qui le trahit parfois, qui fait face pour la troisième fois (après Crazy Stupid Love, Gangster Squad) à Emma Stone (Birdman, L’homme Irrationnel…), l’actrice aux milles facettes à la fois girl-next-door et glamour. Ils forment un couple adorable, qui fonctionnent remarquablement bien à l’écran, d’autant plus qu’on parvient à reconnaître les acteurs à travers les personnages. De plus, leurs performances sont extraordinaires, si Emma Stone s’est récemment produite à Broadway dans la reprise de Cabaret, ce n’est pas une surprise de la découvrir sachant chanter (ou alors, si vous avez vu Easy A, également), Ryan Gosling a appris le piano en un temps record pour pouvoir jouer les morceaux en live et sans doublure. J’ai beaucoup aimé les voir danser en solo ou ensemble (même si j’ai beaucoup de réserves sur la partie en ombres chinoises hum-hum).
Autour d’eux, on retrouve, entre autres, Rosemarie DeWitt (Men, Women & Children…), J. K. Simmons (Mr. Wolff…) et John Legend.

En conclusion : courrez, volez, dansez et allez voir La La Land, pour enfin vous faire votre propre avis, mais aussi pour entrer dans le monde merveilleux de Damien Chazelle. À voir absolument.

LA LA LAND

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s