[CRITIQUE] Jackie, de Pablo Larraín

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Arrivé à point nommé pour les Oscars, le biopic de Pablo Larraín se penche sur une icône américaine vu sous un angle inédit et portée par une performance formidable de Natalie Portman. Si la réalisation est soignée, oscillant entre la touche historique et l’élégance digne et intemporelle de son personnage charismatique, Jackie manque souvent de dynamisme et laisse surtout un sentiment d’inachevé. J’aurai aimé en savoir plus sur Jacqueline que sur la veuve Kennedy finalement.

Le pitch : 22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Si le biopic est toujours une valeur sûre au cinéma, son approche a mué au cours de ces dernières années. Fini (ou presque) les films qui retracent toute la vie d’un personnage, quitte à en romancer ou édulcorer une partie pour souvent lui donner une meilleure image. Aujourd’hui, le biopic se focalise sur une période sensée définir ou révéler une facette méconnue du grand public sur son personnage, comme l’abolition de l’esclavage dans le film Lincoln de Steven Spielberg (2012) ou – attention, grand écart – l’histoire entre Lady Di et Hasnat Khan dans Diana, d’Olivier Hirschbiegel (2013). Bien que la méthode ait changé, le défi est toujours le même : rendre justice à son personnage et éviter les banalités.jackie4

Avec Jackie, Pablo Larraín (Neruda, El Club, No…) s’intéresse à une icône américaine, la femme de John F. Kennedy, au moment où celui-ci est assassiné. De l’extérieur, le reste du monde, après le choc, a assisté aux funérailles démesurées du 35ème président des États-Unis. Le film choisit de révéler les dessous de cette tragédie, à travers une interview de Jacqueline Kennedy et des flashbacks. Si le traitement est différent, difficile de ne pas penser au film The Queen, de Stephen Frears (2006).

De façon générale, le film n’échappe pas à un certain conformisme qui entoure ce genre de biopic qui vient fouiller la vie privée de personnages très appréciés, sans vraiment oser mettre les mains dans le cambouis. Pablo Larraín s’attache à faire cohabiter le glamour et le drame – opposant la veuve amère mais charismatique pendant l’interview à la First Lady choquée mais digne dans les flash-backs – tandis que les événements prennent peu à peu le dessus sur la femme au centre du film. En effet, si l’assassinat de JFK et sa brutalité crue étaient un passage obligatoire, Jackie garde une certaine distance, comme s’il voulait préserver l’image de son héroïne en ne teasant que par a-coup sa personnalité complexe, oscillant entre son rôle public et sa véritable nature parfois peu sympathique.
Pour ma part, c’est la partie non-dite de l’histoire qui m’intrigue et j’ai finalement préféré les scènes d’interview, qui donnaient plus de peps à un ensemble parfois trop mou et souvent perdu dans la contemplation du travail de mise en scène et la redite de situation.

Derrière la caméra justement, Pablo Larraín s’émancipe du « film à Oscar » en imprimant sa vision artistique, notamment sur le rendu de la photographie et son choix de filmer en 16mm, donnant ainsi un grain prononcé à l’image. Le film est ponctué de scènes reprenant exactement des interviews réelles de Jackie Kennedy, mais ce sont surtout les décors qui sont à couper le souffle, même s’ils semblent parfois artificiels et glacés (comme des pages d’inspiration de magazines de décoration !). Avec ses airs d’images d’archives et des cadres souvent sublimes, Jackie a une élégance accessible mais hors de portée, permettant d’être aux cotés de son héroïne tout en posant un regard admiratif sur l’ensemble. Une dualité qui rend le film intéressant mais finalement peu approfondi et c’est un sentiment qui plane sur tout le film : Jackie ne va pas jusqu’au bout de son sujet et livre une histoire souvent titillée par la personnalité piquante de son héroïne, mais finalement convenue. Le film aurait tout aussi bien pu s’appeler « La mort de JFK (racontée par sa femme) ». Qui était Jacqueline Bouvier en fait ? Le film répond à peine à cette question.

Au casting, Natalie Portman (Jane Got A Gun, Knight Of Cups, Thor : Le Monde des Ténèbres…) relève le challenge et donne une nouvelle vie à Jackie Kennedy, livrant une performance humble et extraordinaire. L’actrice, nommée aux Oscars dans la catégorie Meilleure Actrice, rayonne sur le film, prouvant – selon moi – que le personnage principal aurait mérité d’être plus approfondi. Autour d’elle, Peter Sarsgaard (Les Sept Mercenaires…), Greta Gerwig (Maggie A Un Plan…), Billy Crudup (Spotlight…) et le regretté John Hurt (Only Lovers Left Alive…) se succèdent à l’écran, tandis que le presque invisible mais omniprésent JFK est joué par Caspar Phillipson – sa ressemblance avec JFK est étonnante !

En conclusion, si le film de Pablo Larraín a plus de personnalité que la plupart des films calibrés pour les Oscars, il ne donne qu’un avant-goût d’une Jackie, bien trop survolée pour être comprise. Si la réalisation est impeccable, l’ensemble du film manque de rythme et d’un véritable intérêt autre que la contemplation. À tenter.

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Une réflexion sur “[CRITIQUE] Jackie, de Pablo Larraín

  1. Il st revenu vite après « Pablo ». Je n’ai pas succombé au charme de sa réalisation précédente, et je passerai sans doute mon tour pour celui-ci. Surtout que les avis que je lis sont aussi mitigés que le tien.

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