[CRITIQUE] Seuls, de David Moreau

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Pari ambitieux, Seuls relève un sacré défi en proposant un film de science-fiction adolescent, taillé pour plaire aux plus jeunes et aux amateurs de sagas « young adults ». David Moreau parvient à entretenir un mystère prenant, dans un huis-clos à ciel ouvert qui doit beaucoup à son univers inconnu et angoissant. Cependant, si les lecteurs de la BD auront du mal à reconnaître l’œuvre de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann, Seuls a finalement du mal à convaincre jusqu’au bout, à cause de son casting novice et de sa mise en scène hâtive qui gâche le grand final.

Le pitch : Leïla, 16 ans, se réveille en retard comme tous les matins. Sauf qu’aujourd’hui, il n’y a personne pour la presser. Où sont ses parents? Elle prend son vélo et traverse son quartier, vide. Tout le monde a disparu. Se pensant l’unique survivante d’une catastrophe inexpliquée, elle finit par croiser quatre autres jeunes: Dodji, Yvan, Camille et Terry. Ensemble, ils vont tenter de comprendre ce qui est arrivé, apprendre à survivre dans leur monde devenu hostile… Mais sont-ils vraiment seuls?

Instable ou touche-à-tout, David Moreau s’essaie à un nouveau genre, après avoir tenté le thriller horrifique avec le très moyen Ils, puis le remake d’horreur un poil honteux avec The Eye – tous deux co-réalisés avec Xavier Palud – et enfin la comédie romantique plutôt satisfaisant avec le très mignon 20 Ans d’Écart, réalisé en solo cette fois.
Le problème viendrait-il de son comparse ? Je n’en sais rien, mais toujours est-il que David Moreau est de retour en solo avec l’adaptation cinéma de la bande-dessinés « Seuls », une saga fantastique en huit tomes (pour l’instant) écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Bruno Gazzotti. En vente depuis 2006, la bande-dessinée connait un certain succès en recevant le prix jeunesse lors du réputé Festival d’Angoulême en 2007. Ce n’est pas étonnant, de voir Seuls adapté aujourd’hui au cinéma : l’histoire de ces adolescents livrés à eux-même dans une grande ville déserte rappelle beaucoup les sagas « young adults » américaines, type Divergente ou Hunger Games, qui ont connu de belles heures aux cinémas. D’ailleurs, l’héroïne du film, Leïla, a tout d’une Katniss en herbe et le choix de prendre quelques libertés avec l’histoire initiale de la BD est compréhensible. Cependant, cela a ses risques.

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En effet, en ne prenant en compte que le film en lui même, David Moreau maîtrise les codes du thriller quand il s’agit de faire grimper la tension. En démarrant avec un personnage central, Seuls permet aux spectateurs de découvrir le film à son rythme, avant d’étendre son univers à travers un mystère aussi oppressant que la ville déserte est immense. Ce que j’apprécie dans Seuls, c’est qu’on ne perd pas de vue que ses héros sont des enfants et des adolescents. Dans une ambiance menaçante, David Moreau distille quelques pointes d’humour et d’insouciance bienvenues qui empêchent le film de se prendre trop aux sérieux (comme les Hunger Games par exemple). L’ambiance du film oscille entre le sentiment de liberté (vive la vie sans les parents) et une inquiétude grandissante qui va forcer les personnages à s’endurcir plus rapidement que prévu, à travers de nombreux rebondissements qui les rapprochent toujours un peu plus de la vérité.
Seuls est prenant et entretient un suspens captivant qui donne envie de suivre le film, même si parfois l’écart d’âge entre les personnages se fait ressentir (moins d’empathie pour les plus jeunes). Si le film est habité par des adolescents et vise une cible du même âge, l’histoire est finalement assez sombre et propose suffisamment de moments angoissants pour piquer la curiosité d’un public plus large.

Seulement voilà, alors que le film possède de nombreux atouts, le traitement narratif connait quelques défaillances. Outre l’approche un peu cliché de certains personnages, la succession des événements dans le film est parfois hâtive. Et pour cause : c’est au niveau de l’adaptation que le bât blesse. David Moreau opère pas mal de changements dans le scénario. Si le fait de placer Leïla comme héroïne n’est pas désagréable, c’est toute la psyché du personnage qui est fabriquée, tirant sur une corde sensible absolument inutile au bon déroulement de l’histoire. Mais le plus dérangeant, c’est finalement le bricolage autour de la saga qui fait défaut au film, adapté à partir des premiers tomes des bandes-dessinées. Seuls le film survole l’œuvre éponyme en faisant de sacrés coupes à la machette pour tenter de rendre l’histoire plus digeste. En apparence, ça fonctionne : ce qui n’ont pas lu les BD découvriront une aventure haletante, mêlant le thriller fantastique aux problématiques adolescentes (parents divorcés ou absents, délinquance, manque de confiance en soi ou de maturité…) permettant d’atteindre tous les âges et de transformer le terrain de jeu en terrain de chasse. Mais en y regardant de plus près, Seuls donne l’impression de se précipiter vers le final, prenant ainsi le risque de rompre le mystère juste avant la révélation cruciale… et c’est justement ce qu’il se passe.

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Globalement, David Moreau livre un film ambitieux et intéressant. Si le réalisateur se repose sur une saga qui a déjà su conquérir son public, il parvient à lui donner vie à l’écran de façon relativement convaincante, sans pour autant la faire briller. Comme dans ses précédents films (en dehors de The Eye qui était complètement raté), David Moreau arrive à nous embarquer à l’aveuglette pendant les trois-quarts du film, mais les dernières minutes sont si convenus et précipitées qu’on atteint jamais le choc du big reveal final. Bel essai, cependant. Seuls a beau joué la carte de la science-fiction moderne et ados, il parle aussi bien aux plus jeunes qu’au moins jeunes, qui pourraient y retrouver des racines à d’autres aventures littéraires d’antan, type les aventures comics Archie, Mystère et Compagnie (Riverdale) ou n’importe quel Chair de Poule (sans le frisson). Bref, ça ne me rajeunit pas tout ça 😀

Petite information importante, lorsque j’ai découvert le film, ce n’était pas une version finalisée. Je ne peux donc pas juger l’aspect visuel du film qui, à ce stade, était encore approximatif (notamment les effets spéciaux et la photographie). J’ai ouïe-dire que la version finale était nettement meilleure.

Au casting, Sofia Lesaffre (Nous Trois ou Rien, Le Ciel Attendra…) joue les héroïnes SF des temps modernes, interprétant une héroïne accessible malgré un jeu parfois excessif sur les bords. À ses cotés, Stéphane Bak (Elle, Les Héritiers…) joue les « cailles-ra » sans en faire trop, suivi par les jeunes Thomas Doret (Au Plus Près du Soleil…), Paul Scarfoglio, Kim Lockhart et Jean-Stan du Pac (Le Cœur en Braille…) qui complètent un ensemble un peu superficiel mais sympathique.

En conclusion, si l’adaptation fait quelques infidélités à l’œuvre originale, Seuls reste un film entraînant et prometteur qui parvient à énoncer des problématiques adolescentes à travers une aventure à la fois trépidante et angoissante. Entre réalisme et fantastique, David Moreau livre un thriller SF captivant aux imperfections nombreuses mais surmontables. À tenter.

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