[CRITIQUE] Dans La Forêt, de Gilles Marchand

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Si Gilles Marchand parvient à entretenir une ambiance mystérieuse et oppressante, c’est probablement le seul véritable atout du film… néanmoins pas suffisant. Dans La Forêt s’éternise autour de la relation inquiétante entre un père étrange et ses fils, au détour d’une balade qui va réveiller des frayeurs tapies dans l’ombre. Contemplatif, le film repose sur des pointes de frissons répétitives mais ne semble proposer aucune direction, comme si Gilles Marchand espérait qu’en restant évasif, le public comblerait les trous de lui-même. Personnellement, je ne suis pas emballée.

Le pitch : Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d’été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas. Quand il leur propose d’aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l’endroit est très isolé, au milieu d’une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour…

Une balade en forêt entre père et fils, en principe cela ne rappelle pas toujours de bon souvenirs (After Earth). 13 ans après son premier film, Qui a tué Bambi, puis L’Autre Monde en 2010, Gilles Marchand propose un nouveau thriller, scrutant la relation en Suède entre deux frères et leur père. À travers ces retrouvailles, Dans La Forêt se met à la hauteur de ces jeunes personnages, faisant découvrir ce père secret et mystérieux qui oscille dangereusement entre la tendresse maladroite et l’austérité abrupte. Rapidement, le film prend une dimension inquiétante au fur et à mesure que la petite tribu s’enfonce dans cette forêt sans âme, laissant les terreurs infantiles s’infiltrer dans la réalité et donner forme au cauchemar dans chaque recoins sombres.
De prime abord anodin, le film se transforme très soudainement en un thriller opaque où les moments de frissons sont au rendez-vous à chaque nouvelle apparition d’un élément perturbateur.

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Seulement voilà, Dans La Forêt reste évasif et très contemplatif. Positionnant ses personnages dans un cadre déjà peu amène, le film de Gilles Marchand mise sur le subjectif et l’obscurité aussi implicite qu’explicite de son scénario pour espérer créer une tension autour de son histoire. Si cette tactique marche au début, le film finit rapidement par tourner en rond et à se montrer ultra-répétitif, si bien qu’à un moment, les moments de frissons glisseront sur la trame sans faire d’effet. Lent et peu abouti, Dans La Forêt s’éternise et, à l’image de ses personnages, finit par errer sans réel but jusqu’à une conclusion qui se rêve twist brutal mais fait plutôt l’effet d’un pétard mouillé, métaphore bredouillante de la trouille ambiante et la personnalité psychotique du père.

Si l’ensemble est peu compréhensible, c’est certainement parce que le réalisateur a voulu laisser le public se faire sa propre idée, mais pour ma part Dans La Forêt laisse une trop grande place à l’interprétation sans essayer de proposer un début de réponse. Malgré une ambiance soignée et l’excellente performante du jeune Timothé Vom Dorp, le film manque de dynamisme et d’intérêt, si bien qu’il en devient anecdotique dès l’instant où on quitte la salle de projection. Comme je le disais plus haut, les balades en forêt entre père et fils…

Au casting justement, Timothé Vom Dorp (vu dans Chocolat, Le Fils de Jean…) vole la vedette à Jérémie Elkaïm (Irréprochable, Marguerite et Julien…). Si ce dernier est convaincant dans son rôle de père ambigu et complexe, l’écriture du personnage n’est pas assez approfondie pour le rendre réellement intéressant. Timothé Vom Dorp porte le film sur ses jeunes épaules, créant à lui tout seul la tension nécessaire pour donner envie de suivre le film, même sans enthousiasme, tandis que Théo van de Voorde (Barbecue…) complète un trio énigmatique mais bancal.

En conclusion, Gilles Marchand rate le coche en proposant un thriller contemplatif et amorphe, qui s’éternise dans une forêt quelconque. Malgré une ambiance inquiétante et savamment mise en place, Dans La Forêt tourne rapidement en rond et sombre dans l’ennui, à travers une intrigue qui se voulait psychologique et métaphorique autour des angoisses d’enfants. Un si bon sujet dans une mise en scène aussi soporifique, c’est dommage. À éviter.

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