[CRITIQUE] Lego Batman – le film, de Chris McKay

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Le pitch : Il en rêvait depuis La Grande Aventure Lego : Batman est enfin le héros de son propre film ! Mais la situation a bien changé à Gotham – et s’il veut sauver la ville des griffes du Joker, il lui faudra arrêter de jouer au justicier masqué et découvrir le travail d’équipe ! Peut-être pourra-t-il alors se décoincer un peu…

Trois après La Grande Aventure Lego, les petites briques vedettes sont de retour et mettent en scène Batman dans une nouvelle aventure. Porté par la hype, Lego Batman vise la surenchère assumée et s’offre un show délirant déterminé à mieux cerner le célèbre chevalier noir. Chris Mckay est aux manettes – ce dernier était déjà chef monteur et superviseur des effets spéciaux pour La Grande Aventure Lego – et s’appuie sur un scénario écrit par Seth Grahame-Smith, à qui on doit Dark Shadows de Tim Burton et Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires de Timur Bekmambetov (et le livre Orgueil et Préjugés et Zombies). Bref, de quoi inquiéter sur le papier.

Pourtant, Lego Batman ne déçoit pas… totalement. Le film de Chris McKay invite 1h45 de fun dans un rollercoaster survitaminé réunissant tous les ennemis de Batman et plus encore. Au-delà d’une nouvelle croisade contre le mal qui envahit Gotham, le film offre une double lecture réjouissante questionnant l’héroïsme de Batman et l’homme derrière le masque, tout en s’amusant de la relation entre le héros et le Joker. Que devient le Chevalier Noir sans ennemi juré ? Que devient Bruce Wayne une fois rentré dans son grand manoir ? Derrière une bonne humeur générale, le film de Chris McKay effleure la psychologie de son héros, connu pour son tempérament taciturne, solitaire et bien trop sérieux, dénotant avec la coolitude du personnage. Lego Batman gratte la surface et laisse entrevoir un quotidien marqué par la solitude et la mélancolie du héros, contrairement aux films bien plus axé sur le justicier sans peur. Du coup le film met en lumière une facette méconnue et explorée avec brio, créant une dimension émotionnelle plus accessible au public.

legobatman1Mais évidemment on est là pour s’amuser et Batman à quand même du pain sur la planche. Si les vilains de Dc Comics s’invitent à la fête, Lego Batman est aussi l’occasion de revoir sur grand écran le duo Batman et Robin, ainsi que l’avènement Nightwing et l’apparition de Batgirl ! En effet, comme La Grande Aventure Lego, Lego Batman pullule de références brassant les différents univers de Batman, du comics au films, en passant par le fameux dessin animé Batman de Bruce Timm et Paul Dini… et même en puisant dans les versions dérivés du personnages. Connaissez-vous les HISHE sur Youtube ? La fameuse chaîne qui réécrit la fin des films de super-héros (et de blockbusters en tout genre) avec un humour parfois caustique en pointant du doigt les incohérences et autres illogismes des films, est aussi connue pour le concept du « Super-Hero Cafe » où Batman et Superman se retrouvent pour tailler une bavette, puis le « Villain Pub » où les vilains se retrouvent pour broyer du noir et rêver de revanche (un peu où on retrouve toute sorte de méchants, dont Dark Vador ou encore Alien, tiens). Lego Batman fait beaucoup écho à ces sketchs, allant même jusqu’à inviter les grands méchants Warner dans le film (Sauron, King Kong, les Gremlins…) de la même façon, tandis que le personnage de Batman est calqué sur cet acolyte animé, boosté par son égo surdimensionné et assumé (et justifié, non mais !). L’ensemble est souvent hilarant et étonnant, tant le film repousse les limites pour s’éloigner des films Batman traditionnels pour y apporter couleurs et légèreté, à tous les niveaux.

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Cependant, même si j’ai passé un bon moment devant Lego Batman, je suis tout de même restée sur ma faim. Par exemple, si l’ouverture du film est drôle, elle n’est pas sans rappeler celle de Deadpool ; de même, le petit tacle à Iron Man n’était pas vraiment nécessaire… surtout quand, visiblement, le film a pu être remanié à temps pour intégrer des clins d’œil judicieux sur Batman V Superman (entre les flashbacks et les allusions -pertinentes- aux talents de bricoleur d’Alfred) mais pas assez pour éviter ceux de Suicide Squad qui, à mon avis, s’annonçait comme un super succès pendant la production de Lego Batman (m’voyez…). Mais surtout, comparaison inévitable, le film de Phil Lord et Chris Miller conserve une sacrée longueur d’avance : en effet, dans La Grande Aventure Lego, Batman n’était qu’un invité dans un film servant de parallèle entre les héros et l’imaginaire d’un enfant entrain de jouer avec ses Lego. Dans Lego Batman, ce postulat ingénieux est passé à la trappe pour proposer une surdose de Batman sous toutes les coutures et si les « piou piou » vocaux qui remplacent les coups de feu font l’effet d’un rappel indiquant que le film n’est que le fruit de l’imagination de (grands) enfants, on est loin de ressentir le coté inventif de l’histoire. Chris McKay en fait donc un poil trop et, une fois le film digéré et le bon moment passé, Lego Batman laisse un arrière-goût amer : faut-il vraiment compter sur un film en Lego pour enfin voir (ou revoir) Batman affronter les vilains qui nous manquent au cinéma, créer la Bat-Family et, enfin, se pencher sur la psyché torturée de Bruce Wayne ?
À l’heure où le prochain film Batman se retrouve sans réalisateur (Ben Affleck s’étant désisté), c’est un peu inquiétant que de réaliser que Lego Batman pourrait être le seul film depuis les Burton et Schumacher à vraiment baigner dans le multiverse de DC Comics (avec un team-up de chaque coté). Aoutch.

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Néanmoins, visuellement Lego Batman est un plaisir à découvrir. Certes l’effet de surprise est passé, mais c’est toujours captivant de voir comment les effets sont compilés en stop-motion et pourtant d’une fluidité déconcertante, notamment lorsqu’il s’agit d’imager des explosions. Si le film de Chris McKay visite moins d’univers que dans La Grande Aventure Lego, le divertissement est toujours au rendez-vous et accessible à tous les niveaux. Les plus jeunes découvriront un film d’animation drôle et coloré, tandis que les plus grands savoureront les nombreux sous-textes (notamment ceux entre Batman et le Joker, qui sont particulièrement bien trouvé !).

Au casting vocal (et en VO s’il vous plait), Will Arnett (Ninja Turtles 2, Flaked…) frôle l’extinction de voix pour incarner Batman, tandis qu’à ses cotés Michael Cera (We Hot American Summer, C’est La Fin…) joue un Robin adorable, Zach Galifianakis (Birdman, Tulip Fever…) fait honneur au Joker, tandis que Rosario Dawson (Luke Cage, Sin City : J’ai Tué Pour Elle...) prête sa voix à Barbara Gordon. Tendez l’oreille, car les stars sont nombreuses, parmi elles, vous pourrez entendre Mariah Carey, Ralph Fiennes, Zoe Kravitz, Jonah Hill et même Channing Tatum qui tient probablement la seule occasion de jouer un super-héros au cinéma (espérons-le gniark gniark gniark) depuis que Gambit prend la poussière dans un des placards de la Fox.

En conclusion, la coqueluche super-héroïque de Warner Bros s’offre à son tour son solo movie réalisé par Chris McKay. Lego Batman est aussi drôle et inventif que le film de Phil Lord et Chris Miller, et permet de découvrir une facette du héros plus accessible et plus ludique que dans ses ambiances ordinairement sombres et dramatiques. Bien que plus poussif et moins conquérant que La Grande Aventure Lego, Lego Batman reste un spin-off à la hauteur du premier : fun et hilarant. À voir.

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